gruyeresuisse

11/07/2017

Cathy Bion : entrée dans le lieu par la couleur

Bion.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec la force de la couleur et ce que Cathy Bion nomme son « instinct » l’aventure du paysage recommence. L’œil s’y étonne de ne pas y retrouver forcément ses marques. L’étendue que l’image déploie est soumise au risque de la force chromatique pour un surcroît de regard par abstraction réelle de la ressemblance. Il s’agit d’entrer dans le lieu par les couleurs. L’opératrice travaille sur l’apparence, touche des mises au point pour que les chromatismes deviennent une zone qui redonne une force au monde.

Bion 2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les horizons les épousent. Elles sont déposées selon une vision souvent panoramique. Le traitement de la sensation est ainsi renouvelé. La narration devient la complicité native avec les données primaires. La ressemblance devient étrange et belle en de telles osmoses. Cathy Bion possède ainsi une façon particulière de cueillir l’apparence, d’aimer l’espace et d’en embrayer les instants de suspens, d’errance. Chaque fois une couleur y braque sa lampe en ce que la photographie « fait » au paysage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cathy Bion, "L'instinct de la couleur" à la galerie French Arts Factory, Paris du 11 juillet au 23 septembre 2017.

08/07/2017

Danièle Momont, Anne-Sophie Tschiegg : souplesses

Momont.jpgDans le texte de Danièle Momont et les images d’Anne-Sophie Tschiegg l’amour est un hybride il y a ce qu’il faut de soleil comme un écu, comme une girandole. Une tête parfois empaquetées entre une chair molle et choisie à souhait l’aspire. Elle danse torride. À l’aine. Dans la cavité du nombril. À la racine des cheveux, aux tempes pour se déprendre et mander le fretin du cœur, tout cela, avec peut-être la dérision qui à la plupart d’entre nous tient lieu de foi. Mais les deux femmes en échappent, prêtresses du Bel Échange, dans le vif plus que le ramassé. Momont 2.jpgCe qui fend tient de la percussion et de la traversée, d’un plongeon délicieux. Les femmes s’y font entières, sensuelles, curieuses. Elles veulent connaître, essayer, sentir ; occupées à gésir et désirant mordre à l’orange de l’idéal organique argentin dans la broussaille, dans le ru. Avec l’espoir d’y voir sauter aussi de petits poissons, car toujours elles désirent que le vif ait de quoi hausser le cœur avec le reste de l’intime triperie. D’où ce fatras que chacune taille à sa main. Manière de fabriquer une douceur inusable aux courants immarcescibles qui s’établissent entre deux êtres. Le livre montre combien les courants sont semblables quoique divers en s’intensifiant diversement jusqu’à ce que rien d’autre n’existe dans deux vies. Demeurent les flux, l’aguet fiévreux pour les repérer, et songer que, de quelque nature qu’ils soient, chacune aurait tort de s’en priver.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danièle Momont, Anne-Sophie Tschiegg, « Dans ma nuque », litterature mineure, 2017, 8 E..

05/07/2017

Lissa Rivera et son modèle

Lissa Rivera 3.jpgLa photographe new-yorkaise Lissa Rivera a trouvé en B.J. Lillis le partenaire idéale afin de créer un univers étrange. Dès le premier shooting le modèle fut séduit par sa photographe. Ce premier impromptu fut un coup de foudre suivi d’une sorte de lune de miel où la créatrice n’a cessé de jouer avec la sexualité complexe de Lillis. Mi-homme, mi-femme il a des allures de Céline Dion et la photographe le considère dans la série « Boudoir » comme une poupée avec laquelle elle joue de manière romantique. Ce qui a tout pour plaire à celui qui - se définissant comme queer - se plait à revêtir des vêtements féminins. Photographier de manière délicate quoiqu’un peu ironique. Lillis dit avoir trouvé sa « vraie » identité grâce à sa muse créatrice

Lissa rivera's boy.jpgLeur travail commun a pris tout son sens avec le projet « a beautiful boy ». Le modèle y est saisi avec élégance et un brin de surréalisme. Les clichés rappellent le cinéma hollywoodien des années 50. Et Lissa Rivera se plaît à rappeler ce qu’elle doit aux photos de mode de Cecil Beaton. Elle en détourne néanmoins les codes avec certains drapés « vintage » et des maquillages appuyés à dessein afin d’exagérer une féminité quelque peu « transformiste ». C’est selon la photographe le moyen de permettre aux femmes de regarder une femme et aux hommes de regarder un homme. Le tout en des narrations quasi cinématographiques, une atmosphère éthérée et un glamour décalé. Quoique se photographiant parfois elle-même la photographie queer doit tout ici à son modèle. Néanmoins elle le transcende pour lui accorder un parfum particulier dans une alchimie provisoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lissa Rivera, « Beautiful Boy » jusqu’au 15 juillet au ClampArt New York.