gruyeresuisse

08/05/2015

Nathalie Van Doxell la radicale

 

 

 

 

 

Van Doxell 3.jpgEn « 427 mots postulats » Nathalie Van Doxell a proposé une critique de l’art, de sa pratique et des ses conditions de production. Se réclamant créatrice et citoyenne elle refuse de réduire l’œuvre d’art à un élément de décor. Son travail est une expérience qui met à mal bien des idées reçues jusqu’à la notion d’auteur ? « Nous voulons en finir définitivement avec la modernité qui a survalorisé la notion d’auteur» écrit-elle. Les nouveaux moyens de diffusion de la création impliquent la « destitution » de la signature univoque. Elle n’a plus de sens -  sinon d’entériner un sacre à des faiseurs d’ersatz.

 

Van Doxell 2.jpgL’artiste sait combien l’art restdirectement liée aux lois du marché mais elle refuse qu’il soit relégué à un spectacle consumériste orienté par une « politique culturelle » ou ce qui en tient lieu. Réclamant indépendance et liberté Nathalie Van Doxell revendique un art qui « n’est pas une image de l’art » tout en refusant le « fantasme de fonder une idéologie ». Et d’ajouter : « nous ne croyons pas la bonne conscience artistique, politique, ni à l’idéalisation de la démocratie ». Cette dernière, de-facto, multiplie insidieusement les processus d’exclusion en rejetant tout ce qui n’est pas « comestible » et ingérable économiquement parlant.

 

Van Doxell.jpgLes propositions de l’artiste sont donc des contributions parmi d’autres faites pour poser des questions qui interrogent  le regardeur. A lui d’inventer « son » art  ( « je ne crois pas à l’intégrité suprême de l’artiste »). L’artiste est donc tout sauf une mère maquerelle. Elle entre en résistance contre tout pouvoir et ses muséographies (comme elle le fit dès le début du siècle en transposant « son » Art-Basel en autocar). Il fait perdre le fil aux artistes jugés « irrécupérables ». Le jeu entre images, textes et sons crée donc chez elle un dépeçage afin de réinventer l’histoire de l’art et de l’existence comme Antonin Artaud le tenta. Il faut souhaiter à  Nathalie Van Doxell  la force  d’inventer de nouveaux équilibres par l’alacrité d’images dont l’objectif est de maquiller l’ostentation, de « dékyster »  les fantasmes voyeuristes d’histoires répétitives à l’aide de  fables intempestives, critiques, drôles et belles.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Lillith ROZE

 

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 Les photographies de LiliROZE sont les infantes inconnues du mystère. Chaque « icône » devient une reine. Elle pénètre en profondeur les vibrations nocturnes de l’inconscient. Dans leur splendide isolement de telles éva-nescences refleurissent des cendres des restes de leurs amants. On peut les prendre autant pour des dévoreuses. Mais tout autant pour des nuages en dessous chics plutôt que des femmes charnelles. Mais l’énigme règne.

 

 

 

Lili Rose 3.jpgDrapées dans les ténèbres elles peuvent être le souffle dont tout est issu. En leurs photographies le temps ne se fixe pas, il s’abstrait. L’ombre creuse à peine la lumière naissante. Celle-là s'étire pour déployer des formes faussement pudiques et hésitantes mais indubitablement orphiques. S’anime imperceptiblement parmi les ombres appesanties toute une grâce fragile.

Lili Rose.jpgL'invisible devient visible. Imperceptiblement la femme se métamorphose la conquérante, riche des rêves infinis du cosmos, vivier du possible, de l'amour (peut-être) et de la folie. L'imaginaire galope au cœur de leur sève comme dans celle de leur créatrice, maîtresse indomptable d’un magnétisme particulier : l'ordre féminin s'organise dans des alcôves où les Lilith-ronces portent des  pétales pourpres.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

LiliRoze, Galerie Carole Décombe

 

 

 

06/05/2015

Faveurs de Judy Millar

 

 

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Judy Millar ouvre ses tiroirs aux couleurs : elles se mettent à bouger  très vite sur la toile. Elles semblent ne jamais y coller comme éprises du geste qui va les regénérer. Elles deviennent les fées des faveurs que l’artiste d’origine néo-zélandaise propose. Des rêves s’installent face à la réalité. La peinture la pirate, son langage la brasse. La vie monte plus haut que la brume. Il faut remercier la Reine qui permet tout cela. "Patiente, patiente, agite tes bras ma fille" disaient ses maîtres.  Elle les a quittés comme elle a laissé son île. Mais ses professeurs savent que les miracles existent. Ils arrachent un poids terrible au réel : l’artiste l’allège, le rend plus léger. Les formes s'agitent, montent.

 

 

 

Millar 2.pngJudy Millar les saisit, déplace leurs lignes, Les couleurs deviennent des sucres lents, elles sont des friandises, mélangent les pensées qui roulent dans le fossé. Demeures volutes et envolées. Elles passent le seuil de visibilité. L'émotion trouve des  formes vitales. S’y mêlent le proche et le lointain, le souffle du présent et gong de la vie. Exil intérieur, voyage immobile. L'imprégnation et le geste. Le ferment de l'éveil et l'ouverture sont incorporés à la peinture. Nul besoin d’en chercher le fond : l’art comme l’être n’en a pas. Tout reste une question de surface loin du chatoiement mystique et du glauque voluptueux en une masse de formes et de couleurs dont on ne verra jamais ni le commencement, ni la fin.  Du travail de chaque oeuvre surgit une force brutale et une caresse ingénue par un flux de clarté et des frissons suspendus.

 

Jean-Paul Gavard-Perret