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30/01/2017

Ayline Olukman et le refus de l’hypocrisie

 

Olukman 4.jpgA l’inverse de tant de peintres qui cachent le fait que leurs œuvres ne sont qu’un barbouillage de photographies, Ayline Olukman revendique cette origine. Elle reste donc autant photographe que peintre. Elle joue sans cesse des résurgences de l’image première à peine rehaussées de quelques traits ou volumes d’où se dégage simplement l'exprimable pur.

Olukman 3.jpgIl s’agit de mettre en exergue le seuil de la visibilité photographique par quelques éléments capables de créer une évaporation. Elle va jusqu'à la transparence et où rien ne peut être réel que l’image originale dans ses « magasins de curiosité ».

 

 

 

 

 

 

 

Olukman.jpgLes œuvres d’Ayline Olukman sont donc bien autre chose que la possession carnassière des apparences. L’artiste se barricade contre l'invasion d’une illusion jugée illégitime. L’art devient la preuve que la photographie comporte des rondeurs qui s'enveloppent les unes dans les autres : la peinture, en rebond, les érigent de la manière la plus ténue possible mais non sans une discrète sensualité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l’artiste  et exposition  actuelle à la galerie Bertrand Gillig, Strasbourg.

 

29/01/2017

Lady Skollie : tout ce qui reste

Skollo 2.jpgLe trajet de l’œuvre de la Sud-Africaine Lady Skollie obéit à un dessein. Les ogives qui en jaillissent ont des valeurs symboliques. Il en va de même pour les fesses et les mamelles peintes de manière volontairement « naïves » en hommage aux œuvres de son ethnie d’origine (les Khois) et qui avant d’être réduite à 100 000 individus fut la plus important de la terre.

Skollo.jpgDes chatoiements violents provoquent l’œil afin de s’opposer à la formule de Léonard qui voulait que la peinture fût « parete di vetro », obstacle transparent, cloison que les yeux et l’esprit traversent doucement. L’œuvre de Lady Skollie est à l’inverse un mur de caverne. L’artiste se moque de l’herméneutique savante pour se cogner fort selon une littéralité néanmoins poétique. Les surfaces colorées, simplifiées en aplats monochromes juxtaposés tendent vers l’abstraction ou une symbolique en rien décorative. Il ne s’agit pas de raffiner la figure.

Skollo 3.jpgLes formes rudes, évocatrices de la femme « animalisée » à dessein ne la réduisent pas à la bête mais lui apprennnent à se défendre. Dans des formes esquissées n’existe aucune complaisance érotique : juste un peu d’humour contre les mâles et leurs appétits qui ne portent pas moindre attention pour leur partenaire. La peinture de Lady Skollie est dure. Elle ne fait pas dans le détail : elle cogne et les couleurs résonnent. Face à l’impossible humanité ? Un peu sans doute. Certainement même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lady Skollie’s “Lust Politics” jusqu’au 4 mars, Tyburn Gallery, Londres.

27/01/2017

Laurence Boissier : à la vitesse du mot et de l’instant



Boissier.jpgLaurence Boissier, « Inventaire des lieux édition revue et augmentée » , collection Re:Pacific, editions art&fiction, Lausanne, 2017.

L'écriture de Laurence Boissier ne brille jamais par effets ou excès. Néanmoins son livre devient pour son lecteur ce que disait Wilde de son journal intime : "Il faut toujours avoir quelque chose de sensationnel à lire dans le train". A partir de situations et lieux basiques (train bien sûr, couloir, baignoire, station-service, etc.) l'auteure crée la nomenclature d’un quotidien aussi simple qu’étrange où le héros (transformé en divers sujets interpelés en diverses personnes grammaticales) devient un Buster Keaton des temps postmodernes. Le dispositif est simple : sur la page de gauche, un mot, qui désigne un lieu. En face, ceux qu’il a inspirés.

Boissier 2.jpgLe réel rugueux se pare de la sorte d'un masque bergamasque. Tout autant, les récits qu'en propose Laurence Boissier représentent parfois des bords de lac éclairé de Watteau jusqu'à devenir des histoires d'O. Néanmoins la narratrice ne dépasse pas les bornes même si dans ses textes l'âme n'est que la prothèse du corps lorsqu'il est mal embarqué. Elle sait que dessous il y a la bête. Mais qui veut en écrire la queue ne raidit rien qui vaille et n'entoure en jambages que bandes de vieille peau.

Laurence Boissier a mieux à faire en traitant ses lopins de terre par la fantaisie. Elle devient elle-même le sujet souverainement expressif. Sa langue se transforme en crinière. Elle rend désuètes les proses aux cheveux de chauve oublieuses de l'essentiel : les petits riens qui sont tout. Bref l’ « Inventaire » apprend à vivre là où la plupart se contente d'exister.

Jean-Paul Gavard-Perret