gruyeresuisse

03/04/2021

Les défis de Joanna Ingarden

Ingarden.jpgJoanna Ingarden, Galerie Univers,  5, rue centrale - 1003 Lausanne, du 15 avril au 22 mai 2021.
 
Joanna Ingarden poursuit ses glissements de la représentation pour faire perdurer la magie de l'art mais permettent de le retrouver. Une telle transgression ouvre la peinture à un mouvement où le monde mute.
 
L'artiste se confronte toujours à l'ébranlement et au dépassement brutal des limites de la peinture plus par attraction terrestre que spéculation métaphysique afin que bouge la vie. Contre le sommeil de l'être englué dans les apparences,  la Lausannoise révèle des rapports cachés que les signes visuels entretiennent  avec le réel.
 
Ingarden 2.jpgPour se défaire de l'ombre, l'artiste, au lieu de l’attaquer de front, utilise coulées et sfumatos afin que nous retournions à une vie diurne. Refusant les pactes avec les ténèbres l’artiste les métamorphose. Un autre monde surgit dans une certaine diaphanéité.
 
Ingarden 3.jpgUn univers se libère : il est calme.  Enfin presque. Effaçant les contours ou altérant les masses l’artiste nous place entre le rêve et le réel. La dureté de ce dernier s’estompe. Le monde se soustrait provisoirement à la loi du déclin. Non seulement l'artiste colore le monde, elle fait palpiter ses profondeurs.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

09:48 Publié dans Femmes, Sports, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

02/04/2021

Les tournantes de Jakob Lena Knebl

Kneb.jpgJakob Lena Knebl, "Marcher sur l’eau", Musée d’art et d’histoire de Genève, jusqu’au 27 juin 2021
 
Le Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH) a donné  carte blanche à l’artiste et performeuse autrichienne Jakob Lena Knebl. Son directeur  Marc-Olivier Wahle l’a invité après avoir découvert au Mumok de Vienne en 2017 son "Walking on Water".
 
Kenb 2.jpgCette nouvelle exposition propose une traversée dans l’histoire des collections du musée selon une scénographie surprenante. Jakob Lena Knebl pour investir une collection a toujours besoin d'une œuvre clé et celle de Schwabe fut parfaite. Ses femmes en colère et effrayantes lui rappelèrent les couvertures des magazines d’horreur qu'elle aimait enfant. Ces images qui à la fois l'horrifiaient et la fascinaient l'ont donc inspirée.
 
Knebb 3.jpgA partir de là la plasticienne-curatrice, dans des scénographies pleines d'humour,  pose des questions et change nos perceptions en traitant l’histoire de l’art, du design, du corps dans l’espace et de la façon dont les identités sont façonnées par les personnes, les choses, les événements, les théories et les genres. Elle a pu  choisir parmi des couverts, des vêtements, des montres, des peintures à l’huile et des sculptures  du musée afin de faire "tourner" différents récits et présenter des œuvres de la haute culture en même temps que des choses de la vie quotidienne. Et ce dans la joie et le désir de reconstruire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

01/04/2021

Les fantaisies pieuses de Line Marquis

marquis.jpgLine Marquis, Exposition, Musée de Moutier du 17 avril au 6 juin 2021
 
Cultivant sa propre « ligne » graphique et un univers apparemment instable, dans ses œuvres récentes présentées dans cette exposition, Line Marquis "revisite des thèmes ancestraux à la lumière d'un questionnement actuel".
 
Marquis 2.jpgAvec ses Vierges à l'enfant ou ses Pietà nouvelles normes, elle interroge la parentalité comme un lien susceptible de poétiser la vie, dans le contexte d'un monde en déliquescence. Mais nous sommes transportés loin d’une simple vision édénique. L'artiste mêle onirisme et apocalypse comme la tradition de l'art et  sa subversion. Elle  "éclaire" le monde contemporain par des visions  aussi douces qu'agressives ou drôles. Son univers demeure complexe : il y a autant d’images apocalyptiques que bucoliques, parfois douces jusque dans la finesse du dessin - dont l'immense fusain qu'elle développera pendant l'exposition.
 
Marquis 3.jpgExiste toujours un bouillonnement parfois sourd parfois ludique. Le tout avec humour  dans le mixage de la couleur et du noir et blanc ; ça et là il existe des touches psychédéliques, des inserts linguistiques ou des « reprises » d’images anachroniques revisitées. L'œuvre prouve combien les mécaniques et procédures se perdent en chemin afin de donner à voir  la recomposition du monde pour lui donner un profil particulier et une nécessaire dérive.
 
Jean-Paul Gavard-Perret