gruyeresuisse

30/06/2016

L’extase matérielle : Suzane Brun

AAABrun.jpgL'œuvre de Suzane Brun permet de penser le féminin et au féminin de se penser loin de toutes entraves. La jubilation d'un parcours initiatique provoque un ravissement. Il avance car la photographe ne retient que l’harmonieux et accompli. Elle atteint une sorte d'extase matérielle. Le féminin se touche (si l'on peut dire) au moment où il est livré au vertige virtuel.

AABrun.jpgUn seuil se franchit : mais cela ne revient pas à trouver ce qu'on attend. Car pour une fois le passage ne rameute pas du pareil, du même. Si effet de miroir il y a, ce miroir est un piège. En ce sens Suzane Brun renverse la problématique de la Caverne. Certes on peut imaginer en son sein une émouvante figuration (surtout lorsqu’il s’agit des maternités de l’artiste) mais il s’agit là parfois d’un leurre sur lequel pourtant peuvent se fomenter diverses spéculations au sein de la lumière parfois trouble, parfois éclatante.

AAABrun2.jpgOpaques comme le marbre , translucides comme l'ambre, les femmes mais parfois aussi les hommes de la créatrice sont à la fois des fenêtres et des murs. Des attentes aussi.... Surgissent un "réalisme" particulier et une « fiction » du même ordre. Celui de l'obscur qui par la lumière inscrit sinon une jouissance du moins une sérénité.  Chaque portrait garde en lui un "moelleux" et quelque chose de fin et de soyeux en une conjonction de l'universel et du singulier, de l'émotion et de la pensée. Chaque portrait - même lorsqu'il est enjoué - tient en respect le voyeur et imposent le pouvoir de l'ornement comme celui d'une paradoxale ontologie visuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Marianne Maric : entre elles


Maric2.pngNon sans humour et apories Marianne Maric montre le féminin de l’être. Mais jamais en totalité, et ce, afin d’éviter des fantasmes qui pourraient ne pas être les « bons ».

 

 

Maric.pngCultivant le rouge et le blanc la photographe lézarde les idées reçues et défend les identités de tout genre que l’enfant doit parfois refouler dans sa tête. Résonne enfin une langue inouïe, foisonnante, extravagante. Elle s’élève contre les retours frileux et la loi du nombre.

Maric3.jpgIci tout redevient libre jusque sur les couloirs du métro. Mais la tendresse est de mise en décoction fantastique. Douleur n'est que berceuse. Les loups ne mangent plus les âmes. Chaque femme reprend le flambeau de la lune en plein jour. La photographie fait partie de son corps. Elle le salue.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

26/06/2016

Dominique Marie Dejean : les émaux de la faim

 

AAAAD2.jpgL’érotisme habille plus qu’il ne déshabille. Mais pas de la « bonne » façon. Dominique Marie Dejean le sait : elle le cultive au sein de la sophistication et dans un humour que nécessite tout jeu surtout lorsqu’il est voluptueux et dangereux. La langue (plastique ou poétique) pointe entre les lèvres qui conservent la chaleur du foyer. Le corps sort de sa solitude même si parfois il est seul à l’image comme dans le cadre du texte.

AAAAD4.jpgDominique Marie Dejean rappelle de facto que certains mots ne s’écrivent pas vraiment et que les jardins des délices doivent rester invisibles - du moins en leur totalité. Les deux approches mettent en l’état d’écoute. Ils parlent à notre place car ils savent ce que nous ignorons et que nous sommes là réduits à l’état de voyeur donc de souris avec laquelle celle qui se nomme aussi Myss Do joue les chattes perverses.

AAAAD5.jpgTout son travail crée le court-circuit du mental. Mais en partie seulement : car les histoires de l’Eros passent par la tête. Les mots y deviennent images et les images mots sourds. Ils n’ajoutent rien mais ne retranchent pas plus de l’affolement que la créatrice propose. Ses nouvelles feignent de garder le secret du féminin intact mais afin que les certitudes d'un mâle réduit à l’état de bois flotté s’y lézardent.

Dominique Marie Dejean , « Emois et volupté », Les presses Littéraires, 12 E.
Voir : Site Myssdo.

Jean-Paul Gavard-Perret