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14/11/2017

Sheila Metzner : focales et lignes de fuites

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Sheila Metzner sait que la nudité éloigne en rendant insaisissable ce qu’elle jette au regard. Au lieu de s’y enfermer et pour la suggérer, elle lui trouve corps dans l’ailleurs. Pas très loin néanmoins. Une alcôve, une sculpture en métal la remplace. Mais le corps reste souvent à bout portant. A bout presque touchant.

 

 

 

Metzner 2.jpgTout est la fois tangible et retenu à travers un art parfois minimal, parfois baroque pétri d’élégance, de raffinement, de sensualité et de romantisme. L’hyper femme est retenue dans sa buée, dans le grisé et la volonté de décadrer le repérage. C’est parfois l’envol d’une sonate ou son cascando. L’apesanteur est extrême. Il ne faut toucher à rien. L’éparpillement est presque fantomal.

 

 

 

 

Metzner 3.jpgReste une suite de moment intacts et intouchables. Peu à peu le regard ose - lentement - se faufiler. Quelques notes s’égrènent encore, visitant l’espace. Voici l’entrée dans un monde dont la profondeur tient à la suggestion là où tout égare, allège. Est évoquée dans les aventures de la forme, une matérialité sensuelle : la narration fait la part belle à l’émotion suggérée avec pudeur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sheila Metzner, « From Life », Stanley Wise Gallery, New York, du 19 octobre 2017 au 20 janvier 2018.

11:38 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

10/11/2017

Succès damnés - Marie Laure Dagoit

Dagoit 3.jpgDans un maillage de diverses approches Marie-Laure Dagoit fait succéder des déclinaisons intempestives, ludiques et jouissives d’éros. La louve n’y est pas forcément romaine… Et ses seins nourriciers deviennent le prétexte à des strip-teases parodiques. L’esprit du spectateur/liseur serpente entre dérision et tentation. A cela une raison majeure : l’auteure et éditrice se propulse vers un éros énergumène où en Méduse elle se joue de bien des Licornes ou ce qui en tient lieu.

 

 

Dagoit 2.jpgVamps et caïds subissent un métissage culturel. Entre portrait et quasi document « social », les préjugés en prennent pour leur grade au profit des singularités. Les lois des genres effacent leurs marelles, des légendes roulent leurs chimères dans les aiguillages de l'insomnie. Et au besoin Marie-Laure Dagoit saisit les modes urbaines, singularise une subculture métisse et baroque.

 

 

 

Dagoit.jpgSe faufile un certain sens du faux portrait, du jeu. Les bures des grands couturiers sont en charpie et les ascèses ébréchées. Entre souffle et soufre et dans les voiles d'un ciel pourpre, se franchissent l’espace des chimères. Ce que ne peut capter la photo ou l’image, l’écriture de Marie-Laure Dagoit le propose. Tout semble vu d’en bas ou en contre-plongée là où la femme se dit allongée sur le grand espace de bataille.

 

 

 

 

Dagoit 4.jpgLa créatrice offre un regard, mais autre chose qu’un regard. Car l’auteure sait qu’on ne raconte pas le regard, les mots sont impuissants, ils n’y peuvent rien, les mots, ils voudraient pourtant bien faire mais cela leur échappe définitivement. Ici, par les mots, le regard est un rapport plus fort que celui avec les choses vues. Un rapport intime dans l’ordre du désordre. Un rapport qui ordonne. « Défais mes liens ». Mais pas vraiment, car Marie-Laure Dagoit affectionne poses et chausse-trappes. Là où le textile glisse, il reste impénétrable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie-Laure Dagoit, « La lumière devant moi », Marie-Laure Dagoit et Rohan Graeffly, « Mes doigts sont gourds », Marie-Laure Dagoit et Isabelle Cochereau « Le soleil a seulemenn brûlé », Marie Laure Dagoit, « L’érotisme des autres », et « coffret en anglais » Editions litterature mineure, Rouen, 2017, Tous 8 E. sauf les 2 dernier 25 E.

(Image 2 : Isabelle Cochereau)

Colette Pourroy : traversées du silence

Pourroy 2.jpgPour Colette Pourroy Eve reste la première des femmes et l’archétype du féminin. A la manière des peintres religieux ou panthéistes, l’artiste transforme ses modèles en double par ce qui devient l’ébauche d’une histoire d’amour. L’attention de l’artiste à son sujet est profonde mais la façon « troublante » de le saisir évite l’anecdote. Les photos deviennent un récit énigmatique. Flous vaporeux, contrastes entre le blanc laiteux et le noir ne sont jamais des effets de style. Ils transposent le réel par une focale volontairement imprécise.

Pourroy 3.jpgUne lumière  irradiante presque mystique se mêle à la sensualité. Ce qui ne peut se dire devient chant visuel.Dans le huis clos d’une chambre comme au sein de la nature des dérives sont suggérées. Il existe des histoires d’âme mais aussi de corps. Un tel univers ne cesse de faire penser à Virginia Woolf et à Duras (pour les histoires de plages). Le monde est labyrinthique, la sensation troublante dans ce qui tient de l’indice, de l’écharpe.

Pourroy.jpgTourne toupie : les corps s’ouvrent à la lumière parfois en minuscules coulées. Une forme de mystère mêle un fond originel à un corsetage subtil. Emergent diverses ambivalences en de telles métamorphoses. Débordent des barques au delà de l’étreinte : chaque photographie prend le large, quitte l’ombre ou en joue. Existe en elle une porte. Seule Colette Pourroy en possède la clé.

Jean-Paul Gavard-Perret

Colette Pourroy, "Eve Réincarnée", Edition André Frère 2017