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12/02/2016

Nouveaux exercices de paranoïa critique : Christine Steuli

 

 

Streuli.pngChristine Streuli,“ Hello paranoia!“, Mark Müller Gallery, Zurich, 15 janvier - 27 février 2016

 

Avec Christine Streuli les couleurs et les formes claquent dans un délire organisé et une monumentalité impressionnante. Craquements, résonnances, lyrisme tout est en rang de bataille dans le vif et le vrai. Aux modalités habituelles du goût l'artiste impose les sauts polymorphes d'un langage autonome et intime. La fécondité créatrice ne cesse de créer un monde hybride et libre. Tout remue en une telle sidération loin des annonces canoniques de la postmodernité. Un néo-symbolisme sauvage est en marche. au milieu d’un fleuve plastique qui charrie divers épisodes.

 

Streuli 2.pngCouleurs et formes s’accumulent dans un mouvement labyrinthique sans jamais étouffer le regardeur. L’art l’emporte sur sa mort annoncée : il n’en est donc pas la chronique. Au temps humain succède le temps exclusif et inouï de l’image. Existe un parfum de vie dans de tels renversements. Ils permettent saillies et béances au sein de traces bouillantes et brouillantes. Elles font se redresser certains membres avant qu’ils ne durcissent sous terre. Le renoncement : jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

04/02/2016

Monstrueux cétacés et sauteuses chauffées à blanc – Alva Bernadine

 

AlvaBernadine10.jpgAlva Bernadine aime à jouer avec ses modèles pour les grimer en vierge fatales, folles, liliales et libidinales. C’est pour elle et selon des angles renversants ou renversés le moyen de réveiller le précipité de vieilles concupiscences qui croupit dans l’inconscient du voyeur et, en inconséquence, lui inoculer des spasmes d’imagination.

 

Alva Bernadine 2.jpgCadrant le réel, la photographe renvoie néanmoins à un certain invisible : courbes et creux des corps sont aussi chaloupés qu’inédits. Et quand et où un papillon se pose sur le bord d’un verre de champagne ou joue les cache-sexes il rend les différents élixirs fixes et éternels.

 

Bernadine.jpgNe restent que des silhouettes incongrues et limites. Elles entament une dérive chorégraphique entre la pornographie et la métaphysique. Au besoin l’artiste invente des monstres ou d’étranges rosières qui n’existent pas : néanmoins avant de se faner chacune propose son tour de passe-passe.

 

Bernadine 2.jpgTout devient ébullition et écume. Epines plantées dans l’iconographie d’usage. A l’angle du corps des femmes l’insomnie est de mise. Chaque image est moins du Hitchcock que du Rachmaninov. Elle devient aussi surréaliste que charnelle. La tête y court plus vite que les fantasmes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

17:05 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

01/02/2016

L’espace et ses équilibres instables : Katharina Anna Wieser

 

Wieser bon.jpgKatharina Anna Wieser, « Caravan », Aargauer Kunsthaus, du 30 janvier au 10 avril 2015.

 

Le cycle « Caravan » permet la rencontre avec la jeune artiste Katharina Wieser. Née en 1980 à Zurich et vivant à Bâle, elle a déjà participé à de nombreuses expositions collectives en Suisse. Elle a été sélectionnée pour réaliser un vaste ensemble d’œuvres pour le Kunsthaus Baselland. L’artiste par ses propositions ambitieuses dialogue avec le bâtiment et les autres propositions du musée. Des installations de l’artiste émane une mélopée visuelle faite de solitude et d’exploration. L’artiste se penche sur les qualités de situations spatiales et développe une œuvre qui présente aux visiteurs des perspectives inédites.

Wieser.jpgSurgit une « mystique » des formes par la force des matières. L’artiste fait preuve d’une belle maturité. Le chaos est organisé en ordre de marche et fait la place à l’inconnu. Chaque œuvre reste étrange, complexe et ambiguë en des « portances » et des assemblages qui impliquent une certaine distance avec ce qu’elles suggèrent. L’œuvre possède jusque dans sa matérialité un caractère hiératique. Il repose sur la délicatesse des structures, l’anomie ou sur l’allusif expressionniste des installations aussi lourdes qu’éthérées. Un tel travail ne naît pas d’une seule idée ou intention. Son sens ne saurait être univoque. Ses figures « imposées » sont des mouvements.

Jean-Paul Gavard-Perret