gruyeresuisse

28/07/2019

Antonia V. Baramova : l'image la plus nue

Baramova 2.jpgReprenant l'idée de Valéry ("ce qu'il y a de plus profond dans l'homme c'est sa peau") Antonia V. Baramova propose un visage sans visage de la nudité sous le mode le plus minimaliste qui soit. A chaque regardeur (plutôt que voyeur) d'interpréter ce qu'il voit. La photographe ne cherche pas à prouver : elle propose des lignes et des surfaces de "réparation" qui sont des "marges" à suivre. La nudité telle qu'elle apparaît ici efface le temps ou le retient.

Existe une magie suprême d'une face cachée mais lumineuse d’avalanche ou d’Ascension incarnée que l’artiste sait comprendre sans s’en emparer, traduire sans la réduire, mettre à nu sans déflorer. Renaît la lutte - entre les corps et le Corps, le monde et les mondes, entre l'Esprit et les esprits - un désir peut-être de réconciliation entre vues et voyeurs.

Baramova.jpgAntonia V. Baramova nous plonge dans des univers fluides, des féeries froides mais sans doute brûlantes. En ce minimalisme plastique et narratif une ligne suffit à l’horizon. Autour des effets de gaze, s'inscrit une image au-delà de l'image, une image cherchant le sens de la Présence. Un rien «dénaturalisée» l’apparence apprend à se méfier de sa propre séduction. Le «réalisme» ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’un souffle de l’amour dont on ne saura jamais rien sinon ce que la photographe en suggère.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/07/2019

Brigitte Lutzenberger : l'espace et le silence

Lustenberger 2.jpgBrigitte Lutzenberger, Galerie Christophe Guye, Zurich

Brigitte Lutzenberger est née à Zurich. Après un master en histoire de la photographie dans sa ville natale elle a obtenu un second master à la Parsons New School of Design de New York en photographie et média. Elle s'intéresse aux jeux d'absence et de présence par différents effets d'interpénétrations, d'effluves et elle explore de la sorte des thèmes tels que la mémoire, la mort et leurs états transitoires.

Lustenberger.jpgReconnue dans son pays comme à l'étranger Brigitte Lutzenberger crée par ses scénographies une oeuvre forte en résonnance au poids des corps ou des choses (fleurs entre autres) et leur fantôme ou aura. Elle a déjà exposé au Musée de l’Elysée de Lausanne, à Berne et Lucerne (Kunsthalle), à Cologne et au Centre International de Photographie de Milan. Lauréate de plusieurs grands prix elle poursuit l'élaboration de ses techniques.

Lustenberger 3.jpgA travers ses expérimentations elle crée un univers fascinant entre le baroque et le classicisme. Mais les genres (nature morte, nu, portrait) sont réinterprétés dans divers types de captations à la fois fluides et complexes. L'artiste sort l'image de l'image par évacuation de son sens premier par ses reprises qui accordent de l'étrangeté là où des sortes de voiles donnent de la gite aux présences. L'espace et le silence transfigurent les apparences. Nous sommes soumis à un régime particulier de la perception des images  : elles semblent courir devant nous vers une limite qui semblait ne pas pouvoir être franchie.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/07/2019

Lieko Shiga : dérives, abîmes, surrections

Shiga 3.pngLieko Shiga est une peintre japonaise. Elle montre le monde selon des instances particulières, là où les hommes vivent soit dans un certain confort, soit dans des endroits dévastés comme dans sa série "Rasen Kaigan" (village détruit par un tremblement de terre).

Souvent comparée à celles de Rinko Kawauchi et Masatoshi Naito, son oeuvre possède un caractère sombre et surréel inspirée par ce qui entoure la créatrice. Si bien que ses "dreamscapes" (selon l'expression de Marco Bohr) révèlent tout autant des cauchemars dans une recherche constante d'énergie au milieu de ce qui détruit le monde.

Shiga 2.pngLa photographe reste maîtresse des narrations photographiques léchées. Le réel plonge dans l'inconnu. Il semble un songe étrange. L’image ne cherche plus à singer la réalité même si c’est bien elle qui pourtant est choisie comme base aux dérives de l’artiste. La photographe pourrait donc reprendre à son compte le «je suis la matière de mes rêves» de Michaux mais ajouter : "je suis aussi celle de mes angoisses." Une féerie étrange fait racine en des scénographies particulières et décalées.

Jean-Paul Gavard-Perret

Liko Shiga, Exposition, Rose Gallery, Londres, juillet-aout 2019