gruyeresuisse

18/04/2016

Madeleine Jaccard : l’arachnéenne

 

Jaccard.jpgMadeleine Jaccard, "Ode an die Flause", au "9a" de Berne, Avril 2016 et "installation", au "Café Hasard" de Bienne, avril-juin 2016.

Par effet de filtrages et répétitions les œuvres de Madeleine Jaccard illustre comment la vie se « tisse ». L’artiste crée d’immenses « toiles d’araignées » qui emprisonnent le monde entre figuration et abstraction. L’art perd sa fonction première de fétichisme pour revenir à l’esthétique en des linceuls et scapulaires imprimés et propices à des cérémonies secrètes où l’être est sans cesse recherché comme s’il voulait se retrouver ou chercher l’araignée qui au lieu « de filer un mauvais coton» crée des visions poétiques. La question de l’être demeure donc ouverte là où des histoires filées créent des forêts hantées comme dans une pièce de Shakespeare.


Jaccard 3.jpgLa vie se réfléchit de manière aussi vibrante qu’opaque, claire que floue. Au vacarme assourdissant des œuvres pétards, l’artiste préfère le « moriendo » car il est plus incisif. Les dessins créent une mythologie qui, au sein de la répétition, s’enrichit toujours de nouveaux éléments selon un filage particulier et des réseaux enchevêtrés mais parfaitement clairs. L’œuvre s’apparente à des traits dessinés dans l’espace. Leur accumulation va jusqu’à faire écran à la vision mais génère tout autant une dimension sculpturale. Nous sommes emportés dans un rêve et une fascination. Le désir y prend d’étranges proportions, séquences après séquences. Les regardeurs sont plongés au sein d’une communauté étrange. Ne subsiste aucune sollicitude sécurisante là où pourtant pointe une tranquillité apaisante.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

11/04/2016

Andrea Heller : possibilités de la trace

Heller.jpgAndrea Heller, « I was wondering about noise”, Muster - Meier, Brunngasse 14 / Brunngasshalde 31, Berne, avril 2016.

Andrea Heller poursuit son travail d’émulsions de formes et de couleurs mais aussi de coulures. L’œuvre traduit et détourne un état ou une peau physique superficielle du monde. Les choses se compliquent parce que cette sortie est animée par un imaginaire en labyrinthe. Andrea Heller sait que ce qui "va de soi" nous masque ce qui est. Il faut aller plus profond. Seul le déplacement impose un dépassement. Il fait surgir le réel dans ses plis et sa complexité.

Heller 2.jpgTrop souvent en effet l’apparence avale. L’artiste la digère. Ou si l’on préfère elle lui donne du corps, la métamorphose en une insatisfaction perpétuelle. Elle crée des trous à combler en une sorte de « paysage » que chaque fois elle pousse plus loin. Ce qu’elle crée, elle le chasse ou plutôt le fait évoluer parce qu'il y a toujours une autre vague à estamper ou à endiguer, une autre paroi à creuser.

Heller 3.jpgPour le réaliser l’artiste accepte de ne plus comprendre les choses les plus simples. Elle découvre ce qui est couvert et couvre ce qui habituellement semble à nu. Elle bouche les blancs par les couleurs. Le langage des lignes et celui des matières crée une compacité subtile plus qu’une épaisseur.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/04/2016

Sandra de Keller : une 4L et pas plus

 

 Sandra de Keller.jpgSandra de Keller, "Renault 4 Life", Fitzpatrick Leland House, Los Angeles.

 

Née à Genève, la photographe autrichienne Sandra de Keller a fait de la 4L son atelier improvisé en hommage à sa première voiture. Mais la nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Et plutôt que le passé, la vie et le présent remuent. La carcasse est tout sauf un cimetière : elle prend un air de fête : des enfants se faufilent dedans pour jouer. La femme elle-même la transforme à sa manière en un peep-show ironisé. Elle ferme les yeux. Pour effacer l’image ancienne et anticiper un advenir à soi ou pour se moquer des lapins voyeurs aveuglés par les feux arrières.

Sandra de Keller 3.jpgLa 4L a donc échappé à l'amoncellement des épaves. Un chat errant s'y réfugie parfois pour dormir un moment sur le siège du mort. S’y voyaient les cuisses de la femme sous une jupe étroite qui s'arrêtait aux genoux. Il est possible de la retrouver encore. Preuve que la voiture basique et populaire peut devenir un vaisseau du rêve. Il semble improbable mais loin de la rouille perdure une sorte de Paradis terrestre sur divers chemins de traverse à Ibiza ou ailleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret