gruyeresuisse

25/02/2015

Aperti 2015. Anne Pantillon : les accomplissements paradoxaux

 

 

Pantillon.jpgAnne Pantillon, Aperti 2015 -| ouverture des ateliers d'artistes à Lausanne | 21 et 22 mars 2015

 

 

 

 

 

Anne Pantilon ne cesse d’ouvrir la caverne platonicienne afin d’y faire entrer le jour. La toile devient un drap mais sur lequel une avalanche de couleurs se répand par fragments, grappes, coulures, ravinements, effets de plans et de reliefs. La densité se fait de plus en plus profonde mais non sans fluidité. Le moindre escarpement n'est plus ombre. Se découvre une lumière qui revient progressivement. Tous les trajets de l’artiste sont là pour faire  qu’elle remplisse par strates l’espace. S’inventent peu à peu des noces d'aube : la peinture reste en son lieu (la toile) mais l’artiste y introduit l'impénétrable sourire du monde.

 

 

 

Pantillon 2.jpgIl est fait de falaises aux « bruissements » soyeux d’où émane un émoi particulier.  Anne Pantillon reste fidèle à un art de rupture (donc rupestre) qui ne renonce jamais à investir un étrange cours de l’art afin de le déranger et montrer encore et toujours de l’invisible.  Cette peinture chargée de précipités épouse le mouvement. Le monde y résiste à l’effacement et il échappe au temps.  Sur la peau "lavée" des œuvres apparaissent les pentes de cratère, des coulures  par paliers. Chaque œuvre cerne un suspens,  ébauche quelque chose qui attend qui arrive comme si par la peinture surgissaient des idées de "derrière la tête".

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:39 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

22/02/2015

Karin Handlbauer galeriste expérimentale

 

 

 

Haudlauer.pngGalerie Mezzanin Geneva, Karin Handlbauer, 63, rue des Maraîchers,  Genève, actuellement : Christopher Willams,  “The Production Line of Happiness”.

 

 

 

Défendre l'art est un acte militant. Il faut avoir un "gros" cœur mais aussi une curiosité et un regard "intelligent". Karin Handlbauer les possède. Elle sait trouver en Suisse mais aussi en Europe et au-delà du continent des œuvres qui font bouger les lignes. Dans un monde de l'art  atteint par  la gangrène de la consommation à outrance, l’accumulation et la violence  la directrice de la galerie Mezzanin fait partager une vision de la recherche formelle qui ne détricote pas la beauté au profit d'une simple déconstruction-panacée. L'américain Christopher Willians qu'elle expose actuellement le prouve. Son œuvre relie un certain Pop-Art  à une forme d’Art Conceptuel mais outrepasse de tels clivages comme le font les œuvres d'autres artistes que Karin Handlauer défend : Christina Zurfluh et ses labyrinthes, Maureen Kaegi  et ses montages dessinés propices du meilleur "change" à la réalité.

 

 

 

Handlbauer.jpgLa galeriste n’est jamais prise au piège de l'esthétisme qui ne retient que le geste critique au détriment d'un apport plastique réellement neuf.  C'est pourquoi les artistes qu'elle illustre, en liant les deux approches dans un postmodernisme du plus conséquent, risquent d'être  rapidement récupérés  par le système de représentation "main street" et les musées du monde entier. Mais Karin Handlbauer n'en a cure. Et tant mieux si les œuvres qu'elle défend reçoivent succès commercial : elles le méritent. La galeriste aussi. Elle use le meilleur de son énergie pour résister aux tendances du temps afin de "dériver" avec acharnement vers des œuvres qui cultivent un flux plus qu'un reflux. Elle prouve qu'être galeriste est affaire de courage et de professionnalisme. Il ne s'acquiert qu'au fil du temps mais réclame aussi un sens inné de l'anticipation. La vocation de la directrice de Mezzanin est de savoir ce qui se fait afin de « proposer-voir » l'ailleurs d'un devenir en "suspens" et  de défendre celles et ceux qui prennent le relais du futur en enrichissant l'imaginaire.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

APERTI 2015 : Marie-Pierre Cravedi Frontière et partages

 

 

 

aperti.jpgCravedi.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Après sa licence de cinéma à La Sorbonne et un Master de Photographie à l’EFTI à Madrid où elle fut l’assistante d’Alberto Garcia-Alix, après aussi quelques années en tant que photographe indépendante Marie-Pierre Cravedi termine un Master en Direction Artistique option Photographie à l’ECAL de Lausanne. Son travail fut présenté au Musée de l’Elysée en février 2014 après avoir été publié dans le « British Journal of Photography ». Son récent projet photographique intitulé « Réunion » est réalisé autour de la famille. A l’exubérance ironique (et hispanique ?) fait place une radicalité plus intéressante et moins facile. Il ne s’agit plus de simples « photos de famille » mais d’inventer une autre relation aux proches comme à l’image et un nouveau rapport entre réalité et fiction déjà présent – rappelle à juste titre la photographe - dans toute construction de la mémoire.

 

 

 

Cravedi 2.jpgSurgit une face cachée des choses et des êtres par effet plus d’aporie que d’évidence et en des jeux de surface et  saisies d’  « angles morts ». Par ailleurs les photographies de Marie-Pierre Cravedi ne sont jamais marquées du poinçon de la nostalgie qui les assujettirait à la soumission au romantisme du passé. L’artiste  ne se débarrasse jamais de la part la plus inconnue et résistante du réel.  Renouant avec le figuratif comme avec une sorte de « land-art » intérieur  la Lausannoise d’adoption incarne un réalisme particulier et en rien anachronique ; il se joue des apparences et cherche à percer ce qui paraît insécable.  En extrayant non la proximité du lointain mais le lointain de la proximité et en dégageant tout ce qui n’est que de l’ordre du spectacle et de l’évènement l’artiste touche ce qui appartient à l’ordre d’un mystère. Il  n’est pas seulement le sien mais prend une valeur généraliste.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

07:11 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)