gruyeresuisse

29/09/2016

Carlo Mollino et les énigmatiques

 

AAAAMollino.jpgL’architecte et designer turinois Carlo Mollino consacra sa vie à son travail et à ses autres passions : les voitures de course, les compétitions de ski, les avions mais aussi la photographie. Peu reconnus à leur époque de création ses clichés sont devenus des must. Mollino a surtout fait des portraits de femmes. Ils semblent surgis d’un film noir des années 50. Les mannequins sont superbes. AAAAMollino2.jpgLes belles captives ont des allures latines aristocratiques et glacées dans des maisons (Casa Miller, Casa Devalle) ou d’intérieurs qu’il a créés. Certains tirages furent publiés en 1950 dans « Il messaggio della camera obscur » où l’artiste précisa sa conception de la photographie. Les photographies rappellent l’esthétique des portraits surréalistes. Le créateur joue habilement des contrastes entre la douceur des étoffes, l’ondoiement des chevelures et la dureté des lignes.

Chaque égérie semble s’abandonner au regard de l’artiste tel un jouet fragile. Carlo Mollino fait bifurquer le plaisir par les mises en scènes qu’il propose. L’imaginaire s’envole mystérieusement au moment où le créateur retient des instants d’éternité. AAAAMollino3.jpgLes corps deviennent la lumière froide de chandelles qui se consument en un écrin précieux. La vie peut partir en fumée et quelques rares sourires au besoin suggèrent implicitement que le désir vit de rien, vit de tout. L'abrasion reste lente et la vision profonde et assourdie au sein d'un rituel photographique fastueux propre à suggérer un émoi particulier. Celui-là en devient la trace, la couleur (par le noir et blanc) et surtout l’effluve diaphane.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les photographies de l’artiste sont visibles actuellement à la galerie Sage (Paris). Certains objets ou installations à Kissthedesign Lausanne et HEAD Genève.

27/09/2016

Rebecca Russo et Georges Henri Rabbath : la flamme d’une chandelle




AAARusso 4.jpgSous la direction de la Genevoise Barbara Polla et de Paul Ardenne, « Les phautomnales » 2016 présentent entre autre le travail de la psychothérapeute Rebecca Russo. Elle est la première à avoir utilisé la vidéo d’art afin d’optimiser les diagnostics et les traitements de ses patients. Elle a ensuite développé cette approche au niveau international en créant « Vidéoinsight » et en publiant de nombreux livres sur ce concept ainsi qu’un cours universitaire. Collectionneuse d’art et fréquentant les galeries elle pousse désormais plus loin la matérialisation de son idée générale : « la vie est art, l’art est vie ».

AAARUSSO_RABBATH_BD_01.jpgAvec le photographe Georges Henri Rabbath elle prouve que chaque instant de la vie peut être un art. De leur travail émane un univers fascinant. La femme semble s’abandonner à la prise comme un jouet. Mais par cet abandon elle fait bifurquer son propre désir afin qu’il s’ouvre à des espaces inédits entre réel et imaginaire. Les photographies montrent combien il est mystérieux de s’envoler, de laisser faire des gestes ignorés et engagés sur l’heure afin d’inventer une provisoire éternité. AAARusso.jpgElles sont aussi sensuelles que subtilement décalées. Le mystère prend des formes ironiquement tendres ou hiératiques. Les corps deviennent des chandelles. Elles se consument selon un cérémonial dérisoirement précieux. Implicitement la sexualité vit de rien, de tout - à savoir de petits bouts d'amour. L'abrasion reste lente. La vision profonde est assourdie au sein d'un rituel photographique sobre, sombre mais néanmoins lumineux.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Wake up in Beirut », « Love Stories », Les phautomnales 2016, Beauvais du 7 octobre 2016 au 1 er février 2017.

 

 

26/09/2016

Angela Marzullo maîtresse idéale

 



AAAMarzullo.jpgAngela Marzullo, « Homeschool », Textes de Anna Cestelli Guidi et Francesco Ventrella, 232 pages, Editions Nero, 15.00 €

 

 

 

 

 

 

 

 


AAAMarzullo 2.jpgL'instruction à domicile constitue une thématique centrale des performances et vidéos d'Angela Marzullo. Partant de textes des années 1960 et 1970 sur le sujet, la Genevoise les met en scène et les fait jouer par ses deux filles en liant l'image et le texte.

AAAMarzullo 3.jpgLes monstrations reposent - sous forme ludique et sérieuse - des questions rémanentes et qui traversent toute société en son rapport à la pédagogie. Digne descendante de Rousseau, l’artiste prouve qu’une telle position reste révolutionnaire pour certains ou réactionnaire idéologiquement parlant pour d’autres. L’artiste dépasse ces (im)postures. Elle met en jeu le corps et l’esprit soumis à un enseignement « maison » qui semble plutôt probant. Chaque tentative venant ébranler un certain ordre reste possiblement positif.

AAAMarzullo 4.jpgDe fait pour Angela Marzullo - et loin de fantasmes ou de présupposés - la pédagogie ne doit pas se penser pour elle-même mais pour ce qu’elle apporte. En plus belle fille de monde elle ne peut donner que ce qu’elle a. Mais il est toujours possible d’en modifier le costume. Le prêt à porter et le sur-mesure restent des réponses possibles. Quel que soit le cadre, il suffit que celle ou celui qui la reçoit n’en soit pas la victime et en tire partie.. Le livre a donc le mérite de desserrer l’étau des idées reçues voire à les réviser. Les mines réjouies des deux « actrices » de la créatrice semblent l’accréditer.

Jean-Paul Gavard-Perret