gruyeresuisse

08/09/2015

Les jeux de bascule d’Ellen Kooi

 

Kooi 2.pngEllen Kooi cultive une théâtralité très particulière. L’artiste possède le sens à la fois de l’espace scénique et du corps féminin. Ses prises sont  soigneusement préparées à  l’aide de dessins. La créatrice utilise ses modèles comme des actrices soumises à des situations souvent incongrues au sein d’une picturalité campagnarde ou urbaine. Elle se se rattache à toute une tradition flamande classique mais aussi postmoderne (Teun Hocks, Inez van Lamsweerde par exemple). La réalité se mêle au rêve non sans humour en un éther lourd, nonsensique mais tout autant symbolique.

Kooi.jpgLa prise première est mise en corrélation avec des interventions numériques selon des manipulations subtiles afin de souligner la rêverie de telles narrations terrestres. Par les cadrages en plans généraux et souvent en légères plongées ou contre-plongées l’ « actante » semble perdue. Mais elle n’est pas la seule. Le spectateur est entraîné dans un monde qui, en dépit de ses indices réels, semble échapper  au sein de couleurs sursaturées, grinçantes et criardes. La chimère rôde. Néanmoins le doute est toujours permis.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les damiers bien tempérés d’Esther Stocker

 

 

Stocker 2.jpg 

 La grille dont Mondrian ou Malevitch furent les précurseurs, en ses lignes droites - noires ou blanches, horizontales ou verticales,  a pour objet de fonder chez Esther Stocker une sorte d’artificialité qui l’éloigne du monde du réel et de l’objet. L’artiste la créée au moyen de Scotch (jouant le rôle de cache protecteur) afin de proposer un équilibre instable.

 

 stocker.jpg

 

Pour parler de ses œuvres en géométrie variable Esther Stocker utilise les termes de  « bruits visuels ». En effet à l’harmonie (qui créerait un « son » visuel) se superpose une dissonance perceptuelle. Fascinée par « l’imprécision de l’exactitude » l’artiste mêle la règle et sa dérive plastique par les interruptions des lignes ou la brisure des géométries qui sont placées sur les murs, le plafond ou le sol.  Le regardeur est soudain perdu dans une série d’illusion. Entre la rigidité et ses déviances la géométrie spatiale ne cesse de tituber dans un imaginaire qui transforme les habituelles données de l’abstraction et de sa quintessence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

Esther Stocker, Kunsthalle Palazzo, Liestal & « Based on anarchix structures », Galerie Alberta Pane, Paris.

 

 

04/09/2015

Rachel Labastie : avec le temps

 

 

 

labastie.jpgA travers ses mises en espace de ses œuvres ambitieuses, profondes, habitées et dans leur radicalité, Rachal Labastie crée un appel du temps. Mais sans vision passéiste. Les objets exhumés sont moins des reliques que des « opérateurs » capables de pousser à la réflexion. Dans leur théâtre de majesté coulisse par fragments (ailes, roues de charrettes par exemple) de quoi toiser le regardeur. Installations et sculptures n’appellent pas plus la caresse, qu’elles ne caressent les fantasmes. Chaque œuvre provoque des interrogations par les histoires qu’elle rameute tout en signalant  le constat du déclin de monde et de l’art lorsqu’il cultive la mollesse.

labastie 2.jpgLes travaux de Rachel Labastie ont donc beau être des fantômes : dans leur fixité ils secouent le regard. L’artiste ne cultive pas le charme mais des visions  dont il faut subir l’impact.  Il convient de se laisser emporter en une sensation de vertige pour la pure émergence. Elle est proposée non pour supporter l’existence mais pour la soulever dans son interrogation sur la notion de temps. Les vestiges du passé suggèrent une critique de notre époque malade de ses doutes et de ses peurs. De telles œuvres  ne servent pas à « faire joli ». Elles tapissent l’espace de leur présence, de leur empreinte afin de créer l’arête du seuil entre passé et présent et contre l’oubli.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’artiste est représentée en France par la Galerie Odile Ouizeman (Paris) et en Suisse par la Galerie Analix Forever (Genève).