gruyeresuisse

20/09/2014

Latifa Echakhch : théâtralité de l’errance

 

 

 

 

latifa 3.jpgLatifa Echakhch : Galerie Eva Pressenhuber, Zurich, Fondation Louis Moret, Martigny, Galerie Kammel Nemmour, Paris. Prochaine exposition : Centre Pompidou (Espace 315) du 8 octobre 2014 au 5 janvier 2015) 

 

 

 

Après avoir vécu au bord du lac du Bourget Latifaz Exhakhch  - par un crochet à Paris pour la création de « La revue de Littérature Générale » - a opté pour le lac Léman. Les étendues lacustres lui réussissent. Elles répondent sans doute à un romantisme auquel apparemment l’artiste tord le coup mais sans lui tourner vraiment le dos. Il résiste au milieu des gravats et des ruines qu’elle met en scène. On rêve - au passage - de ce que Chéreau aurait pu monter avec une telle artiste. Murs et planchers en lambeaux, rideaux de scènes qui décrochent le ciel en s’imprimant dessus sont fascinants. L’œuvre est imprégnée de douleurs multiples (antisémitisme, intégrisme, etc.). Néanmoins celles-ci ne sont présentes que de matière métaphorique. Non que la métaphore cicatrise mais elle donne aux images et leurs débris d’absolu une puissance sidérale et sidérante.

 

 

 

Latifa 2.jpgL’œuvre par ses approches ne rate rien du monde et de ses catastrophes inventées par les hommes. Néanmoins le et les montrer comme la créatrice le fait reste une manière de croire à l’espoir de  renverser l’horreur. La désolation du manque et de l’absence trouve là une intensité rare. La contemplation passe par les résidus, la poussière bref les signes non de la distinction mais de la dépossession. Sous cet aspect minimaliste, « fantômal », réduit à sa plus simple expression l’espace suggère la disparition mais, dans un paroxysme de l’oxymore, il la rend  grandiose. Transgressant les éléments classiques de ce qui « fait » image Latifa Echakhch dégage tout élément anecdotique ou allusif. Moins Méduse que Mélusine elle embarque au dessus de charniers pour en signifier le silence. Mais surtout, par cette vision poétique où renaissent des peurs, le périr n’est plus embarqué dans des trains plombés : reste encore possible une délivrance. L’irréparable ne jouit plus d’une incandescence triomphante. L’œuvre incarne l’être dans son refus d’accepter l’impensable comme possibilité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:18 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

18/09/2014

Tamara de Wehr et les fables du réel

 

 

Weir bon.jpgAu moment où tant d’artistes font de l’art un Disneyland pour vieux Tamara de Wehr le transforme. Elle introduit le doute dans notre rapport à la réalité en multipliant les techniques. Sans l’esprit de remettre toute représentation en question chacune d’elles développe une narration intempestive. Le dadaïsme y retrouve belle allure comme dans ses tombeaux de guitares héros où l’instrument se réduit à une pelle. De manière ludique le monde et ses mythes en prennent pour leur grade. Réaliste (sous forme de maquette) ou épurée (en plans d’architecture où les masses se décomposent) chaque création de Tamara de Weir devient une trace d’aurore ou de crépuscule à la recherche livrée une forme errance.

 

 

Weir.jpgJamais répétitives les œuvres sont créées afin d’offrir de nouveaux angles de vision autant avec humour que par précision minutieuse. Un mal de gorge peut finir en pendaison. L'illusion est assumée, elle fait son chemin. Contre l'entêtement du réel répond celui de l’art et son mouvement panique là où pourtant rien ne semble bouger. Le monde tient hors contexte dans les dessins mais non comme pur spectacle. Figures, objets, paysages urbains, éléments géométriques sont isolés de tout décor et gardent leur autonomie afin de provoquer une réflexion sur le réel : reste son sillage et non sa barque. Peut-être a-t-elle sombré.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:54 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

15/09/2014

Les passages de Marie-Louise von Arx

 

 

 

arx.jpgPour Marie-Louise von Arx créer  des personnages c’est désarticuler les apparences avec un regard en dedans. Celui-ci ramasse les insectes de la pensée qui volent de tous côtés avec des étirements, des prolongations de matière, saisit l’agir des êtres selon une transmission qui n'a pas besoin de courroie. La sculptrice met donc au point une figuration en balance  pour peser le deuxième sang, la vie qu’on cherche, l’incendie de la douceur - et de l’angoisse aussi. Formes et couleurs incarnent des idées, des secrets même si tempête dans le crâne émet  un « ça n’a pas d’issue ». Soudain celui-là se réveille et signe au registre de l’avenir par effet de passages. 

 

 

 

arx2.jpgL'imaginaire ose des déformations salutaires là où la créatrice ne joue pas les voyeuses. Parlons plutôt de voyance grâce à un œil reculé, physiologique et spirituel. Il pénètre le ventre du destin dans un paquetage figural  drôle le plus souvent. L'idée n'est pas d'érotiser ce qu'il y a dedans en une  représentation du fantasme.  Tout s'articule selon une circulation dont seule la créatrice vaudoise possède sinon la clef du moins la maîtrise. Ses têtes hautes refusent la débine. Les mains de l'artiste module la matière pour  donner au corps trop lourd des ailles et au visage une bouche de cratère. Son creusement ouvre à la vie à l'intérieur de ce "cercle". L'art s'engouffre en un tel anneau de feu.  Il faut la lenteur pour aller aussi loin. Et parfois la vitesse.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:46 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)