gruyeresuisse

01/03/2019

La vie dans les plis : Sylvie Aflalo-Haberberg

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Les plis des robes des personnages de Sylvie Aflalo-Haberberg leur servent de doublure puisque leur dedans est victime d'un dehors. Celui de l'absent(e). La photographe ne tente pas de le démasquer mais par aporie il n'est que plus présent. Chaque héroïne devient une patiente victime d'un mal d'amour dont la créatrice souligne les accrocs.

 

 

 

Aberberg.jpgElle montre combien tout rapport à l'autre comme à soi reste un rapport à la fois de de force (mouvement) et de faiblesse (fixation) et combien il n'y a pas de rapport à soi qui ne dérive du rapport avec les autres en soi. L'oeuvre n'apprend rien sur eux surtout lorsque l'affect pour ceux-ci est impossible et qu'en leur nom les femmes ne peuvent avancer - et même dévêtues - qu'en se cachant.

 

Aberberg 2.jpgLa seule visibilité de la photographie n'est donc pas ce qu'elle montre mais voile. Il existe moins de l'image, que du langage. Un langage séparé de l'autre comme il coupe le voyeur de l'objet de ses fantasmes. Au "que puis-je savoir de l'autre, que puis-je en énoncer, que puis-je en faire ?" se superposent trois autres questions : "Que puis-je, Que sais-je ? Que suis-je". C'est là l'horizon de l'oeuvre et sa sidération. Celle d'une altérité à la fois criante et remisée. L'autre  lointain, devient intérieur, son "surpli" fait partie du costume (ou ce qui en reste) de celles qui ne cherchent pas forcément à lui en tailler un. Entrent-elles en rédition ou restent-elles en désir ? 

Jean-Paul Gavard-Perrret

Sylvie Aflalo-Haberberg, "Tu me vois", En vente Librairie Tschann, 125 bld Montparnasse, Paris VI et mail : sylvie.haberberg@wanadoo.fr

28/02/2019

Doris l'exploratrice

Staufer 1.jpgDoris Stauffer, "Je peux faire disparaître un lion", Centre Culturel Suisse (CCS),¨Paris, du 31 mars au 10 mai 2°19.

Doris Stauffer a crée pendant toute sa vie une oeuvre militante, féministe, poétique, plastique. L’exposition aborde, au delà de l'art, son rôle d'exploratrice  dans les nouvelles méthodes d’enseignement de l’art  et son engagement dans la lutte pour l’égalité des femmes. A côté de Valie Export ou Carole Schneemann, Doris Stauffer reste une figure majeure de l’activisme féministe dans les années 1970.

Staufer 3.jpgSon travail - même si aujourd’hui les choses ont évolué dans divers registres - reste un point de référence d'autant qu'il est sans compromis et plein d'humour. Dès les années 1950 à Zurich puis au-delà une telle oeuvre fit bouger les lignes.  Provocatrice et ailée l'artiste a toujours suivi sa lutte pacifique qui se rapprocha par l’esprit des actionnistes viennois: performances, écrits corsaires et diverses procédures sont devenues  désormais des expérimentations fortes en énergie, ironie et en questionnement.

Staufer 2.jpgL’exposition présente un corpus de dessins, photographies, vidéos, installations et des documents d’archives de la collection de la Ville de Zurich, du musée Aargauer Kunsthaus et de collections privées. S'y distingue comment Doris Stauffer tenta d’éclairer le monde contemporain par des visions hirsutes, agressives ou drôles.

 

Staufer 4.jpgLa création fait masse et s’ancre dans l’ordre de la sensation et de l'intelligence au sein de narrations intempestives. Il ne s’agissait plus de conceptualiser mais de trouver ce qui peut à la fois soulever l'inanité du monde et réveiller l'art. Les oeuvres prouvent combien des mécaniques de recomposition  originales pour l'époque lui donnèrent un profil particulier.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/02/2019

Miriam Cahn : visagéités

Cahn Myriam.jpgMiriam Cahn ne cesse dans ses travaux d'explorer les champs politiques et sociaux. Ses écrits accompagnent étroitement son travail. Mais ils servent aussi à commenter les événements de l'art en général. Hatje Cantz présente le premier volume de sa correspondances et de ses textes écriCahn Myriam 2.jpgts pendant quatre décades. Le poids de l’Histoire n’est jamais loin dans ses écrits comme dans la force directe du marquage de ses visages particuliers et lumineux.

 

Ils sont visibles en ce moment au Kunstmuseum de Berne dans son exposition "I As Human" et plusieurs autres sont programmées dans toute l'Europe au cours de 2019 (Munich, Varsovie, Madrid entre autres). De tels portraits semblent résister à l’usure des ans et brouillent les temps. Et l’artiste de préciser ; « nous étions vieux plus vieux regardant les jeunes jeunes plus jeunes regarder les jeunes plus jeunes en tant que vieux plus vieux ». Preuve que le naturalisme en art n’a rien de solide et convaincant. L’effet dramatique de l’art passe par une autre ambition et mutation.

Jean-Paul Gavard-Perret

Miriam Cahn, "Writing In Rage", Hatje Cantz, Berlin, 2019.