gruyeresuisse

13/12/2020

Bruno Stettler et l'Ardente

Stettler 2.jpgBruno Stettler, Corinne, Everyedition, Zurich, 2020

Ce livre est un hommage à la muse du photographe : Corinne (aka Colli, Coco, Acid), avec laquelle il a travaillé de 1980 à 1986. Se retrouvent des scènes "hot" dans diverses parties privées ou publiques. La jeune femme y jouait un rôle majeur. Elle permit au photographe de rencontrer bien des figures emblématiques de la culture et musique pop : David Bowie, Public Enemy, Motorhead et the Beastie Boys entre autres.

Stettler.jpgCorinne est morte en 2016 à 53 ans. Mais elle ne fut pas seulement une "party girl", une groupie et un modèle. Elle pouvait prendre différentes personnalités. Par ses portraits privés et ses clichés des coulisses des concerts ou de la ville, Stettler capture ses multiples facettes, son personnage cinétique et unique en son genre et son allure de femme fatale.

Stettler 3.jpgElle reste ici bien vivante et telle une galaxie peuplée d'étoiles qui venaient de naître. Le photographe la montre merveilleusement indélébile par delà le temps. Une insouciance remplissait alors des nuits palpitantes dont Stettler ramène le battement lumineux au moment où Corinne en était l'Ardente.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/12/2020

Pauline Verduzier : des suissesses au-dessous de tous soupçons

Verduzier.jpgLa classification sociale du féminin opère généralement une "distinction" fallacieuse- et en fonction de leur sexualité - entre les "bonnes"et les "mauvaises" femmes en fonction ou gage de leur prétendue (im)moralité. D'un côté les convenables de l'autre les indécentes à savoir les travailleuses du sexe souvent invisibles ou stigmatisées.

Verduzier 3.jpgAvec ses interlocutrices suissesses à la "mauvaise" moralité ou inconduite "notable", Pauline Verduzier interroge à la fois sa propre socialisation et son intimité avec tout ce qu’elle évoque de la vie des autres et les représentations médiatiques de la prostitution.  Elle déplace l’injonction à la respectabilité. Et les femmes interrogées permettent de documenter l’état des rapports de genres et des normes sexuelles du temps.

Verduzier 2.jpgLes femmes osent dire leur liberté et leurs entraves de travailleuses du sexe. Et la "gentille fille" comme elle se définit aborde avec intelligence et sympathie celles qui pratiquent le travail du sexe par choix. Certes il existe des formes de prostitution plus terribles. Ici les femmes ne sont pas des esclaves mais l'auteure veut faire entendre leurs voix tues. Elles permettent de réviser nos vues sur les femmes et leur liberté, les hommes et leur besoin. Bref sur le régime de la sexualité et ses représentations soudain déplacées.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pauline Verduzier, "Vilaines filles", Anne Carrière Editions, 2020, 192 pages, 18 €.

07/12/2020

L'empirique et le sensible : Josiane Dias

Dias.pngJosiane Dias, "Art Party", Espace L, Genève, du 9 au 12 décembre 2020.

La photographe brésilienne Josiane Dias vit et travaille entre Genève et New York. Son parcours passe par ces deux villes mais aussi par Tokyo et Tel-Aviv. Diverses cultures influencent son approche photographique. Elle est inspirée par le paysage urbain - mais pas seulement - et ce, à la recherche du détail inaperçu , de l'éphémère, et d'une poétique des espaces et des lieux.

Dias 2.jpgDe telles prises ne sont jamais réductibles à l’apparence. Mais elles ne se limitent pas plus au domaine du l’illusion et du trompe l’œil. Elles ne sont en rien un simple résidu sensible. Mélodieuses parfois plus âpres les formes créent des vagues de lumière. Elles mordent les âmes. Effleurements, silence, origine du tout par le peu. Les propositions plastiques deviennent des voix muettes dans les profondeurs de la lumière là où tout est trace et mélopée.

Dias 3.jpgSurgissent des visions mystérieuses en ce qui tient d’un exercice spirituel mais qui au départ prend racine dans la chair des volumes et des couleurs. Josiane Dias maîtrise, épouse les surfaces en mettant la main dessus par ses inductions poétiques et techniques. Face aux destructions du temps elle impose ses ouvertures où l’errance reste toujours axée vers la présence sourde de l’inépuisable.

Jean-Paul Gavard-Perret