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08/09/2015

Les damiers bien tempérés d’Esther Stocker

 

 

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 La grille dont Mondrian ou Malevitch furent les précurseurs, en ses lignes droites - noires ou blanches, horizontales ou verticales,  a pour objet de fonder chez Esther Stocker une sorte d’artificialité qui l’éloigne du monde du réel et de l’objet. L’artiste la créée au moyen de Scotch (jouant le rôle de cache protecteur) afin de proposer un équilibre instable.

 

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Pour parler de ses œuvres en géométrie variable Esther Stocker utilise les termes de  « bruits visuels ». En effet à l’harmonie (qui créerait un « son » visuel) se superpose une dissonance perceptuelle. Fascinée par « l’imprécision de l’exactitude » l’artiste mêle la règle et sa dérive plastique par les interruptions des lignes ou la brisure des géométries qui sont placées sur les murs, le plafond ou le sol.  Le regardeur est soudain perdu dans une série d’illusion. Entre la rigidité et ses déviances la géométrie spatiale ne cesse de tituber dans un imaginaire qui transforme les habituelles données de l’abstraction et de sa quintessence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

Esther Stocker, Kunsthalle Palazzo, Liestal & « Based on anarchix structures », Galerie Alberta Pane, Paris.

 

 

04/09/2015

Rachel Labastie : avec le temps

 

 

 

labastie.jpgA travers ses mises en espace de ses œuvres ambitieuses, profondes, habitées et dans leur radicalité, Rachal Labastie crée un appel du temps. Mais sans vision passéiste. Les objets exhumés sont moins des reliques que des « opérateurs » capables de pousser à la réflexion. Dans leur théâtre de majesté coulisse par fragments (ailes, roues de charrettes par exemple) de quoi toiser le regardeur. Installations et sculptures n’appellent pas plus la caresse, qu’elles ne caressent les fantasmes. Chaque œuvre provoque des interrogations par les histoires qu’elle rameute tout en signalant  le constat du déclin de monde et de l’art lorsqu’il cultive la mollesse.

labastie 2.jpgLes travaux de Rachel Labastie ont donc beau être des fantômes : dans leur fixité ils secouent le regard. L’artiste ne cultive pas le charme mais des visions  dont il faut subir l’impact.  Il convient de se laisser emporter en une sensation de vertige pour la pure émergence. Elle est proposée non pour supporter l’existence mais pour la soulever dans son interrogation sur la notion de temps. Les vestiges du passé suggèrent une critique de notre époque malade de ses doutes et de ses peurs. De telles œuvres  ne servent pas à « faire joli ». Elles tapissent l’espace de leur présence, de leur empreinte afin de créer l’arête du seuil entre passé et présent et contre l’oubli.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’artiste est représentée en France par la Galerie Odile Ouizeman (Paris) et en Suisse par la Galerie Analix Forever (Genève).

 

01/09/2015

Dispositions de Donatella Bernardi

 

 

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Donatella Bernardi, « Same same but different », Hard HatMultiples & Editions, rue des Bains, Genève, 17 septembre – 25 octobre 201

 

 

 

Bernardi 3.jpgLe travail de la Genevoise Donatella Bernardi prend la forme d'installations éphémères, de performances et de publications. Fille d’un botaniste taxonomiste elle tente de résister  aux classifications et très souvent mêle les sciences naturelles comme les vestiges du monde industriel  aux arts. L’artiste n’est pas pour rien commissaire d’expo et enseignante (au Royal Institute de Stockholm). Elle aime des plans pour entrer dans ses comètes. Trop peut-être : théoricienne elle n’a pas l’alacrité d’une Fabienne Radi, créatrice elle  n’a pas la puissance d’un Philippe Fretz à s’extraire des carcans qu’elle s’impose. Néanmoins son travail reste toujours passionnant. Donnant la parole aux objets qu’elle recueille comme aux documents qu’elle rassemble elle leur fait dire autre chose que ce qu’ils sont. A leurs langages premiers et par ses « dispositions » l’artiste permet d’identifier des situations intéressantes et qui dérangent. Ses travaux deviennent des tremplins vers l’avenir, des inscriptions fugitives.

 

 

 

Bernardi 2.jpgDonatella Bernardi  adapte médias et formats au gré de ses propos et de la localisation de ses interventions. Pour elle, création et  critique vont de paire : la culture vernaculaire, un féminisme actif ouvrent une vue sur l’anthropologie, l’histoire des pouvoirs et leur colonialisme. « Hard Hat » propose - en une suite à « Morgenröte, aurora borealis and Levantin: into your solar plexus » à la Kunsthalle - Berne, 2015 - de découvrir les dernières recherches autour de la place de l’art dans l'histoire industrielle italienne. La firme Olivetti y tient une place centrale en tant que créatrice de « machines » propres à instruire une inscription particulière. Une série de conférences double l’exposition afin de situer les liens entre création contemporaine et utopie industrielle. Une fois de plus, à partir de la réalité immédiate Donatella Bernardi illustre ainsi combien le réel est instable, transitoire. Elle cherche néanmoins à lui donner des lignes de force au sein de ses destructions et reconstructions. Ni souvenir ni rêve ne remplacent la présence : voilà qui rend la mémoire dérisoire semble dire celle qui prouve comment la maison de l’être féminin n’est plus grâce à elle dans l’abandon. Elle est dedans. Une distance est prise avec les poncifs du temps.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret