gruyeresuisse

20/03/2019

Esther Teichmann : les narrations du féminin

Teichmann.jpgLa sidération des photographies peintes d'Esther Teichmann opère pour la deuxième fois à la galerie des Filles du Calvaire. L’influence du romantisme allemand et du cinéma est toujours présente et selon une esthétique que l'artiste définit ainsi : « Plutôt que de travailler directement à partir d’une histoire de l’art spécifique, je collectionne des documents provenant de sources diverses", elle en tire corps et gestes pour un potentiel narratif qu'elle reconstruit et active.

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Dans des sortes d'installations vidéo la peinture et la photographie ne font plus qu’une. Soit la peinture ruisselle sur le tirage, soit elle lui sert de fond en des couleurs subtiles. Tout appartient au registre du mystère : celui de la recherche du désir, de sa peur ou de son risque comme de son exacerbation  qui  déjoue tout devenir de mortification.

 

 

Teichmann 2.jpgL'artiste construit une plongée dans le monde énigmatique du fantasme. Des métaphores aquatiques ou minérales (cascades, coquillages) entourent d’autres excroissances : celles de la statuaire. Derrière, des encres glissent pour suggérer des grottes aux réminiscences parlantes. L’érotisme n’a rien d’obscène : il est l’image d’une quête intime. Celle qui se dérobant aux regards s’offre néanmoins dans les abysses de la féminité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Esther Teichmann, "On Sleeping and Drowning", Les Filles du Calvaire, du 12 avril au 11 mai 2019

19/03/2019

Céline Masson : masques

Masson.pngCéline Masson, "Toison", Le Flon, Lausanne, du 29 mars au 27 avril 2019.

 

Par ses effets de surface Céline Masson ne cherche jamais à épater au moyen d’images fausses, frelatées et éphémères - ce qui paraît pourtant souvent le plus original aux yeux des gogos. Elle attire l’attention par ses jeux de superpositions pour transformer le trivial en des sortes de "tableaux vivants" qui ne recyclent jamais de vieilles formules.

Masson 2.jpgPas de compromis avec le fantasme mais les noces de l'audace et de l'impertinence. Elles portent en elles une vérité à la fois d'apparence et d'apparentement. C'est habile et drôle. Le corps est tissé mais s'y ouvre des poches d’ombre en aplomb du chaos. Jaillissent l’énergie hallucinante et les effets d'une sorte de cinéma où l'artiste mêle à sa manière Louise Bourgeois et Charlie Chaplin.

Céline Masson ne veut pas diminuer l'obscurité mais augmente la lumière. Chaque fois en filigrane il existe une différence inattendue. Le corps change sa "'viande". Voire son âme. Celle-ci semble parfois sous éteignoir : une bouche se tord, une farce prend forme. Et ce pour souligner qu'en chacun de nous demeure un "monstre" caché qui fait tout notre mystère. L'artiste le rapproche moins du voir que de l'entrevoir - ce qui est bien plus intéressant.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/03/2019

Paradis bleu de Reine Paradis

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Après Los Angeles, Reine Paradis présente  en Europe ses paysages urbains et désertiques décontextualisés de "Midnight". Dessinant une maquette pour chaque prise, elle l'utilise comme référence afin de fabriquer accessoires et costumes nécessaires aux clichés dont elle est l'actrice. Le bleu est une constante dans ce travail : il est autant celui de "la nuit américaine" cher aucinéma que celui du ciel ou de la mer.

 

 

 

Reine Paradis.jpgAu dessus, des arpents de vert ou de jaune donnent un caractère féerique à ses poses là où réel et imaginaire "conceptuels" créent une drôlerie poétique. Reine Paradis invente une notion  d’espace-temps élastique. Le contexte l’est tout autant. La plasticité est dégagée de toute volonté psychologisante afin de laisser le champ libre à la fantaisie et à la séduction.

Reine Paradis 2.jpgLa femme demeure une énigme. Le corps devient aussi glorieux que ludique. La sensualité demeure certes présente mais elle n'est qu'un outil pour accentuer la fantaisie de farce à la beauté étrange. Reine Paradis devient une poupée ludique. Elle se joue du regardeur voyeur comme d'elle-même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Reine Paradis,"Midnight", Hôtel Jules et Jim,  Paris, du 14 mars au 14 mai 2019.