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22/05/2016

Sophie Bouvier Ausländer : trans-war

 

Auslander.jpgSophie Bouvier Ausländer, EAU TIEDE, The Great Pacific War, Galerie Heinzer-Reszler, Lausanne, 12 mai au 11 juin 2016

La Lausannoise Sophie Bouvier Ausländer s’impose peu à peu sur la scène internationale. Elle pousse le regard vers des territoires inconnus et des périodes plus ou moins douteuses au moyen de monstrations mystérieuses. L’encre et l’eau dégoulinent ; les matériaux en subissent les conséquences. Le visiteur plonge dans un labyrinthe optique. Mais l’humour n’est pas absent dans cette manière d’envisager ou de dévisager l’art et le monde. N’ayant pas besoin de visas plastiques pour s’emparer des images tout sert de motif, de cause, d’objet à l’artiste.

Auslander 2.jpg« The Great Pacific War » peut se lire de manière transhistorique et dépasser le cadre de la Seconde-Guerre mondiale pour une approche postmoderne. Les contrées telles que l’artiste les programme créent des visions lumineuses, simples mais tout autant complexes et énigmatiques. Surgissent l’aître de limbes aussi familière qu’improbables, les intermittences du mystère où tout chuinte - mais avec douceur - d'inassouvi.

Auslander 3.jpgL’oubli semble glisser au sein des intermittences d'un voyage dans le dédale des époques. C’est à peine si ça et là jaillit l’infime modulation d’une nostalgie. L’œuvre sous prétexte de sourde souvenance résonne du futur d’un monde qui part subrepticement à la dérive. Quelque part saigne un sang d'équinoxe mais c’est à peine si l’artiste en titille l’infusion ou la rumeur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

19/05/2016

Lavinia Raccanello : tous ceux qui tombent

 

Lavinia 4.jpgLavinia Raccanello, « À tous ceux qui sont tombés », coll. Varia, art&fiction, Laussane, 2016, CHF 9 / € 5.
Publication réalisée dans le cadre d’une résidence à Arc artist residency — une institution du Pour-cent culturel Migros (www.arc-artistresidency.ch)

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Lavinia 2.jpgCe petit (mais grand) livret permet de rappeler l’importance du CIRA (Centre International de Recherches sur l’Anarchisme, Lausanne). Il met en évidence des textes à propos de Sacco et Vanzetti tirés des archives du centre au moment où diverses polémiques ont tenté de mettre à mal l’image des deux révolutionnaires. Signe du temps ? le montage effectué par l’artiste italienne Lavinia Raccanello s’en amuse de facto en effaçant progressivement la gravure célèbre d’Alexandre Mairet de Sacco et Vanzetti sur la couverture d’un numéro du « Réveil Anarchiste » en 1928.


Lavinia.jpgL’artiste avait déjà été en résidence à l’ARC en 2015 : elle y est revenue en mars 2016 afin de continuer son travail sur les gravures sur bois de Mairet pour le journal de Luigi Bertoni. « A tous ceux qui sont tombés », par la figure tutélaire des deux italo-américains, rappelle les luttes contre le capitalisme, la religion, le chômage et la guerre. L’artiste y concentre son imagerie sur la relation entre les êtres, la justice sociale, sur le conflit entre l’Etat et l’autonomie.


Lavinia 3.jpgL’univers plastique témoigne de la part de l’artiste d’une absence autant d’égo que d’inhibition, de préjugés et demande à ceux qui regardent la même disponibilité. Lavinia Raccanello se met au service du propos en appuyant sur les contrastes texte et image. L’important n’est pas d’où viennent les textes mais ce qu’ils réveillent au sein d’inserts afin de réinventer cette page d’Histoire sans que nous sachions si nous restons encore dedans ou si nous sommes déjà au dehors…

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/05/2016

Quand Mylène Besson sauve les meubles des twin Sisters

 

 

Besson.png"Mylène Besson", Galerie Filambule, "Marie Morel", Galerie Humus, exposition duale du 27 mai - 26 juin 2016


Marie Morel a pensé longtemps que les plumes faisaient le plumage et la peinture matière leur collage. Mais peu à peu l'artiste a instrumentalisé son art dans une répétition roborative et lassante. Dans l'exposition en écho et duo au Filambule et chez Humus, Mylène Besson sauve la mise en proposant une dimension toujours plus pertinente selon des ouvertures atypiques et fécondes.

Besson 3.jpgL'orchestration duale permet donc un équilibre entre métissages et dissonances où les ricochets de Mylène sauvent les cadavres exquis de son alter-ego pour les transformer en des corps aux identités troubles et à l'ivresse fantomatique. L'assemblage entre les deux œuvres peut donc se faire à distance : il est avant tout mental. Mais là où Marie Morel est frileuse, Mylène Besson guide et détermine un sens plus ouvert et jouissif.

Besson 4.jpgDouce et provocante son œuvre nourrit des codes équivoques, des croisements interactifs, des effets d'optique et de cadence que Marie Morel semble avoir perdus. Elle devient en quelque sorte l'obligée de la première qui avec ses détournements audacieux jouent de sublimations mystiques et sexuelles. Dans ce jeu binaire l'une des twin-sisters cache l'autre. Reste néanmoins une gerbe commune aux effluves propre à rappeler que "tout le temps qui passe ne se rattrape guère... que tout le temps perdu ne se rattrape plus ”.
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Jean-Paul Gavard-Perret

 

(portrait de Mylène Besson par Maxime Godard)

10:52 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)