gruyeresuisse

11/08/2019

Serena Maisto l'arachnéenne

Maisto.jpgNée à Mendrisio, Serena Maisto est une artiste suisse. De Lugano mène son propre chemin et développe un langage de traces aussi vives qu'introspectives. Elle utilise divers genres (peinture, sculptures) et divers matérieux (acrylique, métal, etc.) et s'intéresse aussi à l'intercation entre photographie et peinture.

 

Maisto 3.jpgExistent dans son oeuvre de troublantes transparences, des déchirures et biffures. Elles couvrent et dévoilent, éloignent et rapprochent, annulent soudain l’effet civilisateur de l'image au sein d' un questionnement sur l'image jamais vraiment apprivoisée. De telles saisies arachnéennes préservent la vie là où les lignes épousent le temps dans la promesse d’éclosions et d'essors ou volutes et mouvements.

Maisto 2.jpgL'artiste invite à, une fouille. Dans les tréfonds obscurs peut se découvrir une image qu’on aurait côtoyé peut-être dans l'inconscient. Surgit un statut ambigu de la représentation dans une société avide toujours de cloisonnements et de pérennité. L'artiste donne à voir tout un travail de sape salutaire et une vraie liberté. Celle qui fonde, qui brise,  révèle et tend à occuper tout l’espace et faire le vide autour d'elle.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Cortesi Gallery, Lugano.

09/08/2019

Sylvie Valem : l'image qui tutoie sans tu à tutoyer

Valem.pngLa lumière noire hante l'Imaginaire de Sylvie Valem. C'est là et en dépit de la crainte du noir pur, comme du blanc pur, que se crée l'éloge de l'absence, d'un certain vide et du silence. D'où le grand paradoxe de celle qui est fascinée par les images mais qui tente de traverser les écrans des décors, de réinventer la vue et de rameuter l'inconnu.

Valem 2.jpgPour Sylvie Valem l'objectif est moins de découvrir de nouvelles images que de jeter la mémoire au vif des destinées là où l'être tout en restant présent est soustrait à sa capture. Ce travail rappelle une phrases d'un héros de Beckett :"J'avais appris à tout supporter sauf d'être vu" (in "Foirades III). Comme si chacun courait le risque d'un rapt figuratif. Dès lors la photo entretient avec son sujet un rapport décalé. Dès lors, même si de tous les arts, la photographie demeure celui qui ne peut se passer du réel, Sylvie Valem plutôt que de l'embrasser le porte au noir dans ce qui devient des ellipses de réalité.

Valem 3.jpgCe qui se "réfléchit" dans "Anamésie" n'appartient plus au domaine du leurre de l'apparence ou de ce que reproche Denis Roche à la photographie, à savoir "entrer dans la mort plate". Pour une telle créatrice le cliché est en abîme de monde et en son suspens. Le visage ne peut faire l'objet d'une prise. Et les corps comme les paysages "s'encendrent". Se crée néanmoins une étrange apparition : la vision n'est plus la possibilité de voir, mais l'impossibilité de ne pas voir ce "peu" qui reste et qui devient un tout. A savoir une image sourde mais capiteuse loin de toute réification au sein d'une absence programmée narrative et poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sylvie Valem, "Anamésie", Corridor Elephant, Paris, 2019, 32 E..

Les "Flying Cubes" de Christina Hofmann

Hofmann.pngDepuis quelques années Christina Hofmann a choisi le cube comme module de base de ses sculptures. Néanmoins la Zurichoise ne le traite pas à la manière d'un ce que Pol Bury affirme dans "Les horribles mouvements de l'immobilité" : "la chair est étrangère au cube ce qui le rend sans doute un peu triste".  La plasticienne ôte à l'aspect formel, rigide et géométrique du cube son aspect massif et le transforme en un objet organique à travers des connexions - pointe à pointe . Elle évite de la sorte toute pesanteur statique.

Hofmann 4.jpg

Avec ce volume aux arêtes tranchées - paradoxalement - un contact d'intimité subsiste. Plutôt qu'une figure close, il devient l'"objet" d'une évolution et d'une instabilité. Ces "flying cubes" créent une autre manière de regarder le monde. Figure "minimale", selon Georges Didi-Huberman, il devient ici un objet presque magique, il échappe à sa spécificité formelle : il ouvre et entoure et se prête autant au jeu de déconstruction qui fait sentir le monde selon des angles particuliers

 

 

Hofmann 3.pngSubsiste dans ces agencement une aire de jeu au sein d'une volonté d'effacement de tout autre élément qui viendrait gâcher l'espace. L'oeuvre prolonge la série des Black Boxes du plasticien américain Tony Smith qui eux-mêmes renvoient aux cubes dessinés de Wyndham dont l'épure stylistique avait séduit Joyce et Beckett. Avec le cube le monde "parle" dans un refus du superfétatoire mais non du jeu. Hofmann 2.pngLoin de la brûlure des apparences pour celle de la "banquise" en fragment demeure là où de froid il est moins question que de chaleur. Le cube nous parle au dévers de l'intimité frelatée que propose le plus souvent l'art. Demeure en conséquence "quelque chose, mais moins que la chose, nous peut-être, moins que nous" (Beckett). Ou bien plus peut-être.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ferrari Art Gallery, Vevey, 2019.