gruyeresuisse

30/06/2015

Bandes et Sarabandes de Lynn Bianchi


Bianchi.jpgPartant de la tradition classique de la photographie Lynn Bianchi cherche le langage le plus proche possible des sensations et de la perception de l'existence. L'artiste transpose le fantasme par les interférences entre l'érotique et la nutrition. En ses narrations les femmes sont nues et d’affamées mangeuses de pâtes. Abandonnées à leur appétit elles ne perdent en rien de leur grâce pleine d'humour que leur morphologie soit longiligne ou épaisse.



Bianchi 2.jpgDu décharnement à l'obésité les femmes trouvent une dimension aussi drôle que sacrée. Elles deviennent des spectres nus  faisant front à l’éternité dont elles sont dispensées si ce n’est par la blancheur dans laquelle l'artiste les immortalise.  Leur signification échappe à tout pathos et dépasse de mille lieues une simple illustration d’une farce. Les bacchanales deviennent les féeries fantômales de notre essentielle inquiétude ou angoisse.  Elles font de nous ce que nous sommes : des êtres triviaux, superbes et dérisoires qui ne mangent plus pour vivre mais vivent pour manger. Beau pied de nez à l’anorexie organisée.


 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Des œuvres de l'artiste sont présentes au Musée de l'Elysée, Lausanne.


14:28 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

26/06/2015

Les « extra-vacances » de Katja Schenker

 

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Katja Schenker, Temps Suspendu, Galerie Mitterrand, Paris , jusqu’au 11 juillet.

 

Pour ses performances comme pour toutes ses créations Katja Schenker part souvent d'objets, de matières ou de « paysages » quotidiens qu'elle soumet à des métamorphoses fascinantes. Les images créées restent des interrogations formelles où entrent en résonances des squelettes du monde, des monochromes de rochers, des failles et des étendues dans des oasis de lueurs où s’abreuvent des méditations profondes.

 

Katja_Schenker.jpgDe chaque création, photographie, dessin, installation tâtonnent des impasses où se contorsionnent des épopées virtuelles, d’incrédules chorégraphies, des structures et des surfaces monumentales où la rebelle « danse » là où jubilent ses extravagances qui fécondent émois et doutes. Pêle-mêle dans les étreintes que propose Katja Schenker le monde s’imbibe aux buvards des formes et des heures. La silhouette de l’artiste se fond avec ses lieux, ses matières, leurs assemblages pour d’inédites escapades où le songe se pétrit loin des logiques anémiées des formules apprises.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:13 Publié dans Femmes, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Bethan Huws : Les mots dans l’art

 

 

 

Huws bon.jpgReprésentée par la galerie Tschudi à Zuoz (Suisse) Bethan Huws propose « Zone » à la Maison d’Art Bernard Anthonioz de Nogent sur Marne jusqu’au 19 juillet.

 

 

 

Huws.jpgBethan Huws vit joue des connexions intempestives entres mots et images à travers divers médias où le langage est saisi parfois au « pied » de la lettre, parfois capté selon divers types de glissements de sens qui trouvent dans l’art une matérialisation, une construction ou une déconstruction et différents types de métamorphoses. Citations, notifications, mots valises ou voisins sont imbriqués au sein de l’univers plastique afin de souligner les contradictions que mots ou formules génèrent ou dégénèrent : « épouse, épouser, épousseter », etc. par exemple. Dans sa série « Vitrines » des corpus textuels sont scénarisés au sein d’un mobilier «administratif» qui pousse à définir de fait le sens d’une œuvre non sans rapport avec l’esprit de  Marcel Duchamp


Huws 2.jpgL’influence de celui-ci est capital. Elle s’enrichit des croisements répétés avec différents poètes dont surtout Apollinaire grand amateur comme Duchamp de  calembours. Ses références sont réunies dans Research Notes (2007-2008) où Bethan Huws met en exergue les relations entre les œuvres et les textes des deux créateurs. Cette double influence se retrouve dans "Zone"  vidéo réalisée en 2013 à partir d’un poème d’Apollinaire et monté en un collage de séquences «ready made» issues de films documentaires animaliers. Le récitatif du poème est orienté vers l’image et le film vers le texte sans redondance ou pléonasme. Celle qui se plait à rappeler que «les artistes interprètent le monde et, ensuite nous interprétons les artistes»  veut se situer telle une médiatrice entre les deux. Elle accomplit bien plus : étant elle-même artiste et poétesse elle devient médium.

 

Jean-Paul Gavard-Perret