gruyeresuisse

10/01/2020

Jan Fabre et le jardin des délices

Fabre.pngUsant à tous les sens du terme de 200 000 stylos Bic bleu Jan Fabre a développé une suite créée à l'origine par  quasi accident. Il suivait avec un tel ustensile le parcours d'un scarabée sur une boite d'allumettes. Il a développé depuis ce point de départ contemplatif sa propre période bleue sur divers supports. Il s'agit par ce biais non de les ligaturer mais de s'enfoncer dans une union de ce qui fut le vierge mais a été largement consommé et consumé.

Fabre 2.pngDans une interview du 9 janvier 2020 pour l'inauguration de son exposition l'artiste iconoclaste belge précise le sens de cette entreprise très spécifique au sein de son oeuvre et parcours hybride : "La série de grands dessins au Bic bleus de l'Heure Sauvage est un hommage à la force et à l'anarchie inhérente à la Nature. Ce que les humains se doivent de respecter."  Et ce si nous voulons vivre encore là où l'accord est pur et résonne dans les hautes frondaisons que Fabre incise.

Fabre 3.pngL'impact d'un tel travail entamé depuis longtemps prend actuellement une force nouvelle puisqu'il s'agit de rappeler à tout homme la nécessité de se plier devant la puissance de vulnérabilité et de beauté de la nature. Bref il faut tenter de le rapatrier dans un Eden que nous avons  saccagé. Ce travail devient donc un rappel à l'urgence. Et Fabre reste celui qui dans toutes ses oeuvres ne cesse de défendre l'humanité, la nature, la beauté, l'art. Dire qu'une telle exposition vient à point nommé serait un euphémisme. Il s'agit de faire comprendre que de notre chair et du monde bleu ne resteront  bientôt que des morceaux de gris.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jan Fabre, "L'heure Sauvage", Templon, Bruxelles, du 9 janvier au 22 février 2020.

08/01/2020

Pierre Bourgeade : le pourquoi et le comment

Warum.pngDans ce roman terminal donc définitif (republié à bon escient aujourd'hui) Pierre Bourgeade prope sous forme de raod-trip un dernier voyage. En dépit d'une certaine impuissance qui l'enkylose le narrateur ne pose pas en Narcisse mélancolique. Il recueille des gouffres rendus instables par le maladie de l’idéalité comme de l'amour de la femme.  Au nom d'une d'entre elle qu'il va rejoindre.

Warum 3.pngSur le parcours certaines rencontres charnelles tarifées sont encore de mise juste avant l'ouverture de la nuit définitive. Et Bourgeade retrouve sa verve dans un processus nomade de réseaux, de fragments. Hors sentiers battus, hors doxa émergent des visions à multiples entrées et comme en apories.

 

Warum 2.pngIl faut en effet souligner ce sentiment du mystère qui loin de guider vers l’au-delà se "contente" de faire revenir vers l’en-deçà. A sa manière Bourgeade rappelle tout ce qu’un corps féminin contient non seulement d’intime mais du cosmos. Emerge une compréhension plus juste de l’humain trop humain toujours complexe et riche de toutes les questions qui l'anime. L'auteur  les rappelle en cette fin de course au bout de son chemin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Bourgeade, "Warum", Tristram, Auch, 2020.

22/12/2019

Les émancipations d'Antigoni Papantoni

Papantoni.jpgAntigoni Papantoni est une jeune phorographe grecque qui vit à Lausanne depuis 2011. Après des études en informatique elle travaille dans le cinéma ( entre autre pour le Réel Documentary Film Festival). En 2014 elle est déplomée de l'école de photographie de Vevey. Son travail se concentre sur le portrait humain et ses racines sociales.

Papantoni 2.jpgElle cultive par ce qui est devenu une double culture à la fois athénienne et vaudoise une sorte de distanciation géographique et temporelle. Elle joue moins sur la nostalgie que l’appréhension critique dans des constructions où le corps garde une prégnance incontestable.

Papantoni 3.jpgC’est pour l’artiste une manière de mettre en abîme - sans jamais s'éloigner de l'une et de l'autre - la vie vaudoise et athénienne. Un tel travail ouvre des réflexions non seulement sur la condition féminine, mais sur rapport au corps, sur la transgression, l'émancipation, la liberté, l’enfermement fantasmatique et la présence à la nature.

 

Jean-Paul Gavard-Perret