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18/11/2014

Brigitta Malche : chemins de lumière

 

 

 

 

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Partant – à l’origine – d’un art proche de celui de l’école de Zurich, Brigitta Malche a glissé insensiblement vers un graphisme qui promet d’étranges Ex-votos par l’intervention d’un érotisme métaphorique. Il ne s’agit en rien de reliques mais plutôt de support à la réflexion sur le féminin de l’être. L’artiste en montre le chemin sans jouer les Madames Edwarda chères à Bataille. Tout un déplacement de l’éros a lieu. Il s’habille de subtilité et de finesses afin que le fantasme ne pousse plus comme du chiendent. Sous forme d’aporie le corps danse avant de s’envoler comme un ange en virtuosité plastique.

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On est loin de ce que Poe avait imaginé dans le tableau que Roderik Usher avait peint : à savoir la femme telle une maison en chute « représentant l’intérieur sombre d’une cave ou d’un souterrain ». Avec Brigitta Malche nul souffle de l'effroi. Bien au contraire.  Par sa vision de la féminité elle lutte afin que le réel devienne un peu moins mal, un peu plus humain. L’artiste arrache le féminin au monde nocturne où beaucoup veulent l’enfermer. La femme  n’est plus sa mélancolie.  Le graphisme danse. Nul épi ne vient le contrarier. Le noir devient lumière sur le lait preux du papier.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

17/11/2014

Les barbies d’Irina Polin

 

 

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Toute préfiguration du monde échappe car - quoiqu’on pense - nulle opération purement intellectuelle permet d’en découvrir le sens. Seul l’art peut tenter d’en comprendre l’énigme à travers ses configurations. Chez Irina Polin les renversements d’échelle et les équilibres les plus improbables le terme « expérimentation » prend une signification aiguë mais tout autant ludique. Les objets n’y sont jamais laissés tels quels. Ils sont soumis à une dynamique. Elle joue de charades en des syntaxes juxtaposées mais différentes afin de crée des fables selon une démarche libre et jouissive. L’art atteint le déplacement des données immédiates de la conscience et de la perception  sans que pour autant que la poétesse ne joue à l’apprentie sorcière. Elle se veut plutôt sourcière avec la seule arme des renversements de perspective ou de structure. Ses « barbies » y sont soumis à des dépeçages qui les arrachent à leur destin. Elles deviennent une métaphore d’un monde où la femme refuse le sort d’image de mode qu’on veut lui coller. Contre les mécaniques médiatiques l’artiste introduit des engrenages délirants drôles et tendres La poésie plastique fait la jonction entre ce qui est et ce qui n’est pas, entre  le réel et l’allégorique.  Des grâces « insignifiantes » y dansent sur les cils de l’air.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16/11/2014

Entre affect et méditation : Laure Gonthier

 

 

 

 

Gontier.jpgLaure Gonthier, Paradise Lost, (avec Nathalie Wetzel), Galerie In Situ, 21, rue des Fossés, Morges, 23  novembre 2014 - 2 février 2015.

 

 

 

Laure Gonthier fait éprouver la moiteur des choses : elles semblent dans ses œuvres et au sein même de la fixité sortir de l’engourdissement dont nul ne sait s’il vient du corps, de la pensée ou d’un lieu d’image sourde. Demeure là comme une lumière intérieure et tout  semble soudain moins lourd. Le Lausannoise crée une coulée derrière les yeux. Le monde émerge en même temps qu’il perdure dans tout se qui demeure des clartés déchues. Loin des cercles interlopes du lieu Dantesque, l'image n'a plus besoin de flammes ou de feu. Elle se suffit à elle-même. Surgissent des forces pénétrantes sans ostentation. Avec délicatesse et tendresse Laure Gonthier couche l’halètement sur des berges fiévreuses. Demeure l’étrange hypnose de désirs qui ne se sont pas tus : le regardeur épouse le monde par l’argile que l’artiste façonne. Il garde ici sa couleur de souffre. C’est un délice pudique là où se mélange figuration et abstraction pour faire de chaque œuvre un pur objet de sensation  mais aussi de méditation sur l’indicible qui habituellement échappe.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:40 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)