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16/03/2015

Juli Susin : variations et perceptions

 

 

 

Susin 3.jpgJuli Susin , « Castle » (avec Véronique Bourgoin), 12 mars – 25 avril, Fotohof,  Salzburg, Autriche.

 

 

 

 

 

Les œuvres de Juli Susin sont à la photographie ce que  les fragments de Nietzsche sont à la philosophie : elles contestent l’  « Immaculata » des dogmes et permettent des confrontations aussi communicantes qu’intempestives. L’artiste traite certaines vieilles images comme contemporaines. Mais l’inverse est tout aussi vrai. Demeure une succession  d’enjambements, d’accords et désaccords plastiques afin d’ironiser le réel comme l’art à  partir d’un double matériau: l’archive et la création.

 



Susin 2.jpgLe souvenir, ses perceptions passées ou récentes offrent des narrations. Elles sont autant d’investigations, de  «Thinking-while-watching» chères à Wittgenstein. Elles convoquent et imbriquent de manière spéculative, l’art, la littérature, l’épuisement des métaphores et des raisonnements logiques. A travers l’œuvre se repose une question essentielle : que voit-on quand on montre l’être ou le réel ? Preuve que Juli Susi demeure à la recherche de l’« archi-image ». Elle refuse la propension illusoire : celle de croire coller la photographie au réel.  Dans les deux le vrai et le faux sont en perpétuelles variations.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:14 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

14/03/2015

Sarah Hildebrand : rotation du plein et du vide, du silence et des mots

 

 

 

Sarah.jpgSarah Hildebrand in « L'homme et la nature, SPRING COLLECTIVE », 6-28 mars 2015 ; Galerie d’(A)Avenue du Léman 20, 1005 Lausanne.

 

Rappel : de Sarah Hildebrand, « Chez soi », textes et dessins, 96 pages, coll. « Re : Pacific », éditions art&fiction, Lausanne.

 

 

 

sarah BON.jpgSarah Hildebrand aime les histoires de femmes. D’hommes aussi. Et tout le quotidien qui stratifie le monde, la grande histoire – souvent terrible même si vue de Suisse elle semble feutrée. La plasticienne (et écrivain) cherche tout ce qui se cache derrière les apparences en recueillant dans chaque prise une « perle » jusqu'à ce que l’ensemble d’une série forme un collier.

L’artiste observe, collecte, fixe des mondes hybrides qui se percutent. Réalité de la fiction, fiction de la réalité : le « jeu » (sérieux)  permet  de les organiser poétiquement. Au besoin l’article enjolive - mais discrètement et juste ce qu’il faut.

 

Traversant les pays elle raconte, écoute, fait abstractions des contraintes mais reste sensible à la misère celle par exemple « des babouchkas obligées de vendre des fleurs et des baies des bois ». Elle est sensible au mythique, au mystique comme au trivial. Sous les apparences elle remonte l’histoire. Celle de la Russie la féminine par exemple «  grosse femme aux seins bombés, habillée de tabliers, de dentelles, de chapeaux, de toques, de bottes, de fourrures qui rayonne d’un sourire sans dent, des blinis plein la poitrine et qui tend les bras ». Il y a les êtres et les paysages : Sarah Hildebrand à travers eux se laisse envahir d’émotions plurielles, de formes de couleurs.

 

Hildebrand.jpgParfois l’enchantement se fait rose sur blanc avant de disparaître. La photographie doit le retenir. Dehors, dedans. Genève, New-York, le Caucase. Les lieux délaissés, les paysages bondés ou déserts. L’artiste se cherche « dans un assemblage de fils de laine ». Elle cherche aussi son ombre et interroge qui elle sera. Peut-être que les temps se ressoudent déjà dans le monde qui se déchire. Sarah Hildebrand en traverse les distorsions et les heurts. Elle rebâtit ce qu’elle donne au jour.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

13/03/2015

Sarah Jérome : portrait à l'envers, envers du portrait

 

Jerôme.jpgSarah Jérôme, « Chimere », du 27 mars au 2 mai 2015, Ego gallery, Via Luigi Canonica 9, CH-6900 Lugano.

 

 

 

 

 

Sarah Jérôme produit beaucoup d’œuvres sur papier. Se mêlent dessins au crayon, à l’encre, au pastel et des collages d’objets - lambeaux de textile principalement. Chacune d’elles ramène d’une manière ou d’une autre  à une filiation complexe non seulement par le visage ou le corps mais par les pièces rapportées qui s’y adjoignent ou le remplacent. La vision identitaire - tout en jouant sur la délicatesse des traits, l’anomie ou sur l’allusif expressionniste -  devient angélique et démoniaque. Une douceur émane des visions en elles-mêmes violente. Chaque œuvre  demeure erratique et ambiguë.

 

Jérôme 2.jpgCréatrice d’histoires visuelles, Sarah Jerôme joue avec la notion de représentation. Elle peut osciller du surréalisme au concept. Elle  prouve que les artistes ne doivent pas faire ce qu’ils sentent devoir accomplir mais faire ce qu’ils veulent et l’assumer. C’est pourquoi les œuvres de Sarah Jérôme suggèrent bien des possibilités. Aucune n’apporte de réponse définitive. D’autant que son travail ne naît pas d’une seule idée ou intention. Son sens ne saurait être univoque. Ses figures « imposées » sont autant des modèles que des rôles.

 

Jean-Paul Gavard-Perret