gruyeresuisse

09/03/2019

Ten Broek : repons

Ten Broek.jpgTen Broek crée un univers mélancolique particulier où nudité des femmes et nature (feuilles) crée un mariage particulier. Pas de lignes de démarcation entre elles mais pas d'assimilation : juste une juxtaposition avec mystère: au regardeur de reconstituer à travers les émulsions, des harmonies au milieu d’une intimité plus suggérée que dévoilée dans une synthèses aux frontières douteuses entre rêve et réalité comme autant de promesses et de résistances implicites au gabarit du royaume de l’apparence dite vériste.

 

Ten Boroek 2.jpgLe corps de la femme et les feuillages créent d’autres filets de sens mais toujours selon la même perspective : une solitude esquissée et dont l'émotion reste cachée. Chaque prise devient une trame de regard qui remonte à l’élémentaire de la nature. La peau devient un herbier là où une naturalité des photos ne bloque pas le vivant. Bien au contraire. Mais il est hors mouvement au sein de lumières pâles.

 

 

 

 

Ten Broek 3.jpgL'évanescence et l'euphémisme provoquent un prolongement à la thématique du nu comme à celle de la nature pour évoquer une double beauté sans effet de redondance. Il s’agit de se replonger dans un bain de jouvence par les déplacements à peine perceptibles et dans une physique ou une «science» du mystère au sein d'une phénoménologie particulière.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

www.tenbroek-fotografie.nl

07/03/2019

Surréalisme des grandes surfaces : Nadia Lee Cohen

Nadia-Lee-Cohen 3.jpgLa britannique Nadia Lee Cohen est une photographe et cinéaste basée à Los Angeles. Elle y peauffine sa sidération pour la vie americaine. Plus spécialement celle des banlieues ( zones résidentielles, Malls, etc). Elle y invente des récits. Les héroïnes (ou leurs clones) jouent d'une forme d'évasion sexuelle au milieu d'une culture populaire proche du grotesque et semblent accepter, si nécessaire, de sombrer dedans.

Nadia-Lee-Cohen.jpgLe glamour se transforme sous des mises en scène accrocheuses aux couleurs sursaturées. S'y cache de fait une mélancolie subtile et farceuse. Il s'agit de choquer le spectateur afin que ses tabous vacillent par un jeu entre le fantastique et la réalité, le vivant et l'inanimé sans savoir qui des deux possède réellement une âme. Le quotidien se voit de fait défiguré et le regardeur doit toujours s'interroger pour comprendre la nature exacte des photos et de leurs personnages.

Nadia-Lee-Coehn 2.jpgPour les incarner l'artiste choisit des anonymes qu'elle préfère aux modèles. Tout est fait pour casser les conventions d'une beauté hollywoodienne. David Lynch n'est pas loin. Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, les frères Coen ou, côté photographie Cindy Sherman non plus. Là où dans les films les images ne font que passer, la photographie fixe ses transfuges et permet d’insister sur les stéréotypes de la femme comme du paysage : le second devient portrait et celui-ci devient paysage (ravagé, drôle, décalé ou dérisoire).

Jean-Paul Gavard-Perret

Nadia Lee Cohen, "Not a Retrospective", La Termica, Malaga, du 22 février au 12 mai 2019

05/03/2019

Le monde de Camille Scherrer par Françoise Jaunin

FJaunin.jpgrançoise Jaunin, "Entre l'alpestre et le numérique - Conversations avec Camille Scherrer", art&fiction en coéditions avec le CHUV, Lausanne, 2019, 68 p..

Camille Scherrer née en 1984 à Morges a grandi à Château-d’Œx. Elle est devenue une designer suisse majeure et explore les intersections entre le réel, l’art et les nouvelles technologies. En 2008 elle obtient son diplôme de designer à l’ECAL à Lausanne. Elle est aussi professeur en master media design à la HEAD à Genève et ses travaux ont été exposés notamment au MoMA de New-York, à Tokyo, San Francisco, New Orleans, Beyrouth, Paris, Séoul, Istanbul. Ce livre permet de comprendre ses aspirations et ses ambitions.

Jaunin 4.pngS’inspirant des montagnes au pied desquelles elle a grandi elle a créé son propre univers peuplé d’animaux, de télécabines, de sapins et de cartes postales. Elle se consacre aujourd’hui essentiellement à son travail d’artiste designer et trouve son terrain de recherche préféré dans des installations et interventions artistiques pour l’espace public. Ouvertes à diverses techniques et approches ses images retiennent le temps et l'espace tout en proposant par effet de bande une réflexion - parfois avec drôlerie et parfois gravité - sur l’époque.

Jaunin 2.jpgEn ses (re)constructions l’espace est démultiplié. Une confrontation communicante à plusieurs entrées se décline au moyen de l'univers montagnard. Cherchant la sidération et la réflexion, comme le souligne Françoise Jaunin, elle transforme cet univers, le décale. Elle offre le paradoxe d'images "mangées" pour que d’autres images se développent. Un suspens demeure. Il permet de passer de l’illusion subie à l’illusion exaltée par l'art.

 

Jaunin 3.jpgLes créations ne sont pas de simples fenêtres ouvertes sur le monde. Leur découpe renvoie à une obscurité par la luminosité. La création devient même le lieu d’un rite de passage où tout s’inverse. Grace à François eJaunin elle explique comment ses images deviennent des fables de lieux anachroniques qui - repris - brisent notre façon de voir et de penser. Elles sont ni le propre ni le figuré mais une zone où l'émotion crée moins le songe que la méditation. Jaillit une poésie plastique forte en émulsions par sa puissance occulte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret