gruyeresuisse

04/02/2015

L’œuvre sans œuvre de Florence Jung

 

 

Florence Jung, Scénographie réalisée par Lucas Uhlmann, Circuit, Lausanne, 14 février – 14 mars 2015.

 

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Née à Sarreguemines Florence Jung a découvert sa vocation artitique en Suisse : Berne, Zurich et surtout Lausanne où elle  revient en 2015 invitée par le centre d'art "Circuit". Tout commença pour elle de manière improbable. Ignorante des théories et des techniques plastiques qui auraient pu l'emmener vers un point précis c'est à la bibliothèque qu'elle a découvert l'histoire de l'art par ordre alphabétique… Pour ses examens reproduisait ce qu’elle avait vu dans les monographies. Cette manière « brute » d’aborder l’art ne fut pas sans influencer sa manière de « produire » une œuvre  tout en validant son cursus académique.  Mais elle  trouva sa voie en s’intéressant aux artistes créateurs d’expériences au sein du réel. « La forme ne m'a jamais vraiment intéressée » dit-elle et c’est dans l’esprit des  Ian Wilson, Maurizio Cattelan qu’elle s’est lancée en un actionnisme particulier.

 

 

Là encore le hasard fit bien les choses. Invitée par une amie sportive et photographe à créer un texte  ,  la performance ne put avoir lieu (le ring ne pouvant entrer dans le musée…). Florence Jung -  les invitations à la performance étaient envoyées - accepta de réaliser « pour de vrai » l'utopie d'un art accessible à tous. S’emparant du listing de la chambre d’agriculture du lieu elle invita par téléphone les fermières au vernissage. L'unique condition était de porter le parfum que l’artiste leur offrait : Eau de Campagne de Sisley. Quelques femmes répondirent présentes et contre toute attente - lorsque l’artiste précisa son projet lors de l’inauguration - les gens ont commencé à se renifler les uns les autres. « D'abord discrètement et au bout de dix minutes, c'était la chasse aux sorcières (ou aux fermières) » dit l’artiste. La performance et un art olfactif naissaient presque à son corps défendant sous ses yeux.  « J'ai réalisé qu'impliquer les humains pouvait se révéler rudement efficace ». Le pli de travail de l’artiste fut donné. Depuis son « œuvre sans œuvre » avance entre actionnisme et méthode contre une certaine idée élitiste de l'art.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:50 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

03/02/2015

Isabelle Monnier la vagabonde ailée

 

 

 

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Isabelle Monnier s’attarde dans les rues comme dans ses rêveries : des femmes y rôdent, des animaux exotiques aussi dans un réel hybride lorsqu’elle fait des retours au pays mais sans savoir lequel au juste. Née en Afrique la Lausannoise se sent bien du bord du Léman. Et les névralgies de nostalgie ne sont pas de son fait. Mais il lui arrive d’arpenter les congères et les plaques de verglas comme les déserts. Sensible au va et vient du monde elle le reprend, y vagabonde et en fait son jardin aux mille cachettes.

 

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Dès que la pluie cesse elle sort et savoure longuement de longs moments de solitude. Sur le quai de Lausanne tout lui paraît clair et semble suivre son chemin. Et c’est d’un pas neuf qu’elle rentre dans son atelier où s’entassent photos et dessins. Dans chacun d’eux une narration lave des peines et des amertumes. La pensée s’y fait discrète, à peine palpable. Mais c’est pourquoi de telles œuvres charment. Petit à petit un univers se dévoile. L’émotion suit son cours : le présent la réclame. Le poème plastique s’écrit de presque rien. Du vide vidé de son vide. Chaque image invente un grand livre du regard. La brume sur le Léman ne limite jamais l’infini au carreau de la fenêtre chez la créatrice.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:50 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

02/02/2015

Anaïs Boileau : du cadavre à l’exquis

 

 

 

 

 

 

Boileau 2.jpgLes clichés de la jeune photographe de l’ECAL Anaïs Boileau relèvent de l’hybridation entre un glamour et chic et de la photographie anthropométrique. Ses portraits rameutent de « la » presque star et du presque cadavre. Le tout dans une ironie discrète. Peu à peu Anaïs Boileau créé un style construit sur à la fois une quintessence de sophistication mais aussi sur la dérision et l’improbable. La jeune créatrice ne se contente pas du déjà vu, du consommable. Elle introduit du fétiche dans le fétiche.  Chaque portrait demande ainsi aux "voyeurs" un autre approfondissement, une quasi "noyade", un autre temps d'acclimatation en créant des espaces ludiques où tout s’annule en s’affrontant.

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La photographe possède l'habileté de « miner » l’image-reflet. Au sein des  prises  plane une sorte de mystère et une farce. En chaque portrait perdure une douce violence - à ne pas confondre avec l'exhibition ou la provocation. Elle s'exerce  contre la représentation formatée. Ce qui pourrait devenir sacralisé est arraché par exhorbitation dont le jeu devient l’enjeu. La photographie n'a plus pour but de montrer en plus beau les images constituées mais de les faire ironiquement éclater là où tout semble en place mais est tout autant déréglé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret