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30/04/2018

Stéphanie Miguet : Paris reste une fête

Miguet.pngStéphanie Miguet, "La vie en ville" Musée Gruérien, Bulle, du 5 mai au 9 septembre 2018.


Pour « La vie en ville » Stéphanie Miguet a réalisé un grand tableau, avec « au premier plan le Bataclan et tout autour les cafés et restaurants qui ont été victimes des attentats. Ce tableau représente un Paris qui retrouve le goût de vivre, de la liberté et de l'amour après le drame ». L’artiste y fait preuve une nouvelle fois de tout son art du papier découpé.

Miguet 2.pngCelle qui souvent, face au signe abstrait, dresse des empreintes brodées avec brins de laine, bouton de nacre, petits bouts de papier crée ici une vision de la ville qui brisent certaines chaînes narratives. L’image matérialise les émotions autant que les lieux afin qu’elles et ils parlent autrement sous des « montures » qui les relaient les réaniment.

Miguet 3.jpgJaillissent un espace iconographique poétique, une expérience brute et immédiate de la profondeur par l’effet d’aplat. Se créent une trame singulière et une danse L’ensemble acquiert une voluminosité particulière qui s’apparente à ce que Merleau-Ponty affirmait : “ Le malade qui écrit sur une feuille de papier doit percer avec sa plume une certaine épaisseur de blanc avant de parvenir au papier ”. A sa manière l’artiste est donc une malade mais tout autant un docteur : elle soigne la violence par le virus de l’image en remplaçant la plume par le ciseau afin d’instiller le sérum nécessaire à la vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/04/2018

Gil Rigoulet : cet après-midi j’ai piscine

rigoulet.jpgConnu pour ses images de rockers normands dans les années 1970, Gil Rigoulet présente une série inédite de sirènes Leur vision n’a rien de classique. Aficionados des bains de mers, arpenteur zélé des piscines l’auteur arpente leurs lieux depuis plus de trente ans. Et c’est un bain de jouvence où, tel un abbé, Rigoulet sourit dans un pari excitant là où par effets aquatiques le réel pourrait sembler sans prise.

rigoulet 3.jpgLes histoires d’eau commencèrent à la piscine d’Evreux à l’aide du « Baroudeur » amphibie de Fugica. Le photographe en est aujourd’hui au cinquième appareil du même type… Pour autant Rigoulet n’est pas un voyeur compulsif : s’il prend les naïades par surprise c’est que désormais les photos sont interdites dans les piscines. Mais il a inventé un inventaire unique en noir et blanc de tels lieu et leurs nageuses aux intrigants attraits.

rigoulet 2.jpgCette série s’insère dans une recherche sociologique et esthétique sur le thème « Le corps et l’eau ». De l’originalité des prises, de la sublimité des femmes et du bonheur de l’abandon se dégage le jeu des formes et de la lumière. Des femmes osent une nudité appuyée et tout devient tendrement drôle et beau. Il suffit que s’identife la forme d’un corps, que se perçoive son signal et c’en est fait. La liberté est là. La vie quasi « primitive » tout autant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gil Rigoulet, Le corps et l’eau, Galerie Hegoa, Paris.

27/04/2018

Katharina Mayer : familles je vous aime - enfin presque

Mayer 3.jpgKatharina Mayer, “Familienbande”, Fotohof, Salzburg, 151 p., 2018.

Katharina Mayer cultive une appétence pour les grandes familles. Elle ne cesse de les présenter en groupes et sur une ligne subtile entre document et photo d’art. La frontière est volontairement floue. Il existe là un humour corrosif sous l’apparente impeccabilité. Positions, postures, perspectives sont inhabituelles. Et la présence du décor et des accessoires n’a rien d’anodine.

Mayer 2.jpgChaque cliché devient une mise en scène aussi réaliste qu’énigmatique voire parfois surréaliste. Enracinées mais voulant se priver de re-pères et de mère glaise ces photos dans leur fixité troublent l’espace « officiel » afin de prouver combien il « ment ». Elles nous font de l’œil en nous transformant un voyeur de ce qui échappe à des modèles consentants apparemment fiers et rassurés (ou complices) d’être ainsi exhibés.

Mayer.jpgChaque portrait propose des routes innombrables là où sous le manteau la photographe semble dire : « Famille je vous ai, famille je vous hais ». Les corps en témoignent. L’homme est là, phallique ou en embuscade. La femme doit remonter à l’air libre pour n’être plus noyée. Katharina Mayer saisit le suspens de telles théâtralités. Elle y introduit le doute par ce qu’elle colonise en sa recomposition et sa narration.

Jean-Paul Gavard-Perret