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09/06/2016

Anna Leibovitz : femmes d’aujourd’hui

AAALeibo good.jpgAnna Leibovitz, « Women », Cheung Hing Industrial Building, in Kennedy Town, Hong Kong. Juillet 2016, sous l’égide de l’UBS.

 

 

 

AAAAleibo good2.jpgAvec “Women”, Anna Leibovitz présente une série de femmes influentes : de la Reine d’Angleterre à Yoko Ono en passant par l’activiste pakistanaise Malala Yousafzai, la danseuse de l’American Ballet Theatre Misty Copeland, la comédienne Amy Schumer, la tenniswoman Serena Williams et jusqu’à la trans-genre Caitlyn Jenner. Cette exposition permet de présenter - sous l’égide de l’UBS qui a commissionné les nouveaux projets de l’artiste - les changements du rôle des femmes dans le monde d’aujourd’hui.


AAALeibogood 3.jpgDe telles oeuvres ne sont donc pas la récollection du souvenir. Et si l’artiste ramène au jour l’enfoui, c’est à l’aune du temps présent. Différents degrés de lumière glissent et jouent par effet de dynamiques et de tensions. Voir reste une activité en devenir parce que l'œuvre elle-même est une activité comparable. Anna Leibovitz saisit sous le frémissement du passage l’avènement d’une rencontre dans le lieu où la genèse de la forme devient indissociable de celle de son espace. Le tout en un hommage « féministe » multipartitas.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

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07/06/2016

Nathalie Delhaye : made in Japan

 

Delhaye.pngNathalieDelhaye, International Contemporary Sculpture, Miyayaki, 6 - 19 juin 2016. http://www.nathaliedelhaye.com/. Workshop : Carrières du Lessus, 1867 St.Triphon / Switzerland


Il faut se perdre dans la lumière noire des sculptures de Nathalie Delhaye pour voir l'obscur. Il convient tout autant d'aspirer les vertiges plastiques polis dans des pierres rares. Ils sont autant de grâces. Sarments et vulves, travaux monumentaux. Les mots s'effacent de la tête pour entendre du dedans ce que l'artiste laisse saillir. Dérive non dérapage. Ou alors contrôlé. Là où tout se découvre le presque silence. Résurgences, déliés et défilés du lié. Entrer en résonance avec l’inconnu qui ouvre à l'insaisissable : pensées presque perdues par ce qui s'érige.

Delhaye 2.pngReste le mystère qu'il faut laisser tel quel. Le langage plastique le scelle. Venu de partout et de nulle part. Il donne à voir la lumière noire et les ombres blanches. Amoncellement des courbes. Calme parfait en apparence. A portée de main, donc de la caresse. Effet étrange, appel muet. Seuil à franchir dont le passage est comme interdit. Il ramène à la clôture, mais aussi à l'ouverture : tentation, présence, attente là où se renverse la problématique habituelle du seuil de la matière. Elle sort de sa rigidité, de sa poussière.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/06/2016

Dorothy Iannone : lovely, lovely, ahrrrrrrrrrg

 

Iannone BON B.jpgDorothy Iannone, “Censorship and The Irrepressible Drive Toward Love and Divinity” , Ringier Editions, Zurich.“Dear Dieter”, “Erwing Gruen”, "A Fluxus Essay”, Tochnit Aleph, Berlin, 2016

 

L’artiste multipartitas Dorothy Iannone poursuit une œuvre subversive, féministe et politiquement incorrecte. « Erwing Gruen » est construit sur un long « chant » ou scansion d’un genre très particulier et qui frôlera (voire plus) pour certains l’obscénité absolue. Il s’agit d’un enregistrement audio de 1975 dans lequel l'artiste américaine entreprend d'interpréter une chanson populaire allemande tout en se masturbant jusqu'à l'orgasme. Ce qui est une sorte d’écho à sa lettre d’amour qui ne s’écrivait pas de Dieter Roth.

Iannone BON A.jpgOn est là moins dans la musique que dans la performance. Le corpus a été longtemps interdit par la censure. Mais son intérêt est plus qu’anecdotique ou factuel. Il permet de voir jusqu’où le son artistique permet d’aller dans une perspective « à la Cage » mais avec une incarnation intempestive. La pulsion de désir s’y révèle selon l’intensité physiologique traitée avec drôlerie. Sans attitude morale, ni jugement la créatrice ouvre la perception pour mettre en porte à faux notre assurance et notre suffisance pour rendre la situation d’auditeur inconfortable.

Comme toujours lorsque de nouvelles écoutes sont sollicitées, un univers riche se fait jour. Saisie par un sentiment d’implication totale l’artiste est elle-même prisonnière consentante de ses cérémonies pour mettre en exergue le corps selon un acte particulier de résistance.

Jean-Paul Gavard-Perret