gruyeresuisse

23/07/2018

Carol Letanneur et les consistances défaites

Letanneur Bon Bon.jpgA travers ses photographies Carol Letanneur impose à notre perception des « objets » de substances diverses, tant par ses angles de prise que le sujet, la couleur pour les mettre en valeur. La substance se limite à son effet. Elle vient soudain moins de la réalité que du langage photographique lui-même.

Letanneur bon bon 2.jpgSon nœud borroméen crée un lointain dans le proche, une proximité dans un horizon où les êtres ne sont plus que des points. La démarche de la créatrice revient à faire abstraction de la consistance en tant que telle. La photographie offre donc une matière qui semble se passer d’elle-même et que débusque l’imaginaire.

Letanneur Bon 2.jpgLe réel fait quasiment effet de métaphore puisque l’image ne renvoie pas à la substance du réel : sa marque indélébile est transformée. La consistance réaliste n’est plus dans ce qu’elle contient mais dans ce qu’elle devient en tant que symptôme ou asymptote poétique. Carol Letanneur ouvre ainsi le cadrage à la fois de ce qui est la réalité comme du simple fantasme. Elle tourne et manipule ce qui résiste dans les deux. Bref elle révise le rapport que le regardeur entretient avec le monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/07/2018

Sara Serpilli multiple et une

Serpilli 3.jpgLa série « Macarena Project » est partie d’un « tic » : Sara Serpilli chaque matin, avant de partir au travail, écoutait le « tube » à la mode de Los Rios « Macarena ». Ce rituel servait à la stimuler pour affronter son travail de bureau. Peu à peu l’artiste s’est mise à mettre sur Facebook ses autoportraits « sollicités » par cette chanson et accompagnés de textes en s’adressent à une amie imaginaire nommée bien sûr Macarena...

Serpilli.jpgCe modèle devint peu a peu « ma partie drôle, superficielle et optimiste » écrit l’artiste. Le double lui permet d’afficher aussi un humour et une auto dérision. Sara Serpilli se présente dans différentes poses et dans divers endroits de sa maison pour exprimer de manière biaisée son corps (face au media photographique), son âge et son déracinement. Il y a là des clins d’œil à Lara Croft ou aux impératrices italiennes en rappel de ses origines.Le tout non pour se cacher mais être encore plus elle-même, unique dans cette diversité.

Serpilli 2.jpgL’art en sa fable devient l’installation d’un instant, l’état de la présence qui repose et repasse sur la réalité pour parvenir à établir de l’image. C’est moins une négativité du réel que son approfondissement. La sortie de soi permet d’y revenir avec une présence accrue. A partir de l’exercice de la forme l’artiste crée des visions structurantes dont la mobilité est l’axe constitutif

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

21/07/2018

Sarah Michelle Riisager et les incertitudes

Riisager 3.jpgSarah Michelle Riisager est une artiste danoise qui travaille dans les champs de la photographie, la vidéo et la sculpture. Elève de la « Fatamorgana », l’école de la photographie de Copenhague, son appareil fut d’abord un moyen de supporter la mort de son père. Elle part ensuite en Ecosse finir ses études de photographie ) la « Glasgow School of Art ». Depuis elle ne cesse d’exposer dans son pays d’origine puis d’adoption mais aussi aux USA, en Chine et en France à Arles pour festival Les Rencontres de la Photographie.

 

Riisager 2.jpgModeste, l’artiste ne prétend pas révolutionner son art, mais l’empathie qu’elle porte aux modèles lui permet de s’en approcher au plus près. D’où cet intimisme particulier avec les êtres comme d’ailleurs avec les lieux. Entre monumentalité et immersion elle insère le regardeur en une telle proximité. Refusant l’ornemental, l’œuvre se teinte de sévérité mais aussi de douceur et parfois d’une discrète ironie.

 

 

 

 

Riisager.jpgExiste une manière de voir sans se soucier de l’exquis. Ce dernier pourtant ne s’efface pas là où la narration comme le symbolique errent. Une certaine chaleur jaillit de la froideur des lieux.  Evitant toute surcharge les oeuvres prennent une valeur hypnotique. Elles ne cherchent pas à résoudre au sein de leur rébus divers types de leurres. Entre rapprochement et extinction de l’apparence émergent des présences non sans mystère. Des histoires montrées ou racontées ne restent que des indices. L’image n’émarge pas mais émerge de « cette hypocrisie merveilleuse dans lequel elle se perd elle-même » ( D. Mémoire).  Elle ouvre  à une relation d’incertitude en un parcours qui est moins de l’ordre de la mollesse que de la “pointe”.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sarah Michelle Riisager, « Frozen », Brothas Editions, Copenhague, 2018.