gruyeresuisse

18/09/2018

Yannick Bonvin-Rey : une histoire de soupirs

Yannick Bonvin-Rey, "Peinture et encre", Galerie Marianne Brand, Carouge, du 20 septembre au 18 octobre 2018.

Bonvin.pngYannick Bonvin-Rey, à travers ses différentes techniques, crée des images qui ne sont pas que surfaces ou peaux. L’artiste entame une desquamation et un tatouage loin de toute posture psychologisante. L’abstraction tend moins vers le ciel que la terre.

Bonvin 2.pngLa créatrice y souffle le froid et le chaud. Le souffre n’y est plus mortel. Et si les images et les techniques sont choisies par souci d'économie sémantique, elles le sont aussi pour la rythmique qu’elles génèrent et les opérations qu’elles permettent.

 

 

Bonvin 3.pngSe méfiant des effets de décor dans lesquels ceux qui se prétendent des envoûteurs croupissent, Yannick Bonvin-Rey est à la fois plus humble et plus profonde. Elle tire des sépulcres  des formes en résurrection. Par souffles obscurs elles reviennent à la lumière en sortant des bouches d’ombres.


Jean-Paul Gavard-Perret

Arlene Gottfried : les uns et les autres

Godfried.jpg« Sometimes Overwhelming » d’Helene Gottfried réunit les photographies des années 70 et 80 lorsque la jeune créatrice parcourait Brooklyn pour capter de la manière la plus naturelle et simple la vie de l’époque. Celle qui travaillait en bureau la journée, apprit la photo en cours du soir afin de passer ensuite ses temps de repos dans la foule des rues à la recherche de surprises ironiques et prégnantes.

Godfried 2.jpgEn dehors de sa ville elle fut une des photographes majeures à Woodstock en 1969. Elle multiplie ensuite des prises sur les plages et dans les clubs. Elle devient photo-reporter professionnelle et narre New York en des images réunies dans plusieurs albums dont cet « Sometimes Overwhelming » devenu un classique de la vie de la cité. Elle saisit l’extravagance de quartiers. Peu à peu la créatrice allait sophistiquer à tord ses prises de divers types de marginalité. Mais ici tout garde une fraîcheur surprenante à une époque où la ville n’était pas « débarrassée » de ceux et celles qui furent bientôt chassés par le maire Giuliani pour « épurer » la Grosse Pomme.

Godfried 3.jpgLa photographe aime montrer les contrastes et oppositions (homme quasi nu et rabbin, femme vieille et éphèbe, blanc et noir, etc.). La diversité joue dans des œuvres dénuées de tout jugement de valeurs. L’ensemble est excentrique et ludique, insouciant et sérieux. Les portraits d’êtres humains fragiles ou sûrs d’eux trouvent une réalité qu’elle ne l’était dans ce témoignage brut et composé mais toujours de première main.

Jean-Paul Gavard-Perret

Arlene Gottfried, « Sometimes Overwhelming », PowerHouse Books, New York, 2018

16/09/2018

Delphine Renault : montagne et abribus

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Delphine Renault, « Le phare du Delta », Galerie Zabriskie, Genève, du 21 septembre au 6 octobre 2018.

Dans la plus originale des galeries de Genève, Delphine Renault continue d’interroger la manière dont le paysage se construit en ses représentations. Et le choix d’un tel lieu est significatif. L’artiste est comme impliquée dans la ville qu’elle transforme à son échelle physiquement et symboliquement.

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La plasticienne crée toujours un rapport entre ses images et le lieu de leur exposition en introduisant une transposition de signes et de métaphores pour construire des émergences paradoxales sous l’apparente simplicité minimaliste impertinente, drôle et énigmatique. S’y instruit un système de combinaisons formelles et conceptuelles propres à de solliciter l’imaginaire et la réflexion des passants.

 

Renault 3.jpgUne sorte d’apparent degré zéro de l’image – dont l’humour discret n’est pas absent - devient l’interface où un système de coordonnées abstraites du plan ou de la carte prend pied dans le concret. Il représente le point de capiton où une image mentale se compose afin de dresser une matérialité décalée du paysage.

Jean-Paul Gavard-Perret