gruyeresuisse

15/12/2015

Séverine Metraz : Quai des Brunes



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Les œuvres de Séverine Metraz sont des films concentrés en images fixes. Pas n’importe quels films. Des films d’amour mais aussi érotiques (ce qui ne gâche pas le plaisir…). Grâce à l’artiste on peut s’imaginer l’été sur le voilier d’Errol Flynn, Severine en devient la Genia. Dans ces collages demeurent une mercerie d’étoiles filantes et filées. L’artiste y réunit les pièces détachées de nous-mêmes du moins de nos souvenirs ou de nos fantasmes (c’est un peu le même tabac). La collagiste ose confondre l’ombre et la lumière, le blanc et le noir avec la couleur. Les dessous en dentelles ou des mets équivoques rendent le sexe lisible. Son profil torture l’ordre figé. Un oeil invisible le caresse : celui de Séverine Métraz mais c’est le regardeur qui est pris au piège, capturé. D'autant que l'artiste n"hésite pas à grimer ses égéries en saintes ou en femmes pieuses.

métraz 3.pngL’espace sensoriel crée un collage mental. Les deux se contaminent là où des fragments d’images en se mariant créent un plaisir de l’âge dit naïf du cinéma. Ce plaisir l’artiste s’en fait la (perverse) gardienne et nous les prisonniers (volontaires). Nos « animaux » intérieurs Séverine Métraz les excite en leur donnant des scènes qui deviennent des tapettes à souris inversées. Le fromage est une femme et la souris le voyeur. S’y croisent « La Notte » et « Le Mépris », corsages et corps pas sages, la presque nudité, le sexe à volonté (mais pas en totalité), le plaisir, l’amour, sa douleur. Qu’importe les échafauds d’âge et oui aux palm-biches : Marie, Madeleine, Eve, Eva, Mithra, Nicole (aux USA toutes les Romandes et les Françaises sont des Nicole sauf les Jackie qui sont des Kennedy), Brigitte et l’on en passe. L’espace est le désir. Car le désir est à l’intérieur du collage. Les mariages s’y font donc forcément à la colle dans une étendue incontinentale.

Jean-Paul Gavard-Perret

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09/12/2015

Lina Scheynius : journal « intime »

 

Scheynius 3.jpgLina Scheynius, telle une « Mystica Perdita » charnelle, offre au présent sa propre histoire sans entrer dans trop de détails. Mais ceux qu’elles livrent sont toujours sulfureux. Frontières, limites, seuils deviennent pour elle une manière d’explorer ce qui tient à l’incessant devenir de son « moi » corporel. Dès le début du millénaire l’artiste a posté sur le net des autoportraits et des photos très intimes marquées par une sincérité. Celle-ci est sans doute dévoyée par des regards voyeuristes qui n’en retiennent l’aspect salace. La photographe poursuit désormais sa quête filée dans des magazines (Vogue, Dazed and Confused et Oyster) et dans de petits livres dont le dernier est simplement intitulé « 05 ».

 

scheynius.jpgL’exhibition de l’intime exclut les prises d’  « usage » - du type photos de famille. Saisie avec un 35 mm la nudité de l’autoportrait parfois « selfique »- garde un rôle majeur. Il a d’ailleurs fait florès. L’artiste revendique sa stratégie avec désormais l’aval de sa mère. Celle qui fut d’abord blogueuse un rien égotique avait peur de montrer ses photos à sa génitrice. Elle la décomplexa en lui accordant son blanc seing pour ses seins « tous ont été nus au moins une fois dans leur vie. » lui dit-elle. De tels travaux relèvent néanmoins du domaine de l’expérience. L’artiste fait en sorte qu'il y ait une place pour l'interprétation, la lumière et le fun. Par ce journal intime et ses ponctuations l’image maintient le néant à distance et relativise les « choses vues » bien différentes de celles qu’Hugo évoquait par ces termes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Galerie Christophe Guye, Zurich.

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08/12/2015

Du bal des vaniteux à celui des déclassés : Marie Ellen Mark

 

 

mark 2.jpgProche des fugueurs, prostituées, sans-abris, malades mentaux, paumés, gens du cirque, gitans, mères adolescentes Marie Ellen Mark (décédée cette année) les a suivit pour Life et diverses revues américaine en arpentant des motels perdus du côté de Seattle ou des ranchs abandonnés dans le désert près de Los Angeles. Chaque fois il s’agit de capter le réel sans condescendance et dans le but de faire toucher par la photographie une profondeur de vie - ce qui n’alla pas sans critiques de la part de ses détracteurs. Certains ne virent par exemple dans sa série sur les prostituées de Bombay qu’une forme d’apitoiement « coloré » ( !), complaisant et un filon rentable sur le dos de la misère.

Mark.jpgMarie Ellen Mark a travaillé aussi sur les plateaux de cinéma (tournage d’Apocalypse Now et de plusieurs films de Baz Lhurmann. Elle est l’auteure de la célèbre photo de Fellini et de son porte-voix sur le tournage du Satyricon. Au fil des ans elle a fait de nombreux portraits d’acteurs pour Rolling Stone ou le New York Times Magazine. Mais son travail laissera l’empreinte d’une galerie de portraits des laissés pour compte en perte d’équilibre et en dérive. Aux cycles des vaniteux elle a préféré celui des abandonnés, égarés dans la boue du noir et blanc ou des couleurs de ses œuvres. Ce qui pourrait sembler grotesque devient sublime de jour comme de nuit. Par son art la photographe découvrit sa seule raison de vibrer à l’unisson d’un monde caressé de manière incisive afin qu’il ne demeure plus caché.

Jean-Paul Gavard-Perret

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