gruyeresuisse

11/08/2015

Misungui l’Ardente Actionniste

 

Misunghi 2.pngL’œuvre de Misungui  n’appartient ni au jour ni à la nuit mais à l’entre-deux mondes. Le corps  se tend, s’arque  mu par des forces invisibles, irrésistibles qui l’habitent. Elles l’exhortent  moins à la violente jouissance qu’au décisif combat pour la vie sous emprise parfois d’amour éperdu fort comme la mort. En ressac impétueux, textes et images de la créatrice accusent le désordre intérieur de l’être consumé par son feu en veines.

Misunghi.pngDe corps rassemblés parfois sous formes d’ectoplasmes ou de bondages sous portions de lumière, Misungui  déploie des chants nocturnes qui s’apparentent à un moment de danse cosmique. Celle qui se présente comme « Performeuse et Modèle, féministe queer et pro-sexe, anarcho-communiste, militante pour l'autogestion et l'auto-détermination » crée une œuvre où le corpsflotte, où le temps et l’espace s’affrontent, se confondent et où le texte fait entendre la suprême pesée de l’impondérable. Une féminité particulière s’impose dans la révélation de son existence en apothéose. Elle s’épanouit dans le mystérieux flottement et l’oscillation délicate de l’au-delà et l’en deçà, de l’en haut et l’en bas, du présent et de l’absence, de l’ animalité et de l’âme. L’œuvre sous toutes ses formes devient ce poing qui cogne contre la nuit liquide. Et si la détresse éclabousse le corps ressuscite jusque dans ce qu’il rejette parfois pour se sauver.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

En savoir plus sur : misungui.tumblr.com

 

Photos : Denis Lucas et Patrick Siboni.

 

06/08/2015

Ester Vonplon, le réel et son mystère

 

  

Vonplon.jpgEster Vonplon possède un  parcours très particulier : de snowboardeuse et skateboardeuse professionnelle elle devient photographe après  l’achat de son premier appareil sur un marché aux puces et en apprenant sur Internet les bases de sa technique qu’elle peaufine plus tard à la Fotografie am Schiffbauerdamm de Berlin dont elle sort diplômée. Surdouée, après un bref détour par la photographie documentaire elle commence un parcours très personnel et solitaire. Il la conduit de l’Europe de l’Est et aux Balkans  jusqu'au retour en sa Suisse natale.

 


Vonplon 2.jpgTravaillant la  dialectique paradoxale du lointain et du proche, du familier et de l’étrange (entre autre dans sa série « Stiller Besuch ») elle est devenue une poétesse du réel poussé au paradoxe de la limbe. La nature se vit dans ses oeuvres comme un lieu très magique.  Pictural dans ses jeux d’ombres et de lumière un tel travail semble pouvoir avaler le réel à l’infini afin d’en faire surgir des émotions presque sans objet, évanescentes. Nous séjournons ainsi sur le lit de l’ambivalence liés aux prises expertes de l’artiste. Nous gardons un pied sur terre et l’autre hors de lui au sein de gouffres et de surplombs. Chaque photographie contient une sorte d’affaissement mais aussi une immense élévation. Elle accuse notre gravitation éparse, arbitraire qui nous tire du sol vers le ciel là où le premier maraude et halète dans un vide abyssal.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Ester Vonplon, „Gletscherfaurt“,   Mijn Vlakke Land. On photograhy and landscape“, Fomu, Anvers, du 26 juin au 4 octobre 2015.

« Off the beaten track », Pro Helvetia, Table ronde réunissant quatre photographes suisses contemporains à l’occasion des Rencontres de la Photographie,Arles 2015.

 

05/08/2015

La photographie et ses « doubles » : Lydie Calloud (de l’autre côté de la frontière)

 

 

 

 

 

Calloud.jpgPar ses photographies la savoyarde Lydie Calloud fait planer l’aigre et le doux. En ce sens elles « appuient » sur ce que ses dessins au stylobille proposent. L’image se renverse, sa texture crée des écheveaux et des protubérances. "Portant" du réel chaque prise pénètre un lieu de sa mise en abîme. Entre gouffres et variations il existe bien des prolongements et de « mystifications » puisque l’univers semble sans dessus dessous et sans dessous dessus.  Les mouvements induits sont moins orientés que magnétisés en divers point de fuites. L’œil en est réduit au doute, au paradoxe à l'improbabilité d'un centre ou d'un fonds qui interdit la romance. Le tout en mouvements valétudinaires faits de crêtes, de creux et de germinations. Restent des reliquats rémoulades où les idées grouillent comme des asticots.

 

Calloud 2.jpgLydie Calloud fait glisser dans les coulisses des images : seule cette noblesse oblige face au fade, au frelaté. Nul besoin de glose ou de codex. Le tout par ellipses de plusieurs foyers à la frontière de l’illisible dans de géniales hémorragies de formes dont la transparence est transe lucidité.  L’être est à éjecter du cadre de la spiritualité et de l’animalité. De plus la créatrice fait de l’ego un angle plat. Son absence crée une ouverture. Elle dégage tout ce qui fait centre de gravité ou circonférence circonstanciée. Rares sont donc les œuvres aussi délivrées des verrous de brume. Ce qu’on nomme réalité coulisse dans la viscosité du mental qui s’ouvre au songe en moutonnements grimés, de macérations abstruses et de frôlements d’imprévisibles élytres en opposition aux idéologies de l’art nourries de celles des sociétés à  partir desquelles toutes les colonies pénitentiaires se mettent en marche.   Lydie Calloud quant à elle opte pour la solitude et la liberté.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les œuvres (remarquables) de l’artiste sont visibles à la Galerie Jacques Levy à Paris. Elles mériteraient une galerie en Suisse.