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02/05/2017

Agathe Mirafiore : « particules » élémentaires

Mirafiore.jpgChez Agathe Mirafiore le nu se donne par fragments et pudeur. Emergent un rituel secret et une forme de murmure là où apparaît la fragilité du corps et de sa peau. Une cicatrice, un tatouage, une tâche, un pli font de chaque prise une narration elliptique que le spectateur peut (doit ?) remplir. Tout contribue à la contemplation, au rêve, à la poésie. La photographe rassemble et défait un monde. Elle sait qu’il existe une zone dans l'esprit humain qui ne peut être atteint que par la photographie.

 

Mirafiore 2.jpgLe schéma vital demeure en esquisse et la résistance perceptible entretien une énigme pudique et exquise. L’artiste joue à la fois d’une forme d' « objectivité » et d'une émotion retenue. Les fragments d'images sont capables de soulever le voile de l’existence mais à peine. Tout reste de l’ordre de la discrétion et de la caresse optique. Dès que le modèle féminin s’expose il semble le redouter : un pas en avant équivaut à un pas en arrière. Dans ce corpus morcelé et lacunaire ce « pas du pas » devient la trace d’une errance d’un corps qui oppose sa densité au glissement du temps. La silhouette paraît, reparaît jusqu'à ce point de non retour où - peut-être - la femme atteindra celle ou celui qu’elle cherche.

Jean-Paul Gavard-Perret

 
Agathe Mirafiore, « Particules », Espace Van Gogh, Arles., « 17ème festival de la photo de nu », du 5 au 14 mai.

 

30/04/2017

Julie Susset à la recherche de l'accomplissement

Susset.jpgLe travail de Julie Susset est de l’ordre du primitif coloré et de la pulsion. Sa peinture dans ses formes oblongues et végétales est vivante. Ce que l’artiste étend et tend sur ses toiles travaille la pensée et l’affecte, là où l’abstraction ne se limite pas à une simple spiritualité mais témoigne d’un érotisme larvé. Le geste anime les lignes. Ce qui en sort possède parfois la puissance de la matière et parfois la diaphanéité de ce qui en échappe. L’artiste semble sentir ce qui la traverse et arrive à le plaquer vivant sur le support.

Susset 2.jpgJulie Susset est entièrement dans sa peinture, elle imprime jusqu’à ses contradictions. Partant de la couleur elle fait naître des visions marquées par la coupure et l'union : formes phalliques et féminines tentent l'unité dans une destruction créatrice des apparences vers une autre harmonie. Susset 3.jpgChaque fois la jeune artiste reprend une course sans limite. Tout ramène sans cesse au geste qui induit des présences atmosphériques fortes par tout le "désordre" dont l'artiste anime ses constructions. Elles semblent spontanées comme si la plasticienne était débordée par sa création. Aucun ordre n'encadre la pulsion première. L'artiste lui donne des colonnes d’air. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Il y a dans cette mise en demeure, dans cette immédiateté tout un processus antérieur. : les couleurs de landes supérieures deviennent les organes de forêts qu'on ne brise pas avec des haches. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Julie Susset a exposé au Spring Memories, Zurich, 2015.

 

29/04/2017

Marine Tillé : errances

Tillé.pngMarine Tillé - à l’image des ombres qui glissent parfois dans ses photos - avance au milieu des indices de décors improbables ou ce qui en reste. S’y éprouve l'intensité d’une marche forcée contre - qui sait ? - l'impossible abandon, l'impossible retour.

Tillé 3.pngDevant le regard les paysages à la fois fondent, se mixent ou offrent leurs débris. Il s'agit d’empreintes au fond de la dérive, là où la pensée manque de prise. Ne reste que le battement sourd du vent dans des ruines. Marine Tillé n'ajoute rien, n'élargit rien, ne fait que renvoyer à l'affolement où le réel s’écrase.

Tillé 2.jpgLe corps - lorsqu’il est présent – n’est qu’ersatz. Sommes-nous plus proche des débris qu’il traverse ou de sa silhouette qui a perdu substance ? Celle-ci traverse le silence. Le monde semble se réduire à une nature de fragments épars, disjoints. Marine Tillé taraude le réel. Dans chaque image - entre lenteur et vitesse - une intensité qui accapare, déborde.

Jean-Paul Gavard-Perret