gruyeresuisse

20/06/2017

Caroline Mesquita : Formless Thing

Machine.jpgCaroline Mesquita, “L’engin”, collectives Rats, à l'Indiana, Vevey, du 25 juin au 26 juillet 2017.

Quittant les figures anthropomorphiques Caroline Mesquita fait - à Vevey et grâce à son étrange machine molle et dure à la fois- planer le doute sur la fonctionnalité de cette dernière. Pliant, chauffant les plaques d’acier l’artiste propose une représentation sensible et mentale où la « chose » est loin d’être claire. Preuve que Didi-Hubermann a raison lorsqu’il affirme : «ce que nous voyons se mesure toujours à ce qui nous regarde».

Machine 2.jpgL’artiste pénètre l’équivoque de l’œuvre d’art. Partant de l’imitare (ce que l’image imite, reproduit) elle va vers l’imago (ce que cette re-production produit). Elle utilise pour cela ses soudures selon déclinaisons, trompe l’œil, etc. afin d’explorer et de tordre le double champ de l'image : l'icône (ce qui est semblable à son modèle) et l'idole (ce qui reproduit la forme des choses).

Caroline Mesquita prouve qu’entre les deux il y a un pas et une passe. L'artiste propose une différence capitale au rapport qu’entretient le visible à l'invisible. L'idole arrête le regard, le sature de visibilité. L'icône laisse advenir l'invisible dont elle procède. Existe entre les deux l'introduction du voyeur au voyant, de la feinte de proximité à l’éloignement.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/06/2017

La Jérusalem d’Efrat Shvily à Genève

Efrar.jpgEfrat Shvily, « The Jerusalem experience », Centre de Photographie de Genève du 2 jui au 20 aout 2017.

Efrat Shvily ne donne pas de titre à ses photographies bien que elles soient au service du documentaire. Elle photographie Israël et plus particulièrement les territoires « occupés » du « grand Jerusalem » . Les photographies se veulent des états des lieux : s’y découvrent souvent des maisons à demi construites ou préfabriquées. L’artiste veut montrer une forme d « interchangeabilité » des lieux.

Efrat 2.jpgAvec Oren Myers, pour «The Jerusalem Experience», l’objectif est différent. La créatrice présente la façon dont la Jérusalem historique se transforme en une «expérimentation» visuelle à l’aide des technologies de pointe, dans l’intérêt des visiteurs et celui des forces politiques, religieuses et commerciales concernées. Assaillis par un barrage de sons et d’images, les spectateurs sont confrontés à un travail exceptionnel, enveloppant et qui donne de Jérusalem une vision aussi « classique » et monumentale qu’inédite par adjonctions muséales.

La photographe israélienne y fait preuve et force mais aussi de délicatesse raffinée. Elle remodèle la ville en cultivant un enchantement qui est là pour rappeler son aspect toujours aussi éternel que provisoire. Le projet n’a donc rien d’une simple visite. L’artiste semble témoigner de la beauté avec en filigrane l’injonction de ne pas y toucher dans un montage aussi simple que sophistiqué.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/06/2017

Les communautés inavouables de Sonia Sieff


Sieff.jpgChaque épreuve de Sonia Sieff crée une radiance. Par un pur jeu théâtral d'ombre et de lumière surgissent l’incandescence et la solidification d'une "communauté inavouable". Les femmes errent ou s’abandonnent et la photographe propose le travail du songe au sein de la « matière » lumière.

La photographie ne se veut pas un témoignage mais la mise en scène d’une énigme au sein d’oasis de sérénité en bordure du monde. Sonia Sieff en retire les éléments parasites et cherche à rejoindre ses Eve en des éthers vaporeux. Certes - la Genèse l’a appris très tôt - aucun paradis terrestre ne dure.

Sieff 4.pngL’artiste métamorphose le leurre de luxe comme les décors sordides en une simplicité « picturale ». La convention est au service du merveilleux. Le regardeur éprouve le sentiment d’atteindre le plus secret de moments d’intimité Ils deviennent ce « temps à l’état pur » dont parlait Proust. Le monde est suspendu. Les frontières du réel sont disloquées pour permettre une traversée incertaine.

Sieff 2.pngLa photo n’a rien d’innocente. D’ailleurs elle ne l’a jamais été. Sonia Sieff joue avec ce que le regardeur y met. Il peut même croire qu’elle lui offre un troisième œil à la manière de ce que proposent certaines cosmogonies asiatiques. En tout état de cause les photos de l’artiste transforment la femme en un labyrinthe oculaire enlacé. Il permet de croire percevoir des profondeurs cachées.

Jean-Paul Gavard-Perret