gruyeresuisse

21/07/2016

Une bouteille à la mer : entretien avec Suzane Brun

 

Brun.pngA ceux qui se demandent « Ai-je seulement vu un visage ? » Suzane Brun accorde de multiples réponses. Surgissent des femmes blondes, douces et belles de longs cheveux. Mais pas seulement. Et selon des poses mystérieuses voire surprenantes. Le voyeur semble être en présence des miroirs comme seules traversées possibles qui mèneraient au lieu indiscernable de la vraie « scène ».

Brun 3.pngLa photographe propose donc une galerie de visages pour renaître là où éros et thanatos rôdent. Manière d’animer au-dehors la passivité intérieure et l’organique devant quoi toujours nous sommes aveugles. Entre les yeux et le regard s’inscrit un fossé d’une nuit ou d’un jour sans fond au sein de visions parfois rassurantes et parfois qui ne le sont pas. L’œuvre fait toucher le féminin de l’être en des paysage sur lesquels poussent des fleurs étranges.

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Le désir.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Réalité.

A quoi avez-vous renoncé ? A la transmission du génome.

D’où venez-vous ? D’un volcan d’Auvergne.

Qu'avez-vous reçu en dot ? Une coulée de lave.

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Sucer mon pouce.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Mon nom Suzane Brun.

Brun 2.jpg



Comment définiriez-vous votre approche du portrait et de l'éros ? Mutation de l’homme. À l'origine, Éros était représenté comme un être androgyne.

Quelle est la première image qui vous interpella ? La croix.

Et votre première lecture ? Le Catéchisme.

Quelles musiques écoutez-vous ? Le rock des années 50 , 60, 70, le punk, le rap, le hip hop, l’ électro, Mozart, Satie et plus récemment le jazz.

Quel est le livre que vous aimez relire ? Celui que je n’ai pas lu.

Quel film vous fait pleurer ? « Les oignons font pleurer », réalisé par Louis Feuillade en 1907.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une femme qui me ressemble.

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? A l’inconnu.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Aubervilliers, 93, France.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche? David Lynch, Diane Arbus, Michel Houellebecq.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une bouteille à la mer.

Que défendez-vous ? Mon point de vue.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Philosopher ou forniquer.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" « Take the Money and Run », 1972.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? To be or not to be ?

Présentation et interview par Jean-Paul Gavard-Perret, le 19 juillet 2016.

19:40 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Les couples d’Agneta Sofiadotter

 


Agneta2.pngAgneta Sofiadotter met le feu au dessin par effet de froideur. Dessinant souvent sur plexiglas et induisant ses traits de plages claires - qui ne peuvent « boire » les contours mais au contraire les souligner - l’artiste invente au besoin une pilosité animale pour les ours qui tentent de séduire ses « poupées ». Elle transforme formes, cellulite, rides, poils et sexe pour dissocier l'image du sexe « fonction » du sexe « organe ». L’image de la nudité est métamorphosée : à sa crudité basique est préférée une dépossession et une reprise singulières.

Agneta.pngLe dessin abolit le mur qui sépare la femme et le mâle comme les animaux de leurs "images". Nous sommes éloignés du côté "stimuli-réponse" que propose la pornographie et son poncif qui, selon Baudelaire, est "un abus de mémoire...plutôt une mémoire de la main qu'une mémoire du cerveau". Surgissent des corps en ordre de marche ou figés afin de créer moins des narrations que des (im)postures. La froideur et la rigidité comme la souplesse et la densité soulignent la présence de l’individu, sa résistance. Il existe dans l’image la plus nue, la plus simple - donc la plus compliquée - une force d'érosion sociale et morale.

Agneta 4.jpgTout est monté en forme non de philosophie (dans le boudoir ou en pleine nature) mais de jeu. Il faut sans doute un beau courage à l'artiste pour oser un tel travail. Il n'illustre pas une thèse. Il fait mieux : la sexualité devient autre, son sens est multiplié, non homogène, métaphorique.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Voir le site de l’artiste.

10:31 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

11/07/2016

Female Chic, Thema : défaire pour faire


Female Bon 3.pngGina Bucher, “Female Chic. Thema Selection”, Patrick Frey Editions, Zurick, 2016.

Le label de mode Thema installé à Oberdorf près de Zürich a fait bouger les lignes de la haute couture - et non sans scandale - dans les années 70. S’est défini un style aussi séduisant qu’excentrique. Katharina Bebié, Ursula Rodel et Sissi Zöbeli (qui habillèrent tant d’icônes) furent rejointes par Elisabeth Bossard puis par Christa Derungs et maintenant Sonnhild Kestler.

Female bon.jpgLe livre fait le tour des collections où l’androgynie imposée par Yves Saint Laurent prit un nouvel axe plus déshabillé et « misfit ». Les pièces furent vendues d’abord dans la boutique de luxe installée au 9 du Weite Gasse. A l’époque les femmes venaient y chercher un mixage entre un style Hippie et son opposé de type business woman impératrice. Et en 1974 Vogue US déclara le lien comme celui de l’avant-garde fashion.

Female chic 4.jpgL'ensemble  permet de comprendre comment l’œuvre évolue à travers des fondamentaux déclinés parfois dans d'apparentes ruptures. L’histoire de la maison est racontée à travers les témoignages des créatrices comme de celles et ceux qui les accompagnent hier aujourd’hui. Le livre montre comment un certain sens du dénudé et d’effet de plis prouvent que c’est en défaisant qu'on fait. La haute couture peut ainsi créer des déconstructions qui proposent leurs nécessaires césures et hiatus en séquences ou déchirures. L’œil y danse au sein de ballets formels pour des passes inédites.

Jean-Paul Gavard-Perret