gruyeresuisse

23/03/2020

"Un souffle sans poids" : lumières d'Anne-Marie Jaccottet

Jaccottet.jpgAnne-Marie Jaccottet privilégie l'aquarelle et le pastel pour renvoyer au monde une image poétique.Ces techniques - sèche pour l'une, fluide pour l'autre - absorbent les couleurs, en retiennent ou restreignent leur élan, réduisent la part de l'ombre dans une diffusion où les formes tendent à se fondre au sein de la lumière. S'y devine une relation étrangement directe, confiante mais comme éphémère avec le monde dont l'artiste saisit les beautés à l’improviste.

Jaccotet 4.jpgSouvent l'artiste crée des natures mortes avec des fruits que quelquefois elle a laissés sécher : oranges, pommes, pamplemousses, grenades et surtout kakis "à cause de leur forme, presque carrée, et de leur couleur, d’abord jaune, orange, puis quand ils ont mûri sur le rebord de la fenêtre, rose, et quelquefois couvert de bruine" écrit l'artiste.

 

Jaccottet 3.jpgLa native de Saint-Aubin (près de Neuchâtel) crée de manière instinctive sans préparatifs - même si bien sûr tout un travail mental a longuement fait mûrir chaque projet. L’esprit touche ensuite à sa négation et son contraire afin de créer devient un événement nu. Il réinvente la nature jamais de manière imitative, avec une grande délicatesse de composition. Une telle finesse d'observation rend le monde plus léger là où selon Philippe Jaccottet , "circule partout un souffle sans poids".

Jean-Paul Gavard-Perret

21/03/2020

Les libérées de Colette Deblé

Deblé 2.png"La même aussi" se dresse, isolée dans chaque page, confinée (elle aussi...) car dégagée de son contexte initial. "J’arrache, extrais, isole, ravis, détache, extirpe la femme du contexte, paysage, situations, activités, compagnons, compagnes, représentations, places, mises en scène mythologiques, toilettes, intimités, vanités, époques, patrie. " écrit l'artiste pour donner à la femme la place dont elle a été dépouillée dans l'art et l'Histoire.

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Une vérité profonde émerge contre la dépertition. Arrachements, extractions, découpes permettent aux femmes de voyager libre là où elle s’enfante en renaissant.  Existe ce qu'elle nomme le "multiple assigné au papier, l’hyperbole infinie de la destinée au féminin en grâce et en lutte".

 

 

Deblé 3.pngContre la violence la créatrice opte pour la douceur dans des chemins qui rétablissent une justice. « Je suis le trait qui retient les choses, le trait de l’apparition, la mémoire, celui qui reste contre la mort. » écrit Colette Deblé. Ses femmes ne sont ni des saintes, ni des figures figées. Elles s'ébrouent vivantes et libres quel que soit leur origine : paysannes, révolutionnaires, religieuses, indiennes, faunesses, archétype. Toutes sont détachées de la typologie qui les fige et fixe. La vie avance dans leur guirlande.

Jean-Paul Gavard-Perret

Colette Deblé, "La même aussi", Aencrage & Co.

Romana Del Negro : effacements et indices

Del 2.jpgLe travail de la Biennoise Romana Del Negro est subtil : il joue souvent du moindre, du vide. L'artiste entre récupération et vidange invente des images libres, profondes, poétiques. Ne restent que quelques éléments dans l'espace ou sur des toiles "grattées" à la Cy Twombly ou dans une abstraction lyrique pour évoquer le manque et le petit vacarme intérieur.

 

Del 3.jpgL’artiste laisse quelques traces. De l’interrompu jaillit l’espoir du futur. Il se pose dans le moment présent. A la limite de la trace à peine esquissée. C’est un murmure optique, un clin d’œil parfois mais toujours dans un sens d'un cérémonial qui évite toute grandiloquence. 

Del.jpgA l'inverse la déliquescence n'est pas loin mais Romana Del Negro offre une résistance. Elle écume le passé, le secoue avec les images qu’elle met dedans. Elles sont de l’ordre de l’empreinte, de la sur-vivance, du lien. Là où le passé est remisé pour laisser au monde le droit d’être différent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret