gruyeresuisse

12/01/2017

Victoire Cathalan : magie recréatrice

 

Cathalan bon.jpgVictoire Cathalan, « Éléments », solo show, Espace L, genève Vernissage 19 janvier 2017

 

 

 

Cathalan.pngPour Victoire Cathalan, la surface des choses n’est pas seulement une apparence mais l’interface entre le visible et l’invisible. C’est pourquoi les notions de paysages ou de natures mortes sont métamorphosées dans son approche. La peinture y acquiert une sensualité particulière afin de redonner à l’art comme au réel un nouveau départ. Restent une fragilité dans la force, la force dans une fragilité loin de tout principe de narrativité. Le mystère est évident mais demeure un mystère. S’y ressent néanmoins combien la créatrice lutte contre le temps et sa dépression. C’est là que tout recommence. L’éveil laisse le souvenir d’un songe. Mais il se concrétise.

Cathalan 2.pngLes œuvres deviennent des pierres de lune ouvrant les portes du soleil. Un trait sombre vient éclaircir, ouvrir des fibres de lumière. Existe autant le suraigu de la transparence que la densité de la matière. Jaillissent des fleurs d’un étrange jardin. Victoire Cathalan rend visible l’intime du monde où tout se crée en une lente et longue aventure et incubation programmées mais aussi un appel du large, du haut et des profondeurs. Entre dentelles échevelées parfois dépensées en longueur, parfois nettes dans leur embrouillamini l’artiste crée des portes d’un lieu où voguer et frémir. Manière pour l’artiste de demander quels sont ses êtres qui se souviennent de leur oubli. Et ce, à travers une tension et un apaisement grandissants là où la peinture n’est pas narrative : elle invente des récits. Pas forcément des histoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11/01/2017

Lisa Azuelos ou les dalidâneries

Dalida2.pngLe film « Dalida » est fabriqué pour le rêve (frelaté) des sans dents, des midinettes et une secte gay très particulière. L’enchanteuse vaque en robes de soie, telle une comtesse aux effluves de santal et aux épaules d'albâtre. Elle gaine l'imaginaire (ou ce qu'il en reste) des visiteurs d'un soir soumis à l’impéritie d’une série de clips et de scènes compassionnelles. Le biopic (comme c'est souvent le cas) ne peut donner que ce qu’il est : une hagiographie tarte. Dalida libère des bulles, marche sur l'eau. La secrète sécrète ses douleurs pour consoler les vivants selon une catharsis à deux balles. On ne lésine pas sur le lacrymal et les blessures inoubliables. Reste l'effusion de lieux communs et clichés propres à fanatiser les adeptes nostalgiques de la diva des stucs et des strass.

Dalida.jpgPreuve que lorsque l’intime se décline façon « people » il est « estoufagaille ». La fée amorosa agite les bras, craint la vapeur des jours qui passent, le tout dans un chromo où la volupté du visible se perd en camaïeu ornemental. Aux ivrognes du réel et du cinéma il faudra d'autres appâts que cette mythologie complaisante. Certes les spectateurs, en acceptant un tel programme, se veulent esclave volontaire d'un leurre. Quand la diva sourit tombent de leurs yeux de « conquis j’t’adore » (Bashung) des larmes de félicité. Il est vrai que dans ce film, la brune qui la réincarne propose des rondeurs toniques que l’original ne possédait pas.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lisa Azuelos « Dalida » (film)

10/01/2017

Aurore Claverie et Cécile Hug : Assomption


Claverie.pngLe texte d’Aurore Claverie et les photographies de Cécile Hug ne se conçoivent pas l’un sans les autres. Les deux créent l’évocation de l’abandon, de la soumission mais aussi de son contraire puisque la femme mène le jeu : “En apnée depuis des semaines elle cherche à lui décrocher le mensonge de l’amygdale. Avec un nœud, coulant, avec la nuit, le café trop amer et le sucre caché dans leur album de mariage ". Les créatrices restent des complices là où les “visages posés sur la naissance des sexes, respirent les bas ventres”. Les acteurs ne le sont pas de la seule pensée. L’érection devient un état intérieur général en un hymne acathiste.

Claverie 2.pngDe la double initiation ni rétrécie, ni brouillardeuse, jaillissent “La décoction de l’épiderme et le bruit d’une veine aspirée qui tâche la commissure des lèvres”. Des courants parfaitement tendres nourrissent l’espoir d’une fête. Le livre refuse les existences recroquevillées. Quelque chose avance : radicale par le texte, métaphorique par l’image. L’érection n’est pas seulement phallique. Elle s’associe à un acte de vie et à une manifestation du vivant insaisissable. Elle devient un point de vue non pas créateur mais instaurateur de ce qui érige. Une fois de plus ce sera “une nuit pour sauter de joie pieds liés”.

Jean-Paul Gavard-Perret

Aurore Claverie, Cécile Hug, « Le jour s’est tordu la cheville », Editions Litterature Mineure, Rouen.