gruyeresuisse

03/08/2015

Diana Lui : just like a woman

 

 

 

 

 

Lui Diana.jpgLa nouvelle exposition de Diana Lui “Totem” se compose de portraits en noir et blanc et en couleurs. Ses photographies questionnent le sens de la tradition dans le monde islamiques d’aujourd’hui à travers les costumes traditionnels que les femmes modernes portent en Malaisie. Cette recherche est consubstantielle au travail de l’artiste. Elle l’a commencé au Maroc il y a quelques années et a culminé provisoirement par son exposition en 2014 à l’Institut du Monde Arabe de Paris. A l’initiation de cette recherche il y eut les propres photographies  du  psychiatre français  Gaëtan Gatian de Clérambault. Les propres travaux de l’artiste, avant de se prolonger dans son propre pays d’origine, commencèrent par une recherche sur les costumes traditionnels des femmes marocaines et tunisiennes. Y trouvant bien des similitudes avec les vêtements malais l’artiste décida d’explorer leur univers sémantique influencé par des siècles de tradition tout le long de la Route de la Soie entre la Chine et le bassin méditerranéen.

 

 

Lui Diana 3.jpgDiana Lui  après avoir grandi en Malaisie avant de vivre longtemps aux USA et en Europe (Belgique, France, Suisse) pour ses études est revenue pour un temps en son pays afin d’étudier de plus près le rôle que tient la femme. Plutôt que des discours l’artiste a choisi sa propre mise en scène et ses photographies. L’ensemble pose de manière subtile et magnifique le rôle du costume dans la société et comment une femme peut s’y insérer en associent racines et traditions d’un côté, indépendance et modernisme de l’autre. L’artiste par ses œuvres fait corps avec les femmes de Malaisie. Et ce qui pouvait être au départ une suite de totems ethnographiques devient une présentation poétique et symbolique des emblèmes d’une identification capable de générer une femme « nouvelle ». Celle qui à la fois assume ses héritages et revendique une féminité tout sauf passive. Les formes dérobées se font fébriles, se délivrent de tout renoncement à être. 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Diana Lui, « Totem », Galerie “The Space”,   Penang, Malaysia 1er au 31 Aout 2015.

 

01/08/2015

Anja Niemi : Le double et son trouble

 

 

Niemi.jpgLes déserts californiens servent d'écrin à la série "Darlene & Me". L'ensemble se veut la narration d'une histoire plus ou moins énigmatique entre deux femmes gémellaires (puisque les deux sont incarnées par le même modèle). La série est tirée d'une l'histoire de la fin des années 50 : celle d'une femme nommée Darlene esthéticienne de luxe. L'artiste a romancé ce cas dans lequel, selon la photographe, la femme avait décidé de laisser tomber une star qui s'était mis en travers son chemin. La série raconte les sentiments duels (fascination et haine) qui animaient ces deux femmes.

Niemi 2.jpgTout reste néanmoins capté de manière ironique, légère et presque irréelle. Le doux murmure  des images remplace aisément les dialogues et leurs temps de silence. L’image arrive donc pour effectuer bien mieux que ce que feraient  les mots. Reste l'écume des jours dans une stratégie d’ellipses. Et si l’humour est bien présent il ne pousse jamais jusqu’au rire sardonique - adjectif qui selon son origine rappelle que ceux qui mangeaient l'herbe de la Sardaigne  étaient pris d'un rire violent qui les conduisait à la  mort.  A l’inverse ici et au détour des courbes les désirs étouffés prennent vie comme si à coup de griffes Anja Niemi  voulait biffer le passé, trouer la peau de l’inconscient afin qu’il se vide de ses miasmes. On si l’on préfère : ensevelir l’hier et l’émoi de ses heures mauves pourrissant de nostalgie dans l'aujourd'hui où l’histoire est en quelque sorte revitalisée sous le soleil exactement.

 Jean-Paul Gavard-Perret

www.thelittleblackgallery.com

27/07/2015

Pamela Littky & Stefanie Schneider : hot line

 

 

 

Littky bon.jpgPamela Littky a traversé pendant trois ans d’Ouest en Est la Vallées de la Mort en passant par ses deux « portes » : Baker (Californie) et Beatty (Nevada). L’artiste non seulement a su faire éprouver la beauté des lieux (sans insister pour autant sur les effets lyriques faciles en un tel lieu mythique) mais surtout celle des gens qui y ont fait racine en s’adaptant à la chaleur oppressante de ce désert. « Peut-être est-ce à l’origine le nom macabre du lieu qui piqua ma curiosité » dit l’artiste. Peu à peu elle s’est surtout confrontée à elle-même dans les petites bourgades où la température atteint près de 50 degrés plusieurs mois par an.

Littky bon 2.jpgUn tel lieu ne peut en effet laisser indifférent : soit il paraît invivable, soit l’être y trouve une impression  étrange de communion avec le monde. La photographe la traduit en une série exceptionnelle. Stefanie Schneider l’accompagne - en créant une ambiance particulière (photo 3)  autour de femmes seules - sans  autre souci que la recherche de vérité. Dans l’incandescence des déserts  l’artiste « force »  le corps à se montrer tel qu’il est. L’éphémère de l’instant saisi suggère de mystérieux et fascinants « motifs ». Chez les deux artistes la réalité et les faits sont là mais laissent présents le rêve, le désir, une forme de fiction.

 

Schneider.jpgLe Désert de la Mort prouve en quelque sorte qu’il ne mérite pas son nom. La vie palpite.  Frontières, limites extrêmes, seuils mais aussi « cœurs » ouverts deviennent une manière d’explorer ce qui tient à un incessant devenir. Trop d’artistes le confondent avec le néant.  Les deux photographess’y refusent. Elles transforment chaque prise en cérémoniel austère ou poétique. Elles divaguent parmi les lieux jusqu’à en faire surgir une  sensuelle mystique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Pamela Littky & Stefanie Schneider, « Desert Voices », Galerie De Re, Los Angeles.

 

 

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