gruyeresuisse

06/04/2015

Nancy le Lacangourou

 

 

 

Nancy.jpgJean-Luc Nancy, « Demande » Littérature et philosophie, Galilée, Paris, 382 p. , 35 E., 2015

 

 

 

Croyant que citer Lacan pouvait suffire à créer une pensée Jean-Luc Nancy s’est voulu gourou à la place du maître selon ce qui se dit dans les préaux des écoles : « c’est celui qui le dit qui est ». Il fut un des intellectuels qui pensèrent politiser l’érudition en feignant par leurs contorsions une  mise en abîme du langage. Elle se tourna bien vite en lamentable faconde. Fidèle à Lacan est ses « witz » (mots d’esprits dont la solution appelait la dissolution), Nancy les réduisit en une figure de style. Elle masqua l’inconscient qu’elle estima appâter.  Chef de la discursivité, prétendant parachever les découvertes de la psychanalyse, Nancy  a fait pousser ses fleurs la tête en bas selon une culture des marges dont il faudrait saluer le culte. Voire… « Demande » reste un pensum que Ginette Michaud dans son projet - et en dépit de son exigence -  n’a fait que mettre en évidence. Nancy s’y retrouve tel qu’il est : Lacangourou verbeux, « déconstructionniste » aux hypertrophies rhétoriques.  Il se voulut parfois pur poète là où Psyché serait étendue « à l’ombre d’un noyer qu’Eros contemple sans qu’il le sache » … Il y a loin de la coupe aux lèvres. Plutôt que d’embrasser les secondes Nancy n’a fait que battre la première. Tout hybris reste absent.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/03/2015

Etude, puanteur, altitude : « Dorade » revue

 

 

 

 

Dorade 3.jpgNaviguant entre une mer de sarcasmes et lac Léman, au milieu de carpes diem et groseilles à maquereau, Philippe Jarrigeon et Sylvain Menetrey ont fait de leur revue un outil critique et érotique. Les sirènes disent-ils y sentent mauvais mais comme les andouilles : plus elles puent plus elles se dégustent avec appétit. Ne soyons donc pas dupes des deux iconoclastes et suivons le sillon de leurs poissons. Gras ou maigres ils ne sont jamais de menus fretins.

 

 

 

Dorade 2.jpgDans leur méthode paranoïa critique les deux compères siffleurs créent un spectacle qu'on bisse mais qu’on aurait jadis classé X dans lequel l'humour remplace l'amour - ce qui évite toute bouillabaisse romantique. Allant à la pêche d'images inattendues, les revuistes les revisitent jusqu'à ce qu’elles deviennent les caricatures de ce qu'elles étaient sensées offrir.

 

 

 

dorade.pngJarrigeon et Menetrey savent franchir les limites et on leur en sait gré. Démoulant les images admises et après fouilles et exhumations, ils ont pour devise trois mots : étude,  puanteur, altitude. Quoi de mieux afin que les caresses sans parole des images râpent ? Eros n’est plus ce qu’il était. La revue soulève les dessous des femmes et des hommes pour  créer l’arête vive d’un ciel de lit et remonter le cordon qui permet de se pendre au rideau. La dépense chère à Bataille elle-même est remisée au rang des concepts anciens. Seule l’absence reste le meilleur des biens en touffe de mots parcimonieux tandis que les images aboient aux nuages.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

23/03/2015

Jörg Immendorff entre Cervantès et Ubu

 

 

 

Immendorf 2.jpgJörg Immendorff « Les théâtres de la peinture », Fondation Maeght, Exposition du 28 mars au 14 juin 2015.

 

 

 

Elève de Joseph Beuys et compagnon de route d’A.R. Penck Né Jörg Immendorff (1945-2007) laisse derrière lui une œuvre plastique immense et engagée. L’exposition de la Fondation Maeght la présente en 15 sculptures et 50 toiles et dessins. ILS couvrent la dernière période de l’artiste relativement peu connue. Avec Immendorff surgit une présence clé : le peintre, héros ou antihéros, devient la figure souvent drôle, engagée et dérangeante, mixte de Sancho Pança et de Don Quichotte (voire de sa fidèle Rossinante) en un théâtre foldingue - mais comme il le précisait «  à fonction sociale » - du monde. Immendorf.jpgColoriste et dessinateur extraordinaire Immendorff en propose sa reconfiguration en guidant le spectateur dans une dérive picaresque des bas fonds de cités urbaines aux « zones glacières » et féeries morbides de certaines périodes historiques. Les uns comme les autres deviennent une cours des miracles où le monde mais aussi l’histoire de l’art sont revisités. Le travail de l’Allemand permet ainsi à la Fondation Maeght - qui considère tout artiste choisi comme acteur et une figure essentielle de sa raison d’être - une façon de se « représenter ». Et ce comme l’artiste lui-même se figura dans ses propres mises en scène.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

16:52 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)