gruyeresuisse

12/06/2018

Jacquie Barral : l’espace du dedans

Barral 2.jpg

 

Jacquie Barral poursuit son travail de reprise des images. Ici avec quatre photographies et un assemblage original en relief sous une boîte d’archives noire. L’artiste propose une histoire de plans : s’y mêle celle du temps à travers le dialogue entre le texte de la poétesse Valentine Oncins (alter-ego de la plasticienne) et Saint Jean de la Croix (un des piliers de sa sagesse).

 

 

 

Barral.jpgUne nouvelle fois l’artiste impose sa carte et son territoire en offrant des images troublantes et troublées. Animée d’une pulsion créatrice elle prolonge son expressionnisme et son impressionnisme qui du figuratif passe ici à l’abstraction propre à une visée implicitement mystique.

 

 

Barral 3.jpgLa « maison de l’être » chère à Bachelard est donc revisitée, reprise et corrigée non sans faire allusion au « Château » de Kafka là où tout tient des mystères de l’âme. L’artiste leur donne sa propre vision et un effet de vitrail opaque et sidérant. Le livre d’artiste acquiert une puissance de feu entre signes, indices et jointures d’un lieu-dit à la topographie inconnue mais auquel Jacquie Barral donne une extériorité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jackie Barral, « Le Château intérieur », Texte inédit de Valentine Oncins accompagné d’un extrait de Saint Jean de La Croix, Collection Boites d’archives, Edition 2+3=5, 2018, 120 E.

07/06/2018

Nadira Hussain de l’autre côté de la frontière

Hussain.jpgNadira Hussain, « Pourquoi je suis tout bleu », Villa du Parc, Annemasse, du 30 juin au 22 septembre 2018/

Artiste française d’origine indienne Nadira Hussain est installée à Berlin. Ses images mixent techniques et motifs des cultures traditionnelles indiennes et populaires occidentales. Se crée une suite d’errances et de déambulations. Par une telle hybridation la représentation féminine est mise en exergue de manière ludique mais non sans suggérer un potentiel social.

 

Hussaain 2.jpgLe bleu dont il est question est inspiré Schtroumpfs, divinités hindoues, avatars, cybers women, amazones de la culture cyberpunk et underground. Ce bleu efface les distinctions de peau et sont aussi un moyen de déchirer l’ordre masculin et les classifications politiques genrées. La « fantasy » rejoint un espace plus proche de nous par l’interaction entre l’intellectualisation et la sensation la plus profonde. En ce sens Nadira Hussain transcende l’herméneutique impuissante à saisir la matière du vivant. La contester pour elle revient à donner naissance à une humaine nouvelle.

Hussain 3.jpgDessins au mur, sur tissu ou carreaux de céramiques, oiseaux venus en volées de la poésie soufie persane et personnages mythologiques empruntant à la tradition musulmane et à l’histoire de la bande dessinée créent une effervescence. Toute misogynie est exclue. Les femme telles des « créatures thérianthropes enceintes de personnages de bande dessinée, et autres personnages aux membres démultipliés » créent un monde où les minorités ne sont plus réduites ou écartées.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/06/2018

Le Monte Carlo drôle, inquiétant et funeste d'Helmut Newton

Newton bon.jpgC’est en 1981 qu’Helmut Newton et son épouse s’installent à Monaco pour échapper à certaines obligations financières. Le « Rocher» qui est présenté souvent comme un paradis (et pas seulement fiscal) apparaît triste et noir en dépit du soleil. « Monaco n’est ni une ville, ni une station thermale, ni un lieu de villégiature » écrit Newton assommé par les barrières de béton des hôtels, les boutiques de luxes et les yachts. Il s’habitue néanmoins à l’opulente cité.

Newton 2.jpgElle va devenir le prétexte à des séries d’étranges mises en scène des plages, chantiers, piscines, toits d’hôtel et musée Océanographique compris. Pendant vingt ans, le photographe s’y amuse avec ses mannequins, la mode, la criminalité et une quasi pornographie canaille. Il y a là une scène de meurtre dans un hôtel, des prostituées mi punk mi dark qui font de la retape, une naïade (pour toute compagnie elle chérit une poupée gonflable). A la vertu se substitue le vice, au plaisir l’ennui, à la lumière l’ombre, à la paix l’épouvante.

Newton.jpgCela n’empêche en rien le photographe de magnifier le corps des nymphes habillées ou non. Mais toujours avec élégance. Ce monde reste volontairement factice et interdit sauf à qui possède l’argent nécessaire aux fruits plus ou moins défendus. La somptuosité et l’humour avancent de concert en des cérémoniaux délétères. Ils génèrent un plaisir mordant tant par l’appât des corps que des situations. Et si l’érotisme est présent, Newton a soin de rappeler qu’il n’est pas seulement dans la plastique : « L’érotisme, c’est le visage. Pas le sexe ». Voire… Sa posture de dandy amusé, amuseur offre là un mixage de luxe et de grossièreté, de vulgarité et de volupté.

Jean-Paul Gavard-Perret

Helmut Newton, "Monte Carlo", Editions Louis Vuitton, 2018