gruyeresuisse

15/11/2014

Jacqueline Devreux "serial" photographe

 

 

 

Devreux.jpgJacqueline Devreux présente de la femme une image différente de ce que les hommes attendent comme de ce qu’en proposent les photographes mâles. Humilité, simplicité dans la sophistication permettent de montrer le côté double la féminité dégagée de toute mollesse, condescendance  ou provocation de mise en scène. Toutes les prises sont près du corps sans forcément le mettre à nu. La Devreux 6.jpgtransgression passe par cette « théâtralité de la théâtralité » afin de faire surgir une autre vérité souvent pare effet et séries. Vagabonde magnétique Jacqueline Devreux suggère le mystère à ras de réel. Avec subtilité elle organise des variations au sein d’une odyssée reviviscente où le corps prend parfois des aspects hallucinatoires mais sans débordement intempestif. Devreux 7.jpgL'image reste froide comme l’hiver sur l'Hudson River. Si bien que même le brûlant du fantasme ne peut faire considérer ces photographies comme de la "visibilité cutanée". Le corps jouxte soudain d'autres abîmes subtilement évoqués. Preuve que la photographie n'est pas une façon de faire autrement, mais un moyen de construire autre chose.

 

Par morceaux surgit un chant doux et mélodieux. Photographier c'est le reprendre tout en le renvoyant au silence d’où il sort comme à l’extase et à une certaine inquiétude. Et ce loin de toute narration et en dehors de tout élément diégétique. Chaque photographie fait naître des sensations et idées complexes le plus souvent à travers une femme en solo et l’entretien infini que la photographe tient avec elle.


devreux 3.jpgIl existe là peut-être la peur et la fascination du corps de l'autre, la peur et l'envie de son propre corps, de ce qu'il cache de ce qu'il montre à l'autre et qu'on ne veut pas montrer, la dichotomie entre intérieur et extérieur, la question de la maîtrise de ce corps que l'on voit en surface, mais aussi au plus profond de la chair.  Preuve que l’art n’est pas qu’une histoire de peau et de surface.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/11/2014

Simona Fedele : sauvetage de l'eau du feu et du feu de l'eau

 


 

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"Simona Fedele : "Paintings and Icons", 155 pages, Udine (Italie), 155 pages, catalogue disponible par www.simonafedele.com

 

 

 

 

 

 

FEDELE 2A.jpgMonica Fedele a inventé un langage que beaucoup ont copié sans atteindre la force que l'artiste lui a donné. Par le portrait l'artiste italo-américaine  transforme non seulement le visage mais le monde. Son œuvre est sidérante à la fois par sa qualité technique que par son esprit empreint autant d'humour que de gravité. De chaque œuvre surgit une mise en scène où couleurs et formes deviennent une transfiguration du réel. Le désenchanté du passé est réenchanté en une forme de devenir dont la peinture et le dessin dans leurs factures sont la preuve.

 

 

 

 

Fedela 4A.jpgTirants d'oripeaux et de pans brûlés son imaginaire elle le porte à une forme de fusion entre passé et avenir : chaque œuvre avale la durée, se transcende elle-même en un point d'intersection entre le temps et l'éternité : des artistes vieillissantes (Adjani par exemple) obtiennent sous des gravats peints le rang d'icônes. La splendeur prend des "accents" particulier : au lieu de scintiller elle verdoie pour explorer jusque dans les tombes du temps certains rêves étouffés. Créant l'atemporel avec le temporel chaque œuvre propose une étrange "musique" des formes et de couleurs en tourbillons ou effacements pour donner vie face au non-sens et au non-lieu qui se charge soudain de tout sens et de tout lieu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

13/11/2014

Les mutations farcesques d’Ursula Knobel

 

 

 

 

Knobel.jpgPuisant son imaginaire dans les matériaux du réel Ursula Knobel les remodèle à sa main, le plus souvent au moyen du médium le plus simple : le dessin. La célébration plastique devient néanmoins un rituel poétique totalement décalé. L’artiste ne cesse de prendre à revers la représentation du monde et la perception du spectateur en une approche à la fois naïve et conceptuelle, minimaliste et faussement désinvolte. L’artiste s’oppose à toutes les arrogances par ses déphasages. Le dessin se met à chanter pompette. Le pestilentiel du quotidien est transformé en fragrances « pistil en ciel » en des jardins dont nul ne peut  ressortir en détresse.  Le soleil y tape dur comme un boxeur. L’ère de la renonculacée n’y est jamais  retardée. La force démystificatrice fonctionne à plein régime, en toute simplicité et en une indignation discrète. L’ironie fait le reste. Et le fait bien. Au besoin Ursula Knobel forge le faux afin d'exalter l'artifice. Plus besoin de prendre la fuite, de se jeter dans le Rhin  pour quitter la Suisse. Mieux vaut attendre, devant chaque image proposée par l’artiste, qu’elle nous jette dehors comme le ferait un patron de bistro.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret