gruyeresuisse

08/06/2017

Les communautés inavouables de Sonia Sieff


Sieff.jpgChaque épreuve de Sonia Sieff crée une radiance. Par un pur jeu théâtral d'ombre et de lumière surgissent l’incandescence et la solidification d'une "communauté inavouable". Les femmes errent ou s’abandonnent et la photographe propose le travail du songe au sein de la « matière » lumière.

La photographie ne se veut pas un témoignage mais la mise en scène d’une énigme au sein d’oasis de sérénité en bordure du monde. Sonia Sieff en retire les éléments parasites et cherche à rejoindre ses Eve en des éthers vaporeux. Certes - la Genèse l’a appris très tôt - aucun paradis terrestre ne dure.

Sieff 4.pngL’artiste métamorphose le leurre de luxe comme les décors sordides en une simplicité « picturale ». La convention est au service du merveilleux. Le regardeur éprouve le sentiment d’atteindre le plus secret de moments d’intimité Ils deviennent ce « temps à l’état pur » dont parlait Proust. Le monde est suspendu. Les frontières du réel sont disloquées pour permettre une traversée incertaine.

Sieff 2.pngLa photo n’a rien d’innocente. D’ailleurs elle ne l’a jamais été. Sonia Sieff joue avec ce que le regardeur y met. Il peut même croire qu’elle lui offre un troisième œil à la manière de ce que proposent certaines cosmogonies asiatiques. En tout état de cause les photos de l’artiste transforment la femme en un labyrinthe oculaire enlacé. Il permet de croire percevoir des profondeurs cachées.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/06/2017

Katharine Cooper Femmes au bord de la crise de nerf

Kooper 2.jpgContrairement à son travail de photo-reportage (d’une qualité plastique rare), avec ses portrais de nu de Katharine Cooper s’amuse. Cequi n’enlève rien à la puissance de feu de ses images. Il existe encore bien des nuits blanches, des marges de clairs obscurs. Mais les corps ne se mêlent pas forcément en une lisière indécise qui se situe entre le réel et le rêve.

Kooper.jpgEn lieu et place d’une langueur ineffable, la femme reste contrainte soit à des absences, soit à des obligations quotidiennes. Les vagues sont parfois impudiques, parfois ironiques. Le corps demeure une flamme posée en buée.

 

 

Kooper 3.jpgTout ce qui tient écarté le voyeur, le mord néanmoins. Il est fixé à l’état de nègre blanc du fantasme ou si l’on préfère son esclave consentant. Katharine Cooper le porte à ce seuil. Quand à la noblesse de la nudité, elle étend son espace, mais en totale indifférence au regard porté sur elle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Katharine Kooper, « Nudes ».

Martine Demal : monstres de plénitude

 
Demal bon.jpg

 

Percevant la sculpture comme une totalité, sachant que l'abstraction existe à cause de la figuration et vice versa, Martine Demal crée un langage obstiné : les formes touchent à une émotion et un épique particuliers. Ancrés sur un socle mais portés vers le ciel, ses hommes debout (en "ribambelle"), plus que d'illustrer une trame narrative, sont des signes de sur-voyance.

 

 

Demal bon 2.jpg

 

Martine Demal ose donc une sorte de sublimation. Par le feu des métamorphoses, elle unit et sépare, avance dans l’inconnu, en n’oubliant jamais ce qui manque ou pèse : une autre vie au coeur de la notre. Bride lâchée à l'élan, jaillissent des revenants qu'on a jamais vus et qui vivent à la fois ni fusionnés ni désunis au cœur arrêté de l'agitation. Le dehors les entoure mais aussi s'y comprime.

 

Demal.jpg

 

L'artiste saisit le secret de ces “ doubles” à travers d'illustres prédécesseurs qu'elle ne "copie" jamais mais que son œuvre rappelle: Giacometti et Chavignier. Dans l’âpreté de la matière le secret du souffle émerge en des propositions dressées et mentales. Soudain, l’espace intérieur sans fond prend forme à travers une représentation traitée comme signe et non comme formule essentialiste ou psychologisante. Une fiction qu'on nommera atomique et anatomique jaillit en une unité abstractive où rien n'est séparé du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Martine Demal, "Chemin faisant", Galerie Ruffieux-Bril, Chambéry, Rue Basse du château, juin 2017