gruyeresuisse

13/01/2015

Le géométrisme lyrique de Fabienne Wyler

 

 Wyler.jpgFabienne Wyler, « Hiver 2015 », La place suisse des arts, Lausanne du 22 janvier au 7 février 2015.

Les œuvres de Fabienne Wyler créent divers types de mises en abyme et de trompes l’œil avec une rigueur pleine de faconde et d’astuce.  Chaque œuvre est attractive par sa perte d’attraction terrestre. Plutôt que de « tomber » les formes s’envolent vers un univers sinon de science-fiction du moins virtuel et aux hypothèses floues. Dans le flottement dégagé de toute polarisation la poésie des formes saisit le regard. Découpées les éléments en dentelles verticales échappent au support. Ils ne le recouvrent plus totalement. Le camaïeu des couleurs et la chorégraphie des volumes imposent un bouleversement. Le géométrisme perd toute rigidité au profit de l’ivresse. Convexe et concave deviennent des notions qui perdent leur sens. Wuttrich et surtout Escher ne sont pas loin. Fabienne Wyler est la plus digne des héritières de ce dernier. Contenant et contenu se mêlent et s’agencent en des tableaux-poèmes afin que « les grisons grivelés et les échinodermes » chers à Max Ernst dressent l’échine pour quêter les caresses de l’air en sa diaphanéité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

14:30 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

12/01/2015

Catherine Rebois et les hybrides : du réel à l’imaginaire.

 

 

 

rebois 3.jpgCatherine Rebois, Galerie Espace L, Genève.

 

 

 

Non sans un certain radicalisme de structures l’œuvre de la photographe Catherine Rebois  traverse des approches plurielles où la mort jouxte la vie, le réel l’imaginaire. Néanmoins l’artiste est avant tout à la recherche d’une photographie pure qui devrait tout à son langage et non à son sujet. Le montage devient un élément majeur de l’expérimentation plastique. S’y produisent les échanges entre les pressions venant de l'extérieur et les pulsions profondes. Symboliques à leur manière les photographient  offrent le passage d'une réalité présente à une réalité autre qui la dépasse et qui joue autant de l'expansion  que  de l'effacement. Diurnes ou nocturnes ces images même lorsque des corps y sont couchés instaurent des schèmes d'ascension, de verticalité.

 


rebois 2.jpgLa photographie fait surgir une théâtralité particulière où les ombres ne cessent de se mouvoir, de disparaître, de revenir. Elle acquiert un pouvoir physique non de survivance mais de surréalité. Elle est aussi l’interrogation constante des relations entre le réel et l’image, le corps et celui des autres. De telles photos ne cherchent ni la fascination, ni l’émerveillement. Elles sont des puits d’émergence d’une cohérence oubliée entre diverses oppositions de plaisir et d’angoisse, de vie et de mort. Le monde et le rêve sont donc soumis à une emprise subtile en des processus autant d’empreintes que de retraits. Apparaît une remise en question fondamentale  des notions d’image, de réel et de lieu.  La photographie est l’empreinte d’un inconnu alors que trop souvent elle n’est que le porte-empreinte de la mémoire. Bref elle a soudain le pouvoir de devenir lieu de son propre lieu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

09/01/2015

Les cérémonies blanches de Patricia Glave

 

 

 

 

 

Glave 2.jpgPatricia Glave offre une série d’images christiques. Elles renvoient toutefois  plus aux images de la mère qu’à celles des pères créateurs. C’est dans les formes rondes que se cercle l’humanité sans pour autant que la figuration humaine préside à la destinée de son travail. La bâloise installée à Lausanne n’a pas pour l’homme les yeux de Chimène. Et dans une certaine froideur le désastre du monde reste évoqué loin de tout pathos. Souvent par la blancheur de ses images l’artiste tente de le laver à grande eau en jouant sur la finesse allusive. L’œuvre est subtile, de son mouvement à la fois étouffant et léger surgit un culte particulier. Il porte sur la nuit (supposée) de la féminité une étrange lumière froide mais pénétrante  qui donne  à chaque image sa vibration. Patricia Glave atteint une intensité de création qui précéderait l'aurore du langage, comme si le rond (même chargé d’épines)  pouvait enfin échapper à la prise. Ne jouant jamais  l'enchanteresse en sa  théâtralité de sortilèges infimes la créatrice installe un univers neuf en revisitant des symboles. Celui-là finit par imposer en son horizon mystérieux et sidère. Il fait basculer les hagiographies votives en brisant les ascensions surfaites par une simplicité magnétique et un profond amour de la vie mais qui rappellent ce qui vient la tuer. Apparaissent aussi une intimité touchante  et  la raillerie profonde d'un monde que l’artiste traite à coup de "vanitatum vanitatis" dont elle multiplie les échos. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret