gruyeresuisse

18/12/2015

Sarah Hildebrand et les polders

 

Hildebrand.jpgSarah Hildebrand, « LIPPEPOLDERPARK », Edition Freitaube, 2015.

 

Immergée (ou presque) dans un célèbre polder, Sarah Hildebrand en déploie les tours et détours. Traversant le lieu et sensible à ses contraintes l’artiste le restitue sous un aspect naturaliste mais parfois mythique - sans pour autant jouer de manière évidente de ce second levier. La créatrice se place ici plus en symbiose avec le paysage que ses habitants. A travers lui surgit des émotions simples mais essentielles.

 

Hildebrand 2.jpgLe polder induit par sa nature même la fragilité non seulement du paysage mais de ce qui le peuple. L’enchantement est donc là mais pour rappeler son aspect toujours provisoire. Le projet n’a donc rien d’une simple traversée touristique. C’est même le contraire. Toutefois, au lieu de projeter la catastrophe et attiser les peurs, l’artiste veut témoigner de la beauté avec en filigrane l’injonction de ne pas y toucher.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

17/12/2015

Claire Bettinelli et les impénétrables (de l'autre côté de la frontière)

 

Bettinelli 3.jpgClaire Bettinelli, « porcelaine » Galerie Chappaz, Trévignin.

 

Par la céramique Claire Bettinelli propose un art « cinétique » particulier. Les volumes semi sphériques et leurs tiges de suspension créent plus qu’une illusion : au décor fait place une habitation de l’espace. L’artiste revient au socle d’une postmodernité agissante. Pour se développer elle n’a plus besoin du recours aux techniques numériques.

 

Bettinelli 2.jpgL’artiste monte des scénarios, des compositions « tramées » de manière débridée. Les grappes d’éléments identiques rigides créent le mouvement.  Elles dynamisent l’espace : « fleurs » ou « coques » germent de manière inversée (du haut vers le bas) et selon un rythme diversifié. La couleur n'y est qualité qu'une fois délimitée en forme mais remet en jeu l’ambiguïté des rapports entre le fond et le forme. Aérées, opaques, les céramiques par un module premier qui autorise un grand nombre de variations amplifient leurs potentiels à travers l’espace . Pénétrables tout autant qu’impénétrables les œuvres de Claire Bettinelli sont l’exemple parfait d’un élément de base devenu modèle et emblème aussi prégnant que léger.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

15/12/2015

Séverine Metraz : Quai des Brunes



metraz 2.jpg
Les œuvres de Séverine Metraz sont des films concentrés en images fixes. Pas n’importe quels films. Des films d’amour mais aussi érotiques (ce qui ne gâche pas le plaisir…). Grâce à l’artiste on peut s’imaginer l’été sur le voilier d’Errol Flynn, Severine en devient la Genia. Dans ces collages demeurent une mercerie d’étoiles filantes et filées. L’artiste y réunit les pièces détachées de nous-mêmes du moins de nos souvenirs ou de nos fantasmes (c’est un peu le même tabac). La collagiste ose confondre l’ombre et la lumière, le blanc et le noir avec la couleur. Les dessous en dentelles ou des mets équivoques rendent le sexe lisible. Son profil torture l’ordre figé. Un oeil invisible le caresse : celui de Séverine Métraz mais c’est le regardeur qui est pris au piège, capturé. D'autant que l'artiste n"hésite pas à grimer ses égéries en saintes ou en femmes pieuses.

métraz 3.pngL’espace sensoriel crée un collage mental. Les deux se contaminent là où des fragments d’images en se mariant créent un plaisir de l’âge dit naïf du cinéma. Ce plaisir l’artiste s’en fait la (perverse) gardienne et nous les prisonniers (volontaires). Nos « animaux » intérieurs Séverine Métraz les excite en leur donnant des scènes qui deviennent des tapettes à souris inversées. Le fromage est une femme et la souris le voyeur. S’y croisent « La Notte » et « Le Mépris », corsages et corps pas sages, la presque nudité, le sexe à volonté (mais pas en totalité), le plaisir, l’amour, sa douleur. Qu’importe les échafauds d’âge et oui aux palm-biches : Marie, Madeleine, Eve, Eva, Mithra, Nicole (aux USA toutes les Romandes et les Françaises sont des Nicole sauf les Jackie qui sont des Kennedy), Brigitte et l’on en passe. L’espace est le désir. Car le désir est à l’intérieur du collage. Les mariages s’y font donc forcément à la colle dans une étendue incontinentale.

Jean-Paul Gavard-Perret

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