gruyeresuisse

25/08/2017

Renate Buser et le cœur des villes

Buser.pngRenate Buser « Monopoli », galerie Gisèle Linder, Zurich, 2 septembre - 9 octobre 2017.


Avec « MONOPOLI », Renate Buser propose ses nouvelles photographies de lieux a priori disparates. S’y perçoit toujours une manière enjouée de saisir le plus banal. S’y détecte comme à l’instinct une histoire autant d’habitants, d’habitus que d’architectures en une revue de détails de constructions de diverses époques. Buser Bon.jpgLa photographe semble en faire une revue de détail et crée une mise en perspectives de divers types de beauté architecturale. Ajoutons qu’elle se sert comme support de style de plaques d’aluminium. Celles-ci confèrent un brillant aux photographies et une sorte de volumétrie particulière.

Buser 3.jpgRenate Buser pense l’architecture comme une prise de position et non comme une collection d’objets. D’où sa poésie secrète. Passant par le détail pour offrir une vue d’ensemble, elle propose une vision accorte, offre ouverture et profondeur toujours avec élégance en rien formatée. S’y éprouvent une circulation, une germination spatiale, un envahissement. Le paysage possède ainsi une magie et une cohérence. Le regardeur ressent le plaisir intérieur d’être dans un élément spatial adéquat. Existe donc une propédeutique idéale à qui veut connaître la poésie urbaine faite autant de patrimoine et de calme que d’existence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Luo Yang : covariances du féminin

Juxtapoz avant 1.jpgLuo Yang est un photographe émergeant de la scène chinoise. Son projet « girls » a pour but de montrer un éventail de femmes chinoises d’aujourd’hui. Dans leur diversité, l’artiste ose montrer ce que l’idéologie dominante peut estimer subversif tant pour les prises de vue que pour leur contenu.

Juxtapoz 2.jpgPrivées ou non ces photographies dressent un tableau souvent transgressif mais dans lesquels la femme demeure fragile même si se perçoit néanmoins une prise en compte de qui elle est (ou ose devenir) au sein de narrations et miction de réalisme et fiction. La beauté recherchée n’a rien d’apprêtée. Il s’agit avant tout de souligner comment les femmes avancent sans contrôle en dépit des règles admises par la société chinoise.

Juxtapoz.jpgPar fragments l’artiste inscrit de nouveaux repérages entre autres de celles qui refusent la loi des adultes et de l’idéologie rampante. Leur nudité reste distante. Indifférentes aux apparences, les jeunes femmes "inflorescentes" montrent comment leur doute sur qui elles sont se transforme peu à peu en certitudes et revendications implicites.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/08/2017

Les exorcismes de Sophie Mirra Grandjean

Grandjean.jpgSophie Mirra Grandjean "Les Enregistrements", Galerie Marianne Brand,
Du 31 août - 5 septembre 2016.

Sophie Mirra Grandjean fait de la céramique une condition critique et poétique du vivant en sortant les formes d’un simple effet de réalité ou de représentation. Issue de l’ECAL (Lausanne), de la HEAD (Genève) et de la HEAR (Strasbourg), elle crée un univers complexe comme le prouvent ses, « Enregistrements «. Les pièces sont la résultante de diverses rencontres métamorphosées par la céramique, ses colorants et oxydations. La matière et son travail créent une série de transformations magiques pour lutter contre l’absence. Chaque œuvre prend un caractère étrange, diaphane. La porcelaine permet à la créatrice de lutter contre l’opacité et poétise ce combat comme si la transcendance poétique de l’art triomphait des contraintes d’un monde menaçant à laquelle l’artiste offre une sur-vie et un exorcisme. Elle fait de l’art un chemin qui oscille entre absence et présence dans la finesse de la rhétorique formelle et la précision de son travail. Contre bien des sommeils elle propose des insomnies bénéfiques : l’art crée une révolte bifide. La magie de l’œuvre répond à tout ce qui enferme. Si bien que dans la céramique transparaît un esprit et bien des émotions ainsi que leurs forces et leurs appuis.

Jean-Paul Gavard-Perret