gruyeresuisse

10/03/2016

Sandrine Zondervan : anges du désir ou de l’attente

 

AAAZondervan 2.jpgPrivilégiant les prises frontales, Sandrine Zondervan, au sein des jeux entre la lumière et l’obscur, fait jaillir une clarté parfois mystérieuse. Cherchant à relier ce qui a priori ne peut l’être la photographe se veut une sorte de sentinelle des émois féminins. Les ailes du désir passent parfois sous les fourches caudines du battement d’un rideau. Mais rien de matérialiste : l’extase est de l’ordre de la caresse et de l’aporie. La photographe plonge dans un bout du monde par les obscures clartés qu’elle dispense. Les femmes bougent ou demeurent fixées : oiseaux blessés ? Ames perdues ? Nul ne sait.

AAAZondervan 4.jpgNéanmoins un rêve demeure : celui où les vivantes ne seraient plus isolées. Reste un appel d’air. Mais l’artiste sait qu’il faut d’abord réveiller d’un profond sommeil les anges du réel. C’est pourquoi elle photographie en rapproché leurs silhouettes. Chacune offre une vision cérémonielle. La réalité la plus triviale n’est jamais donnée telle quelle. Sandrine Zondervan la multiplie dans des espaces et des temps asymétriques si bien que la photographie garde sa force de mystère impressionniste.

Jean-Paul Gavard-Perret

16:39 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

09/03/2016

Barbara Polla : avatars et corps-machines

 

AAPola 2.jpgBarbara Polla, « Troisième vie », Editions Eclectica, « Vingt-cinq os plus l’astragale, Collection ShushLarry, art&fiction, Lausanne


L'héroïne de « Troisième vie » de Barbara Polla est comme son auteure : elle aime connaître les mâles. Les deux goûtent leur sexe, leur force physique, leur don pour l'interpénétration plus que pour la prédation. Pour se faire une idée de leurs réactions Rébecca, bio informaticienne, s'est implantée des nano puces dans tout son corps (même en ses intimités) pour enregistrer et stocker les organes et cloner une galerie humaine. L’héroïne dévoile leur secret et prouve que le cerveau, contrairement à l’ordinateur, ne possède ni centre ni périphérie  : "c'est un amas" dit celle qui a l’inverse rend vivants ses ordinateurs. Ils deviennent capables d'aimer, de le dire, grâce à la poésie inoculée en eux. L’héroïne d'une auteure à la jonction de Simone de Beauvoir et d’Angela Carter est proche d'atteindre ses objectifs. Après ses deux premières existences la troisième semble apte à reprendre le fil de son histoire originelle dans un ailleurs voire un retour amont "avec les mêmes puces et les mêmes clones dans sa galerie humaine".

AApola.jpgC'est l'occasion pour elle de "faire un pas de côté, de prendre un chemin de traverse". Mais quelque chose résiste puisque "la seule manière de connaître l'autre c'est soit de l'habiter soit de l'avoir été". Mais cela n’est pas une donnée immédiate de la conscience -  fût-elle numérique. Et l’auteur pousse la quête engagée dans ces quatre précédents titres (« Victoire » (L’Age d’Homme), « Tout à fait femme » et « Tout à fait homme » (Odile Jacob) et son ironique « Astragale » . Le corps de la femme y est encore plus glorieux et toujours désirant. Mais Barbara Polla butte de nouveau sur le problème du désir et de l’affect. Il reste au  centre de son interrogation. C’est pourquoi ses livres touchent à notre plaisir, à notre jouissance et, en conséquence, à nos possibilités d’angoisse puisque nos certitudes se voient interpellées par cette modification de la féminité. L’auteur poursuit un chemin de reconnaissance au milieu des méandres et des chassés-croisés de ce qui se nomme trop énigmatiquement amour et dont le livre « 25 os plus l’astragale » crée le squelette ou le Meccano de la Générale helvétique.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/03/2016

Les inconnues dans la maison - Vivienne B.



AAvivienne B.jpgVivienne B., " Le Chant des Oiseaux est Libre ", 2016.

 

Les photographies de Vivienne B créent une atmosphère féerique. Elles offrent un regard différent sur la femme en des scénographies subtiles où l’érotisme esquissé tranche avec celui concocté par les photographes hommes. Ses modèles, devant son appareil, osent s’abandonner car elles ne sont plus réduites au rang d’objets. Existent une humilité et une simplicité dans la sophistication. Un désir d’approcher par delà la peau au plus près du corps mais sans forcément le mettre à nu.

 

AAvivienneB 2.jpgLes mises en scène ne sont plus des artifices mais des artefacts. La transgression passe toujours par cette théâtralité de la théâtralité de l’arabesque. Les femmes y sont rêveuses, espiègles, sexy, intelligentes. Jamais vulgaires, les photos accordent aux modèles une liberté : elles ne sont plus des oiseaux en cage, elles semblent prendre du plaisir à afficher à leur fenêtre leur côté provoquant et mystérieux sans se prendre forcément au sérieux.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:39 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)