gruyeresuisse

11/07/2016

Du mouron pour les petits oiseaux : Corinne Lovera Vitali

 

Lovera.pngCorinne Lovera Vitali , 78 moins 39, Éditions, Louise Bottu, Larribère, 40250 Mugron, 58 p., 7 E.., 2016.


« Parlez moi, je ne sais plus bouger ma bouche, tenez-moi la langue, je sortirai la vôtre » écrit Corinne Lovera Vitali. Mais la chercheuse d’ombre a plus d’un tour dans son sac. En jaillit la lumière qui interdit au sexuel de se refermer et de rester à sec. Mais dans ce texte sa tension demeure uniquement suggérée. Son image se dérobe au visible au nom du premier des hommes.

La poétesse elle-même devient à son tour une puissance phallique qui renverse la vision. Par son sceptre elle renvoie le voyeur-lecteur au creux de son inaudible, en son manque constitutif et irrelevable. Bref elle est re-père du père, pair de celui avec qui elle fait paire même s’il n’a su le comprendre et elle le reconnaître.

Lovera 2.jpgD’où ce jeu de filiation et de filière entre fantôme et caverne, nocturne et soleil. Yeux ouvertes, yeux fermés dans ce fondu-enchainé le père est livré à sa Sauvage qui fait de lui le fruit de ses « entailles ». Mais la créatrice - dérobant le temps à son spectacle et renversant les règles de base de la grammaire des mâles - signifie sa propre présence dans une attente éternelle catalysant des montées de l'invisible afin d'en faire éprouver la langueur.


Jean-Paul Gavard-Perret

08/07/2016

Sarah Hildebrand : paroles et musiques.

 

AAAHILD.png"Murmures", photographies & nouvelles, 44 pages, 170 euros livre signé + une photo signée (voir site artiste). "Exposition, Carnets", Halle Nord, du 8 juillet au 20 août 2016, genève, "Freiraum - Chimère de nos réalités" du 3 au 31 juillet 2016, Fonderie Kugler, Genève.

 

Sarah Hildebrand aime les histoires. Et les images. Mais leurs narrations sont habitées d’absence. Ne subsistent qu'une écume, un écho. Peut-être une sorte de songe : mais il n’existe pas de sommeil profond qui l'empêche de l'entendre, de le voir.

AAAHILD2.pngLa réalité quoique présente reste néanmoins abstraite, vide mais elle n’en est que plus envoûtante. Et la présence invisible de l’artiste est le matériau essentiel de l'œuvre car son Imaginaire déploie une partition particulière. L’artiste en est le chef d'orchestre et la musicienne..

AAAHILD3.pngLa grâce ne tient plus à une beauté marmoréenne et en brillance mais à de petits riens capables d'engendrer un appel, d'exprimer ce que le monde possède de secret. L’intelligence inquiète, créatrice et critique de Sarah Hildebrand la conduit à effectuer une suite de transgressions discrètes, juste effleurées.

Ne pouvant se satisfaire des vieux codes (romanesques, photographiques) elle fait appel à des méthodes d'exploration originale. L’Imaginaire se tourne vers le forage, vers la découverte de nouvelles profondeurs, de nouvelles zones d'ombres et toujours selon ce que Cioran nomma « la sainte concision » et par effet de surface.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Damiers de Viviane Rombaldi-Seppey


Rombaldi.gifViviane Rombaldi-Seppey , « Entre les Lignes », du 7 au 29 juillet 2016, Dubner Modern, Lausanne.

Constructiviste à sa manière Viviane Rombaldi-Seppey joue dans ses dernières œuvres d’une forme de cinétisme. Surgit une fable optique plus que séduisante là où la structure s’anime de caprices qui bousculent les ensembles comme s’il s’agissait aussi de les ironiser par précision et impeccabilité.

Rombaldi 2.jpgPar les formes qui reviennent se créent des damiers suspendus et dynamiques. Ils portent au delà de l'illusion par celle qu'ils créent et qui aiguisent une rêverie soumise à de subtiles variations entre resserrement et ouverture selon une étendue mobile et immobile.

J-Paul Gavard-Perret