gruyeresuisse

05/07/2017

Lissa Rivera et son modèle

Lissa Rivera 3.jpgLa photographe new-yorkaise Lissa Rivera a trouvé en B.J. Lillis le partenaire idéale afin de créer un univers étrange. Dès le premier shooting le modèle fut séduit par sa photographe. Ce premier impromptu fut un coup de foudre suivi d’une sorte de lune de miel où la créatrice n’a cessé de jouer avec la sexualité complexe de Lillis. Mi-homme, mi-femme il a des allures de Céline Dion et la photographe le considère dans la série « Boudoir » comme une poupée avec laquelle elle joue de manière romantique. Ce qui a tout pour plaire à celui qui - se définissant comme queer - se plait à revêtir des vêtements féminins. Photographier de manière délicate quoiqu’un peu ironique. Lillis dit avoir trouvé sa « vraie » identité grâce à sa muse créatrice

Lissa rivera's boy.jpgLeur travail commun a pris tout son sens avec le projet « a beautiful boy ». Le modèle y est saisi avec élégance et un brin de surréalisme. Les clichés rappellent le cinéma hollywoodien des années 50. Et Lissa Rivera se plaît à rappeler ce qu’elle doit aux photos de mode de Cecil Beaton. Elle en détourne néanmoins les codes avec certains drapés « vintage » et des maquillages appuyés à dessein afin d’exagérer une féminité quelque peu « transformiste ». C’est selon la photographe le moyen de permettre aux femmes de regarder une femme et aux hommes de regarder un homme. Le tout en des narrations quasi cinématographiques, une atmosphère éthérée et un glamour décalé. Quoique se photographiant parfois elle-même la photographie queer doit tout ici à son modèle. Néanmoins elle le transcende pour lui accorder un parfum particulier dans une alchimie provisoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lissa Rivera, « Beautiful Boy » jusqu’au 15 juillet au ClampArt New York.

 

Anne-Sophie Maignant : une étrange odeur de « sainteté »

Maignant 2.jpgAnne-Sophie Maignant est à sa façon une Sainte particulière. Elle tente de voir dans le noir : à savoir au delà des apparences. Ses yeux percent la nuit et ses œuvres créent des espaces adjacents, compilés, distants mais tout autant emboutis les uns dans les autres.

 

 

Maignant.jpgIls dressent une visibilité de ce qui tient à cœur par petits blocs qu font disparaître ce qui a été regardé afin de voir autrement. Souvent le corps trouve un caractère particulier. La figuration narrative prend des tours et détours (parfois drôles) qui se démarquent autant du réel que d’une simple rêvasserie. Tout se condense en un visage, des portions de corps pour que celui-ci devient paysage.

Maignant 3.jpgChaque image se transforme en déclencheur de récit intime, de puzzle permanent où se faufile un roman de la vie. L’artiste en offre un dérobé, une trame entre grain serré et diaphanéité et une série d’interférences présentées scènes par scènes en rejetant l’accessoire pour retenir l’essentiel en des espaces où parfois caresse et parfois frictionne ce qui nous échappe et qui s’évanouit d’avoir été jusque là si mal perçu.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.annesophiemaignant.com/

03/07/2017

Kourtney Roy et les alpes suisses

Roy Kourtney.jpgDans sa série « La Femme Idéale » Kourtney Roy présente une série d’autoportraits aussi classieux, glaciaux que corrosifs. La photographe y scénarise les stéréotypes kitsch qui engluent la femme selon des critères liés à l’origine aux publicités, au cinéma et à la pornographie des années 50 et 60. Kourtney Roy s’y présente assise, passablement lassée d’être là. Elle demeure indolente et indifférente devant un paysage idéal d’Alpes suisses.

 

Roy Kourtney 3.jpgLe titre - on l’aura compris - est évidemment ironique et dévastateur. La photographe poursuit son travail de sape. Elle sait sauter sur les évidences afin de les faire imploser au sein de charpente de studio qu’elle déconstruit. L’image s’écarte et diverge de la route qu’elle était sensée prendre. Le péril est donc en la demeure, là où le vent des cimes ne risque pas de décoiffer le modèle ou relever sa nuisette.

 

 

Roy Kourtney 2.jpgLa photographe se fait la behaviouriste à l’humour vachard des idées reçues et la poétesse iconoclaste capable de réviser toutes les cartes du tendre par la confrontation incoercible du stéréotype avec lui-même. Pas de repos ni de temps mort. Et là où la femme semble s’offrir paresseuse à la prise, un sacré coup de balai est porté aux visions « Univer-sale ». Kourtney Roy les récure en Miss Propre des idées reçues et des breloques abrutissantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kourtney Roy, « La femme idéale », Circulations(s), festival de la jeune photographie européenne, Arles, été 2017.