gruyeresuisse

14/11/2014

Simona Fedele : sauvetage de l'eau du feu et du feu de l'eau

 


 

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"Simona Fedele : "Paintings and Icons", 155 pages, Udine (Italie), 155 pages, catalogue disponible par www.simonafedele.com

 

 

 

 

 

 

FEDELE 2A.jpgMonica Fedele a inventé un langage que beaucoup ont copié sans atteindre la force que l'artiste lui a donné. Par le portrait l'artiste italo-américaine  transforme non seulement le visage mais le monde. Son œuvre est sidérante à la fois par sa qualité technique que par son esprit empreint autant d'humour que de gravité. De chaque œuvre surgit une mise en scène où couleurs et formes deviennent une transfiguration du réel. Le désenchanté du passé est réenchanté en une forme de devenir dont la peinture et le dessin dans leurs factures sont la preuve.

 

 

 

 

Fedela 4A.jpgTirants d'oripeaux et de pans brûlés son imaginaire elle le porte à une forme de fusion entre passé et avenir : chaque œuvre avale la durée, se transcende elle-même en un point d'intersection entre le temps et l'éternité : des artistes vieillissantes (Adjani par exemple) obtiennent sous des gravats peints le rang d'icônes. La splendeur prend des "accents" particulier : au lieu de scintiller elle verdoie pour explorer jusque dans les tombes du temps certains rêves étouffés. Créant l'atemporel avec le temporel chaque œuvre propose une étrange "musique" des formes et de couleurs en tourbillons ou effacements pour donner vie face au non-sens et au non-lieu qui se charge soudain de tout sens et de tout lieu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

13/11/2014

Les mutations farcesques d’Ursula Knobel

 

 

 

 

Knobel.jpgPuisant son imaginaire dans les matériaux du réel Ursula Knobel les remodèle à sa main, le plus souvent au moyen du médium le plus simple : le dessin. La célébration plastique devient néanmoins un rituel poétique totalement décalé. L’artiste ne cesse de prendre à revers la représentation du monde et la perception du spectateur en une approche à la fois naïve et conceptuelle, minimaliste et faussement désinvolte. L’artiste s’oppose à toutes les arrogances par ses déphasages. Le dessin se met à chanter pompette. Le pestilentiel du quotidien est transformé en fragrances « pistil en ciel » en des jardins dont nul ne peut  ressortir en détresse.  Le soleil y tape dur comme un boxeur. L’ère de la renonculacée n’y est jamais  retardée. La force démystificatrice fonctionne à plein régime, en toute simplicité et en une indignation discrète. L’ironie fait le reste. Et le fait bien. Au besoin Ursula Knobel forge le faux afin d'exalter l'artifice. Plus besoin de prendre la fuite, de se jeter dans le Rhin  pour quitter la Suisse. Mieux vaut attendre, devant chaque image proposée par l’artiste, qu’elle nous jette dehors comme le ferait un patron de bistro.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Julie Masson : soliloque des femmes

 

 

 

Masson.jpgJulie Masson fait que le spectateur s’enfonce avec son regard vers les femmes que l’artiste saisit. Mais l’oeil n’ira pas plus loin. Il vient s’échouer sur ce qui est donné à voir et non à toucher. Le "modèle" garde ses secrets,  mais des secrets qu’à sa manière le photographe nous révèle en partie en coupant le mot beauté pour éliminer de ce qui en italien se nomme « belleza » (ornementale) au profit de la « beltà » (qui vient  de l’intérieur). Ajoutons que chaque cliché possède sa raison d'être, son intention dans le jeu des ombres et de lumière. L'intimité révélée/cachée possède une dimension universelle. Surgit une  émotion « avènementielle ».  L’épreuve photographique crée soudain un espace de silence dégagé de tout élément anecdotique, diégétique pour la pure contemplation.

 

 

 

Masson 2.jpgOn l’aura compris Julie Masson ne fait ni dans le porno, ni dans l'érotisme. Elle cherche une vérité plastique du corps. Celui-ci ne se réduit ni à sa « viande » (Artaud) ni à son âme. Le visage et le corps gardent une charge d’inconnu. Il fait de ce travail une énigme discrète. Dans la chair de l’image, la femme rebondit en de longues vibrations de lumière. Chaque photographie semble une approche, une attente. Nous entrons dans le monde muet de l’injonction où la trace devient énergie sourdement incorporée par la puissance du regard.  Et si souvent la photographie dérobe la vie ou si la seconde dévore la première, Julie Masson place son œuvre dans l’interstice. Ses photographies ne contribuent pas à engendrer du fantasme mais elles ne distribuent pas non plus de la nostalgie.  S’il y a effectivement parfois dévoilement d’un voile ce n’est pas celui qu’on croit. C’est pourquoi un tel travail a tant à « raconter ». Mais au regardeur de trouver quoi en emportant avec lui ses propres bagages émotionnels et ses connaissances de l’art.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:15 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)