gruyeresuisse

20/11/2015

Corps à corps de Cornelia Hediger

 

Hediger 3.pngCinematic collaboration traces schizophrenic visions : Cornelia Hediger & Ignacio Valero par Rebecca Horne, 2015.

 

Cornelia Hediger prend de nombreuses photographies d’elle-même et les combine selon divers segments dans lesquels la « persona » se transforme à travers diverses situations où la drôlerie domine même lorsqu’un jeu d’agression et de domination est proposé (voire même au sein de scénarios où la mort et la terreur semblent rôder). L’artiste zurichoise lutte parfois avec son double. Néanmoins les scénographies restent joviales là où le féminisme reprend toute sa place.

Hediger.pngCes “Doppelgänger” sont autant des narrations que la distorsion des images selon ce que l’artiste nomme une «  marche duale ». Elle permet de mettre à nu de manière ludique ses conflits intérieurs, son combat du bien et du mal, du féminin et du masculin mais sans perdre de vue une notion de joie. Les reconstructions dans leurs fragmentations et leurs déplacements interpellent et dérangent puisque se cachent des desseins secrets qui peuvent devenir nôtres.

 

Hediger 2.pngExiste là un lien entre notre foire intérieure et les montages. Le corps se déforme pour transformer son propre statut et le regard qu’on porte sur lui. Le chiendent du fantasme ne peut plus repousser. Le corps à corps auquel se livre Cornelia Hediger avec elle-même devrait plutôt se nommer image-à-image. L’artiste n’en tire pas un trophée mais la victoire de l’imaginaire contre la représentation basique du réel. Il ne s’agit pas pour autant d'images du rêve : celui-ci nous laisse seul avec nos images : celles de la plasticienne nous regardent au plus profond.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/11/2015

Claire Nicole & Ginette Mathieu : visitations

 

Mathieu.jpgGinette Mathieu  & Claire Nicole, « Refuge », Passage d’encres, Moulin de Quilio, 300 e.., 2015.

 

Dans les dessins de Claire Nicole se découvrent la lumière et l’obscur. Leurs deux théâtres se superposent. Ginette Mathieu y a trouvé un abri proche de celui qu’elle cultive en Ardèche. Et dans l’hymen des mots et des images existent deux inscriptions, deux étendues continentales. Le texte n’est plus tout à fait à l’intérieur de lui-même. Mais il n’est pas pour autant à l’extérieur à lui. Idem pour l’image.

 

En pénétrant l’un, l’autre s’ouvre en un mouvement réciproque. Ginette Mathieu parle dans les images et Claire Nicole dessine - comme souvent - à travers les mots. Il s’agit de lire, de regarder, de respirer et de méditer dans un espace et un temps clos et ouvert. Existent la chair du monde, celle de l’être et leur énigme laissée vacante. Les mots viennent de l’intérieur des dessins : d’où leur abri. Ils n’y pénètrent pas en simple « visiteurs » mais pour les épauler. Ils témoignent du mystère de la création de l’artiste vaudoise comme l'ombre "parle" de la lumière.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

14/11/2015

Axelle Snakkers entre la ténèbre et l’éther

 

Snakkers.jpgAxelle Snakkers : « intermezzo » exposition collective  , Curatrice Françoise Mamie,  Le Salon Vert, Carouge, 15 novembre 2015 - 16 janvier 2016

 

 L’art expressionniste abstrait d’Axelle Snakkers est d'un tachisme  fluide et composite. Les formes nagent ou s'envolent sans la moindre condescendance à un ordre réglé. La joie se mêle à la tristesse  non sans un culte rendu à la beauté au sein d’impressions ressenties dans le spectre amoureusement mis en valeur d’obsessions soigneusement cultivées ; certaines ont été réalisées à toute vitesse, d’autres au ralenti ; avec ou sans musique, à l’intérieur ou dehors, sous lumière artificielle, en lumière naturelle. Axelle Snakkers ouvre un univers d’émotions en maintenant le cap au delà de l’écume des apparences Il faut du temps parfois pour que la surface apparaisse sous formes de flaques ou de petites formes obscures.

Snakkers 2.pngLa peinture se vit légère tant que faire se peut dans un effet de  broussaille. Dans ce retournement de la profondeur, la surface dégrade, esquive le support mais aussi le « complémente ». Sur lui le jus de la matière « ouvre » des formes. Elles passent les unes par-dessus les autres, s’entrecoupent, s'entrecroisent, se frottent à la lumière ou fuient dans la profondeur pour s'esquiver ou faire face au sein de lumières diffuses. Chaque oeuvre propose moins un brouillage qu’une dissolution partielle des réalités ou des références soit par débordement ou «évaporation ». Une forme de liberté et une remise en cause de la représentation sont atteintes. Au faste de l’ornemental fait place la capacité de vibration et d’écho. Elle atteint le silence au fond de l’amenuisement des éléments du réel. C’est un bouquet irrationnel, un défaut dans la cuirasse des apparences. S’en suivent les remous d’effusions poétiques.

Jean-Paul Gavard-Perret