gruyeresuisse

04/01/2017

Contre l’homogénéisation : Julia Fullerton Batten

Julia Fullerton.jpgLes narrations de Julia Fullerton-Batten cultivent le trouble : les femmes sont entraînées soit vers des échelles qui ne sont pas les leurs, soit en des compositions décalées aux couleurs sourdes qui renforcent l’impression de bizarrerie concoctée par la perfection technique des prises et des scénarii. Julia 4.jpgLes personnages sont plus ou moins en déshérence ou mis en porte à faux. Existe un mélange entre l’univers hollywoodien ( côté Lynch) et celui d’Edward Hopper. Ironie en plus.

Julia Fullerton Batten.jpgFace à la la volupté de l'univers sexuel habituellement admis, l’artiste propose une destruction-reconstruction, sans pour autant rechercher une sacralisation du féminin. Au contraire même. Et ce parfois au sein d’une diégèse familiale dont les rapports habituels sont contrariés. Les rapports mère-enfants sont revisités et les tissus des conventions transgressés.

Julia 3.jpgDe plus, l'oeuvre travaille contre les fantômes de château de cartes prétendues érotiques. L’humour les brouillent. De cette manière l'image résiste, ne peut plus être vue "à la coule". Elle reprend tout sa force de dérangement et justifie sa brouille avec le bien pensé d’une société parfaitement ordonnée. De la sorte et apparemment sans y toucher l'artiste secoue un certain nombre des tabous.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/01/2017

Quand souffle la lueur : Véronique Sablery


Sablery bon 2.jpgLes photos de Véronique Sablery avancent toujours sans tapage et avec divers plans de transparence, de diffraction et de dédoublements. Chaque série séduit par son « grain », sa lumière et ce que la photographe arrache au réel. Dans les séparations qu’elle impose apparaît désormais la griffure à la Cy Twombly pour intensifier la bosse de certaines « neiges ».

Sablery 4.jpgAux glissières rubicondes du monde l’artiste oppose ses chemins d’ivoire. La photographe élimine toute surcharge en accordant à l’image une verticalité qui la sort de l’amorphisme. Sablery.jpgIl s’agit d’introduire dans ces sortes de « colonnes » creuses aux pâleurs de nacre la conquête de la poésie sur le monde tel qu’il est.

Tout est sensitif mais comme distancié en des casemates corallines et des entrelacs. D’où le charme d’une porcelaine qui ouvre le regard à diverses saillies ou errances. Reste la fragilité quasi sonore de la proximité des trésors de grottes ou cœurs profonds aux translucidités sereines de saphir blanc ou rose. Sablery bon.jpg

 

Le geste de bienvenue reste néanmoins contredit par la tension de la biffure. Si bien que lorsque le regard semble «prendre pied » il est renvoyé vers le large.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

30/12/2016

Anne Volanthen La free-bourgeoise


Vonlanthen.jpgAnne Volanthen, « Sculpture », Galerie J-J Hofstetter, Fribourg, 20 janvier au 25 février 2017.

 

Anne Volanthen ose vaquer au-delà des lieux où ses pairs en sculpture jouent les zouaves sacerdotaux. Ses travaux ne servent pas d’otages aux images admises. Une évasion a lieu grâce aux culbutes de la créatrice « free-bourgeoise ». Sortant l’art du matériau noble elle réussit des ricochets stellaires sur les ailes d’un insecte anatomiquement curieux.

volanthen 2.jpg

 

 

 

L’artiste à sa façon le glorifie avec humour et tendresse. A l’aide de boules de laine elle reconstruit sa forme jusque là immuable. Raboteuse et pleine d’aspérité soyeuse elle devient parfaite et fait de la sculptrice la Gorgone à la Méduse ailée qui n’a rien de timide. Elle amuse les petits et étonne les grands - s’ils ne sont pas trop confits de certitudes. Une telle bestiole ne pompe plus le sang des coquins, elles l’éponge. Et c’est un fameux service. Elle tranquillise ce qui nous tourmente.

Le burlesque est poétique. Nul besoin de piqûre : chaque œuvre est le porte-empreinte ironique de ce qui est attelé à l’homme sans qu’il l’estime.

 

Jean-Paul Gavard-Perret