gruyeresuisse

26/03/2015

Christine Sefolosha : destins fuyants

 

 

 

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Décombres de monde : quelques êtres plus ou moins lointains ou proches. Platon parlait d’eux. L’artiste les extirpe des gravats. L’ombre fait surface entre un continent & un autre. Reste la brûlure du gouffre là où recule torpeur (pluie de pétales, linéaments bleus).  Dans la fente du présent germe la nuit, le jour, le jour, la nuit en une  syntaxe de métronome d’une œuvre de passion.  Silence du fouet, danger du franchissement, foudre menaçante. Une clé  montre le dessous rupestre de ténèbres de naissance. L’image se fait chair et sacrifie l’agneau.

 

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Christine Sefolosha décrypte le monde. Accrochée par les jambes au trapèze (tête à l’envers) elle ose tomber devant les spectateurs : seul un clown fou aurait envie de rire. L’artiste se relève et le salue : il est obligé d’applaudir celle qui reste la louve noire aux lallations orgasmiques de sultane. Ses matrices exultent (un revenant les redemande).  Chacune décompose par coup de pinceaux invisibles les syllabes de réel et crée des palpitations des sols en gradations d’ombres et intrusions de lumière. Elles bordent une marge inconnue, tutoyée, reconnue.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:59 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/03/2015

Blue velvet & poupée brisée – Virginie Rebetez

 

 

 

Rebetez.jpgVirginie Rebetez,  “Out of the Blue”,  Galerie Christopher Gerber , Lausanne, du 2  au 30 avril 2015.

 

 

 

Avec « Out of Blue » Virginie Rebetez continue son travail de recherche sur l’identité en mixant diverses segments existentiels où se conjuguent la mort et la vie, le corps et l’esprit, le réel et le fictif. Dans la lignée d’une Sophie Calle mais de manière plus abrupte et radicale elle remonte ici une histoire. Celle d’une jeune américaine de 19 ans Suzanne Gloria Lyall portée disparue en 1998  à Albany (New York). Partant du dossier de l’enquête auquel elle a eu l’accès grâce à la famille de la victime, l’artiste le reprend en jouant sur ce qu’elle nomme le « recto-verso, le visible et le hors-champ ». Mais ce travail de filage et de profilage  où différents médiums sont convoqués possède une liberté avec la rationalité inhérente à ce type de traque. « Sourcée » à l’histoire tragiquement vraie l’artiste en invente d’autres avec d’autres personnages par divers types de marouflages.

 

rebetez 2.jpgAux photos de famille, objets de Suzanne, images d'investigations policières Virginie Rebetez mêle ses propres images et objets. La victime prend un nouveau visage. Le vrai n’est jamais montré (à l’exception d’un dessin  "age-progressed composite" qui montre à qui elle serait sensée ressembler aujourd’hui) comme si la disparition de la jeune fille se doublait de celle de la réalité. Composite, particulièrement et dérangeant « Out of the Blue » met en question l’identité mais se double d’une réflexion sur les concepts de tangibilité, de matérialité par le mélange troublant de la réalité et l’imagination qui voudrait démentir une fin sans doute inéluctable. L’artiste sidérée par le suicide et la solitude l’est aussi par le meurtre. D’où l’intérêt à la fois pour une histoire où ces trois notions ne cessent de se télescoper et d’autre part pour le medium photographique par quasi essence (du moins à l’origine) est celui du réel et de l’identité. La science forensique lui permet toutefois de modifier l’état des lieux et faire que le médium n’arrête plus le temps et ne soit plus qu’un catafalque. Preuve qu’au sein de la photographique il existe diverses logiques. Certaines sont capables de donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation voire d’appropriation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/03/2015

Ann Loubert et le blanc du ciel

 

 

Loubert.jpgAnn Loubert, « Le ciel se cogne aux arbres », L’Escalier, Brumath, mars 2015.

 

 

 

Ann Loubert dissipe les ombres sur la plénitude des blancs. Les traits y circulent, le visitent y posent leur onction par le souffle qui anime le geste de la création.  Chaque œuvre de l’artiste crée un rythme subtil, trouvé de manière presque instinctive par celle qui en ses chevauchées pénètre dans l’immobile. Reste l’essence même des images : Ann Loubert estompe, dissout ce qui est superfétatoire en ce qui tient d’un mouvement lustral et germinatif.

 

 

 

loubert 2.jpgTout dans ce travail bouge, vibre, grésille. L’ancien et le nouveau de l’art s’y accordent, jaillissent au gré de modulations jamais gratuites  mais porteuses de sens.  Gagnant sur le vide et le blanc  (le non dit), le chœur des touches d’Ann Loubert forment des cavatines allusives. Sur le blanc pur ce qui affleure tient de la blessure et de la caresse. Les deux semblaient jusque là refoulées dans le silence. L’artiste, depuis Baden,  les fait remonter par ses segments obliques ou droits comme des coups d’archets. Si bien que le lumineux éphémère s’installe face à la nuit. Sur la blancheur du support la créatrice zèbre des aubes, des trouées qui font retentir un appel au sein de l’univers muet.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret