gruyeresuisse

12/01/2015

Catherine Rebois et les hybrides : du réel à l’imaginaire.

 

 

 

rebois 3.jpgCatherine Rebois, Galerie Espace L, Genève.

 

 

 

Non sans un certain radicalisme de structures l’œuvre de la photographe Catherine Rebois  traverse des approches plurielles où la mort jouxte la vie, le réel l’imaginaire. Néanmoins l’artiste est avant tout à la recherche d’une photographie pure qui devrait tout à son langage et non à son sujet. Le montage devient un élément majeur de l’expérimentation plastique. S’y produisent les échanges entre les pressions venant de l'extérieur et les pulsions profondes. Symboliques à leur manière les photographient  offrent le passage d'une réalité présente à une réalité autre qui la dépasse et qui joue autant de l'expansion  que  de l'effacement. Diurnes ou nocturnes ces images même lorsque des corps y sont couchés instaurent des schèmes d'ascension, de verticalité.

 


rebois 2.jpgLa photographie fait surgir une théâtralité particulière où les ombres ne cessent de se mouvoir, de disparaître, de revenir. Elle acquiert un pouvoir physique non de survivance mais de surréalité. Elle est aussi l’interrogation constante des relations entre le réel et l’image, le corps et celui des autres. De telles photos ne cherchent ni la fascination, ni l’émerveillement. Elles sont des puits d’émergence d’une cohérence oubliée entre diverses oppositions de plaisir et d’angoisse, de vie et de mort. Le monde et le rêve sont donc soumis à une emprise subtile en des processus autant d’empreintes que de retraits. Apparaît une remise en question fondamentale  des notions d’image, de réel et de lieu.  La photographie est l’empreinte d’un inconnu alors que trop souvent elle n’est que le porte-empreinte de la mémoire. Bref elle a soudain le pouvoir de devenir lieu de son propre lieu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

09/01/2015

Les cérémonies blanches de Patricia Glave

 

 

 

 

 

Glave 2.jpgPatricia Glave offre une série d’images christiques. Elles renvoient toutefois  plus aux images de la mère qu’à celles des pères créateurs. C’est dans les formes rondes que se cercle l’humanité sans pour autant que la figuration humaine préside à la destinée de son travail. La bâloise installée à Lausanne n’a pas pour l’homme les yeux de Chimène. Et dans une certaine froideur le désastre du monde reste évoqué loin de tout pathos. Souvent par la blancheur de ses images l’artiste tente de le laver à grande eau en jouant sur la finesse allusive. L’œuvre est subtile, de son mouvement à la fois étouffant et léger surgit un culte particulier. Il porte sur la nuit (supposée) de la féminité une étrange lumière froide mais pénétrante  qui donne  à chaque image sa vibration. Patricia Glave atteint une intensité de création qui précéderait l'aurore du langage, comme si le rond (même chargé d’épines)  pouvait enfin échapper à la prise. Ne jouant jamais  l'enchanteresse en sa  théâtralité de sortilèges infimes la créatrice installe un univers neuf en revisitant des symboles. Celui-là finit par imposer en son horizon mystérieux et sidère. Il fait basculer les hagiographies votives en brisant les ascensions surfaites par une simplicité magnétique et un profond amour de la vie mais qui rappellent ce qui vient la tuer. Apparaissent aussi une intimité touchante  et  la raillerie profonde d'un monde que l’artiste traite à coup de "vanitatum vanitatis" dont elle multiplie les échos. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/01/2015

Claudia et Julia Muller : sisters acts

 

 

Muller 2.jpgLes Bâloises Claudia et Julia Müller jouent d’un va et vient incessant entre dessin et peinture : l’un se transpose dans l’autre et vice versa en divers processus de modification. Ils passent non seulement de la peinture murale au dessin sur papier mais aussi des aquarelles et collages à la vidéo. Dans leurs premiers travaux les sœurs utilisaient souvent comme point de départ la photographie de proches avant d’élargir leur thématique à la nature, à l’histoire en partant de reproductions tirées des médias et des livres. Elles font surgir ce qui est caché dans les images. Elles en offrent une lecture critique sans la moindre démagogie ou leçon. Demeure une esthétique de l’ouverture et de la dialectique dont la finalité est à découvrir par le regardeur au sein de séries et leurs points de ruptures des apparences.

Muller.jpgLe piètre mystère de la pâmoison des images admises est pour les créatrices induite par la perte obligée de conscience. C’est pourquoi au descriptible elles préfèrent l'indescriptible qui dévaste l’image première. Manière de rappeler qu'"on" nous a offert un destin ou plutôt que nous le subissons au moyen d’images fléchées. Face à elles les Muller inventent une coupure afin de résister à l’abrutissement des songes programmés. Vivre n'attend pas la confirmation d'un miroir pipé élevé au rang de vérité. Les artistes en cassent l’infirmité sensorielle. Les glissements d’un média à l’autre par la syncope et le spasme sortent des trous noirs du prêt à regarder et consommer en mélancolie ou nostalgie. C’est pourquoi l’œuvre ne cherche jamais à grimper au rideau des apparences. Elle creuse la langue plastique pour que se saisissent des rapports ignorés et qu’implose l’inconsistante imageante. Le décalage "peaufine" une image parlante. Il transgresse l’effet de leurre. Ici à l’inverse la présence n’est que soupçon. D’où l’importance de l’enjeu fomenté par les sisters en leurs « acts » impies.

Jean-Paul Gavard-Perret