gruyeresuisse

01/05/2015

Marion Fayolle : du bois dont on fait certaines flûtes

 

 

 

 

 

Fayolle.pngMarion Fayolle semble affirmer lorsqu’elle dessine « Le bout des doigts me brûle par le Si indécis que je suis, par le la, la, la de mes chansons graphiques et leur perte d'équilibre ». Le tout non sans un certain surréalisme en formes simples et des couleurs : rouge, bleu, orange bleue au soleil couchant-levant. Le corps épouse des membres imprévus imbriqués selon des greffes et excroissances de l'imaginaire en dérive. 

 

 

 

Fayolle 3.jpgCertes Marion Fayolle est parfois plus « sérieuse » : pour preuve elle dessine des livres pour enfants et leur raconte des histoires. Mais lorsque l’avant-bras droit la fait souffrir elle se détend en dessinant pour des enfants moins sages. Elle décline leur cycle  des vanités. Chaud devant et traverses XXL pour d’inconditionnels baisers. Des lèvres y succombent. Mais qu’on y prenne garde : certaines mâchoires sont armées.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Julia Born : glissements de plans

 

 

Julia Born.pngJulia Born, Conférence, Centre Culturel Suisse, Paris, Jeudi 28 mai

2015 / 20h

 

 

 

Julia Born est une graphiste suisse dont le travail est reconnu internationalement. Vivant désormais à Berlin elle modifie l’art du graphisme, du design et de la muséographie. Elle a travaillé pour le Stedeljik Museum d’Amsterdam comme pour le Guggenheim  de New-York, la Kunsthalle de Bâle et fait partie des graphistes engagés pour la Documenta 2017 à Kassel & Athènes Elle a créé dans la première décennie du siècle 6 livres de commande ou de création où l’idée même de la conception est le reflet du contenu. « Ofoffjoff – One To One » crée pour le couturier hollandais Joff est devenu une manière non conventionnelle mais pertinente de ce qui est  réduit habituellement à l’état de catalogue. L’artiste y a inséré dix tenues en grandeur nature : chaque personnage est découpé, puis recomposé selon diverses combinaisons.  Julia Born 2.pngLe livre est donc plus un prolongement de la collection de mode qu’une documentation. Pour le catalogue de l'exposition « Le Nouveau Siècle » au Grachtenhaus l’artiste a reprit les règles de symétrie du lieu truffé de fausses portes pour sacrifier à un idéal de symétrie complète. Elle a revisité  cette idée en faisant un pont entre le lieu et le livre « bâtiment ». Par exemple le titre de la jaquette, devant et derrière, est placé sur axe médian et sert de rabat il sert de porte plus que de couverture.

 

Julia Born 3.pngJulia Born joue de l'ordre et du désordre. Le déploiement des formes est souverain indépendamment des "objets" qui s'y trouvent. La créatrice transforme les données « objectives » en informations lointaines et proches. L’artiste casse le piège des contours admis, crée la débandade des horizons habituels afin de montrer les confins inédits. Les pages elles-mêmes basculent, s’échappent, s’envolent en glissements de niveaux. Pour autant l’envolée proposée est aussi une mise en abîme. Et chaque fois que l’artiste rencontre un objet ou un lieu elle leur redonne un volume car  elle le  ressent comme emprisonné. Elle obtient de nouvelles familles d’objets d’art et des lignées de formes intempestives.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

27/04/2015

Shelley Aebi : ravins ravinent

 

 

 

 

Shelley_Aeby.jpgShelley Aebi photographie en silence le silence. Même lorsqu'il est bruyant ou noir dans le brillant des cuirs. La photographe sait entendre, écouter-voir avec patience, attendre. Elle capte les teintes essentielles en couleurs ou noir et blanc. Le temps passe-t-il ? Shelley Aebi le retient. Un temps. Elle fait d'une amie écrivaine écorchée  une Lydia Lunch pâle et pulpeuse. Elle photographie son écriture fracassée. Elle connaît le monde interlope. Saisit la lune rousse au dessus d'un jean serré ou sur un lit.

 

Shelley 2.jpgL'ombre est ombre ce qui n'empêche en rien sa fluorescence. Paradoxes des jours et des angles noirs.  Gémissements du corps. Sa jouissance. Douloureuse jouissance. Shelley Aebi photographie aussi l'absence, la nuit, l’automne des jours même au printemps. Elle capte ce qui questionne et l'amour que tout le monde ignore.  Dans une salle de bains. Dans une ruelle sordide. Le sombre et la lumière. La photographe multiplie le regard par la vision d'une femme droite dans ses bottes comme la plus lonesome des cow-girls. Elle repère des brèches qui permettent d'entrer dans la partie de l'être habituellement inaccessible - même à celui ou celle  qui croit lui faire sa fête. Elle dit plus en image que toutes les déclarations d'amour. Reste un récit en lambeaux, des architectures subtiles. Chaque cliché conduit en bordure des ravins. Là où la brèche s'ouvre, par le souffle de l'image, sur les chemins de traverses. Le modèle se fait syllabe, la photographe virgule. L'inverse est vrai aussi. Sur la pulpe du silence la photographie est fable de présence, fragments de l'essentiel.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret