gruyeresuisse

12/01/2019

Min Kim, Attentes

Min Kim.jpgMin Kim, "Waiting", Andata e Ritorno, Genève, du 17 janvier au 8 février 2019.

L'artiste sud coréeene Min Kim ne cesse d'étonner. Dans ces oeuvres en cours elle trouve une puissance qu'on ne lui soupçonnait pas forcément. Il faut absolument se rendre chez "Andata e Ritorno" pour comprendre tout ce que l'œuvre engage autour de diverses formules d'ombres et de lumières. Ce travail crée un univers sidérant que même les imperfections soulignent à travers des cérémoniaux ambigus. Mais c'est peut-être dans ses images les plus simples et elliptiques que la créatrice donne toute sa force.

Min Kim 2.jpgPeu de bémols donc à accorder à une oeuvre dont les déambulations s'enrichissent au fil du temps entre fragments et errances. Existe un refus astucieux de pathos  : cela accorde à l'oeuvre son atmosphère étrange et inédite. Chaque image excède l'aspect, la surface apaisée qu'elle propose en tirant de l'absence la forme de se représenter.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/01/2019

Les horizons de Kathrin Kunz

Kuntz.jpgKathrin Kunz, Gisèle Linder, Bâle, du 19 janvier au 10 mars 2019.

 

Katrin Kunz oppose à l’enrobement narratif de l’univers son spectre selon une discontinuité charpentée de lignes et de couleurs. Elle développe une abstraction géométrique au sein de trames subjectives et non sans parfois un certain clin d'oeil implicite. Kathrin Kunz refuse de mettre du postiche ou un masque sur le réel : elle préfère une fécondation minimaliste particulière où ne subsistent que quelques lignes de sédimentation.

Kuntz 2.jpgDe la dépouille du monde ce n’est pas l’artefact de la mort qui jaillit mais une paradoxale renaissance de ce qui est occulté dans le rouleau du temps. Kathrin Kunz grâce au mouvement imperceptible qui déplace les raies spectrales, trouble l’idée même d’image et de son ensoleillement. Demeurent une étrangeté, un étrangement. Ils ouvrent les oeuvres à une autre présence. Celle-ci évoque le survisible qu'il faudrait d'ordinaire deviner en clignant des yeux vers la lumière du ciel ou en les baissant pour se repérer dans un territoire désert là où la peinture ouvre sur des horizons singuliers.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/01/2019

Yusuf Sevincli : noir d'y voir

CSevincli 3.jpginq ans après "Post",  Yusuf Sevincli habille une nouvelle fois ses narrations  d'une lumière noire. Preuve qu'il s'agit de la couleur propre à enrober le monde en mêlant la réalité et le songe, l'intimité et la scène de rue ou de ses tréfonds. Chaque cliché est un jaillissement d’écumes orageux ou voluptueux  : y demeure une fontaine de vie prête à jaillir.

Sevincli 2.jpgAussi dilatées qu’elliptiques des ombres surgissent selon divers tracés. Elles font suer divers concepts et itinéraires établis dans la représentation de l'érotisme ou du quotidien. Le photographe turque l’ironise ou montre la haine ou l'amour que les êtres traînent derrière eux. Refusant d’incliner vers l’inféodation aux mâles, ses héroïnes démontent ce qui dans le réel - ici ou ailleurs -  les blesse, annihile, étouffe. 

Sevincli.jpgYusuf Sevincli avance dans la délivrance ou la séparation en un corpus à diverses entrées dangereuses pour l’ordre établi. A travers des successions de figures "brouillées" le photographe brise les illusions d’alouettes des esclaves consentantes ou non. Il crée un babil photographique féministe radical dont le grain  possède une force franche, immédiate mais aussi poétique et à effet retour puissant. En  une marche forcée surgissent  des morceaux de réalité qui rejettent la stabilité visuelle là où se révèle la matière même de la représentation pour offrir une vision inédite.

Jean-Paul Gavard-Perret

Yusuf Sevincli, "Oculus', la Galerie des Filles du Calvaire., Paris, janvier 2019