gruyeresuisse

10/09/2017

Aude Lerin : le miroir qui revient

Lerin.jpgS’interrogeant sur ses incertitudes de son identité, Aude Lerin trouve dans la photographie le moyen de les déjouer en des jeux de miroirs. Sa série « Outside the Box » rend compte d’un corps à venir et les moyens de le représenter par morceaux. Mais il demeure comme une énigme. Dès lors la question reste ouverte : que peut le corps et que faire avec lui ? A travers ses fragments Aude Lerin en cherche la faille, traque l’ouverture. Le tout en rêvant de l’assemblage par ce qui sort des limites de la connaissance et de ce qu’une simple image représente.

Lerin 2.jpgL’artiste en appelle implicitement à Bataille. Pour accroître les limites du corps il faut en effet trouver « l’œil intérieur » et ce par saillies et interstices afin de découvrir l’aspiration essentielle. Il y a donc dans de telles prises ce qui se montre, ce qui s’enfouit. Dureté et mollesse, articulations et souplesse. L’artiste sait que le genre est la physique de l’âme. Mais la société ne cesse de le stéréotyper dans le seul choix duel et cherche à lui attribuer une nature qui n’est pas la forcément la « bonne ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Charlotte Mary Pack : quand l’animal rit

Pack.jpgCharlotte Mary Pack, Exposition, Galerie Marianne Brand, Genève Carouge, dans le cadre du 15e Parcours Céramique Carougeois du 16 au 24 septembre 2017

Pour les fans de la représentation animalière, pour ceux au certain goût pour le biscuit anglais et une tradition baroque toute britannique, la céramiste Charlotte Mary Pack fait figure de fée du logis. Mais ceux qui aiment l’humour dans l’art seront tout aussi séduits par l’emphase d’un tel théâtre parfois parfaitement scénarisé et parfois réduit à l’ornement de vaisselle du plus haut kitsch.

Pack 2.pngL’artiste est par ailleurs engagée par la défense et le respect des animaux mais son œuvre dépasse largement ce côté lutte. Certes l’animal n’est jamais caricaturé - bien au contraire. Mais l’œuvre peut être tout autant comprise dans la tradition nonsensique britannique même si l’artiste refuserait d’y être incluse.

Pack 3.pngDes chats maigres comme des clous, des crocodiles louches et toute une ménagerie de céramique s’envolent au vent et font que l’humour cultive la perspective d’un respect envers l’animalité qui sort de la nuit des circonstances pour redevenir des icones blancs ou colorés en des stratégies plastiques. Elles proposent un bouillon de culture familier et sauvage qui appelle à la réjouissance. A son corps défendant - ou non - la jeune artiste apparaît déjà comme un talent sûr. Rares sont en effet les céramistes capables à la fois d’une réflexion sur la vie et un sens aigu de l’humour le plus insidieux là où la célébration plastique donne le jour à un rituel poétique totalement décalé.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/09/2017

Esther Haase et les « grincesses »

Haase 4.jpgL’artiste allemande vit entre Hambourg et Londres. Elle a étudié le ballet classique avant de se tourner vers la photographie et elle travaille depuis plus de 25 ans pour les grands magazines internationaux. Ses prises sont identifiables grâce à leur lumière particulière et sa façon de scénariser ses égéries telles des personnages, gais, déterminés et forts. Les couleurs violentes soulignent des espaces baroques.

 

Haase 3.jpgEn de tels décors, les personnages d’Esther Haase cultivent des pâmoisons particulières. Fracassantes à leur manière elles montent à l’assaut des magazines de beauté. Mais il leur arrive d’appeler des vœux moins pieux tout en semblant ignorer leur cible. De tels personnages ne sont pas des anges et l’adoration que le voyeur leur porte n’est sans doute pas forcément la bonne. Face au miroir de la photographe elles le font peut-être (car le doute est permis ) comprendre. La séduction fonctionne et celle qui les saisit n’est pas la dernière à jouer la captive face à elles.

Haase 2.jpgElle scénarise leurs caprices et leurs jeux. Et pour les saluer, elle fabrique un monde glamoureux, délicat et drôle. C’est à la fois féroce et poétique. Les sirènes sont marquées d’étoiles de mer qui ne finissent pas forcément en queues de poisson. Tout un peuple intérieur chevauche les belles. Il n’est pas jusqu’aux Edwarda de Bataille de ne plus êtres ici putes ou soumises : elles trouent les surfaces des miroirs moins pour y trouver la grâce qu’afin de créer le trouble.

Jean-Paul Gavard-Perret

Esther Haase, « Esther’s World », Edition Badine Bart, Hatje Cantz, Berlin, 160 p., 50 E.