gruyeresuisse

04/04/2015

Rochelle Goldberg "rose de personne"

 

 

 

Goldberg 3.jpgRochelle Goldberg, « Cordon sanitaire » Quark, Genève, 28 mai - 11 juillet 2015.

 

 

 

Le blanc et le noir accordent au monde tel que la Canadienne le dévoile une carapace. Elle reste néanmoins sirène en un foutoir de fragments  qui étiquettent ses œuvres. Photographies, sculptures, installations  évitent le naturel  et les chimères attendues.  L’œuvre devient la psyché décalée du réel mais qui renvoie néanmoins une certaine jouissance visuelle  à la lumière particulière cérémonielle et froide en ce qui tient en partie d’une  métamorphose mystique.

 

 

 

goldberg bon.jpgLes espaces qui s’imbriquent, se chevauchent ou à l'inverse s'éparpillent mêlant le blanc au noir arrachent les données premières du réel. Le seuil de connaissance passe par le choix d'une fusion élémentaire lié aux contradictions de la vie plus qu’au passage du temps dont la couleur serait le symbole.  Ne règne plus que la monodie des noirs, la gradation de leur densité, le rythme de leurs formes. Surgit un chant grave et prenant. Le monde se désépaissit, s’estompe et devient la « rose de personne » chère à Celan.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

02/04/2015

Sylc : mondo cane

 

 

 

 

Sylc BON 2.pngFace au mensonge et à  l'inanité de la fausse évidence qui épuisent le monde au lieu de le montrer, le rouge incandescent des « monstres » de Sylc  permettent de créer un chiasme. Il concentre en un duo étrange l’être et la bête loin de l’intrusion trop réaliste. De l’humanisation charnelle est conservée non pas la chose mais son dedans. Le rouge devient le portant intérieur de l’être et de son rapport au monde. Il introduit une force d'abstraction pour atteindre des effets sensoriels plus profonds que ceux du vérisme faussement flagrant et purement reprographique.

 

 

 

Sylc 2.jpgSylc devient la géographe particulière du corps. Elle englobe les phénomènes physiques, biologiques et humains qui surviennent lorsque le chien s’en empare selon des topographies qui égarent. S’instruisent des « viols » particuliers, des intrigues étranges. Des parties se jouent dans le corps  mais elles demeurent énigmatiques. La peinture montre mais plus encore dissimule. Son contenant caché la détermine selon des courbes de niveau très douces, à peine perceptibles par endroits, et qu’on imaginait improbables. Là où le  rouge est mis, la femme est renvoyée à ce qui dépasse son destin biologique par la présence grossissante du chien. Demeure néanmoins la vie avec ses mouvements contraires, son dynamisme, ses échecs et ses bonheurs.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

01/04/2015

Daniela Belinga : outrance et dérision

 

 

 

Belinga 2.jpgNe partant jamais sans bagages mais en les détruisant la créatrice cultive l’audace, l’outrance, le mauvais goût de la meilleure engeance. Elle use aussi de ses visions, de ses sentiments, de son inconscient, de son “ background ” pour secouer nos perceptions. Elle ne s’occupe pas de faire beau et se détourne des couchers de soleil sur le lac Léman ou de Constance propres à subjuguer les naïfs. Et si elle nous tire des larmes ce  sont des larmes de rire. Les maternités éclatées, les estampes japonaises revisitées permettent la mise à l’épreuve d’une proximité jusque là demeurée tellement lointaine qu’on ne pouvait la penser.


Belinga.JPGQuoi de plus vivifiant et drôle ? L’excitation provoquée par les images ne conduit pas au ciel. L’artiste tord tout type d’emphase pour remettre les idées en place face à l’apprentissage de la « beauté » subie jusque là selon des grilles de lecture admises. La plasticienne propose un rapport moins complaisant à ce qui est considéré comme suprême. Elle rappelle que  l’“ entente avec l’inespéré ” (Char) en art ne doit pas se limiter à une essence réputée universelle.  Daniela Belinga la fait concevoir comme partielle puisqu’il existe bien d’autres manières de montrer. Le seul  art vivant qui vit, fait vivre, avance se nourrit d’irrévérences et d’intuitions farcesques. L’outrance et la dérision lui sont nécessaires : elles luttent contre les titans. Ils n’appartiennent pas qu’à la mythologie mais oppressent aujourd’hui comme hier.


Daniela Belinga, EAC Les Halles, Porrentruy