gruyeresuisse

06/08/2018

Déplacements : Valerio Geraci

Geraci.jpgValerio Geraci s’amuse à divers exercices sur les portraits, les lieux fermés et les paysages avec un don évident pour les couleurs. Il offre diverses « partitas » tirées de ses voyages ou de ses commandes avec ça et là des allusions à des peintres. L’auteur s’y fait érudit - mais jamais trop. Certes ces photos peuvent friser une certaine complaisance ou autosatisfaction même si tout est monté avec des disjonctions avec effet du type : « la roue défaite aux vitres des paysages avec son sceau d’étoiles ».

Geraci 2.jpgS’il existe parfois quelque chose de trop apprêté dans ses évocations, Valerio Geraci est plus pertinent lorsqu’il retrouve plus de naturel et de simplicité et que la vie revient plus franchement. Tout se passe alors comme si l’invitation au voyage était le seul moyen d’accéder à soi. Maître parfois de « voyages autour de sa chambre » le photographe voyageur sait retenir des morceaux de corps ou de paysage là où un certain statisme devient un habile recours.

Geraci 3.jpgRefusant le simple exotisme et évitant le trop d’arabesques et de labyrinthes, le photographe reste capable d’évoquer en Italie comme aux USA un livre d’heures dont les passerelles sont innombrables. Elles offrent à la mémoire le pouvoir de remonter le temps, creusant des images qui s’entortillent ou se redressent pour remonter à une source vitale.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/08/2018

C’est au pied de l’échelle que se repère le vivant - Richard Meier

Meier 2.jpgLes carnets de Richard Meier prouvent que la vérité n'existe pas : mais elle prend une certaine lisibilité dans de tels leporello à fonds multiples. Plutôt que de mettre du riquiqui dans les mictions, les matrices des pages et leur développement deviennent des accès aux fermentations du créateur et ses caprices des dieux pour mortels. Le livre se déploie et se déplie entre lumière et ombre où « l’espace fécond et déchiqueté » fend la parole avec le dessin de quatre échelles et des jeux de trapézistes. Si bien que le créateur lorsqu’il coupe « l’entre de la lumière » semble n’avoir plus rien à dire (ce qui reste à prouver) mais encore beaucoup à montrer.

Meier 3.gifIl s’agit une fois de plus de penser en action et sans omissions dans les palettes en noir et blanc du pâle être qui remonte en quelques pans de couleurs. Plutôt que de passer sous les fourches caudines des échelles il convient de gravir les échelons. Dès lors tout est bon pour atteindre le ciel et c’est une autre version de s’envoyer en l’air.

Meier.pngIl suffit d’avoir dans le ventre suffisamment de courage et d’encre afin que du noir d’entrailles jaillissent ce que l’inconscient cache. L’écriture n’est non seulement « bonne qu’à ça » mais joue ici totalement son rôle. Et lorsqu’elle ne suffit pas, l’image lui permet de sortir encore. Il y a là le risque de se briser les os mais c’est ainsi que « l’ardore » suit son cours pour s’éloigner du Styx par la passion qui reste un souffle attaché à la viande - comme l’avait compris Artaud - avant que le temps du silence efface les mots, les images. Ici demeurent leurs sillages.

Jean Paul Gavard-Perret

Richard Meier, « L’échelle pour la page », Editions Voix, Elme, 2018.

 

 

Angelika Chaplain dans la chaleur de l’été

Chaplain.jpgAngelika Chaplain est la photographe des canicules. Quel que soit le pays la chaleur est épuisante. Néanmoins les femmes la traversent non sans un certain plaisir. L’imagerie se veut parfaitement ludique là où tout semble concocter dans la chaleur de chaudrons à sorcières.

Chaplain 2.jpgDe telles images ne sont pas de celles que les communiants pouvaient mettre jadis dans leur livre de messe néanmoins leurs « fruits » ne sont pas interdits. D’autant que l’humour demeure toujours ou presque présent. Les personnages sont moins en appétits libidinaux que de passage.

 

 

Chaplain 3.jpgLes caprices du temps et leurs hautes températures semblent baliser l’espace. Femmes et enfants s’y soumettent de manière intempestive sans que l’air qui se solidifie autour d’elles comme du béton. Pour échapper à la chaleur il semble propice de sortir les épuisettes et allez pêcher la crevette. En attendant les images font leur chemin. Tout cela s'articule sur des jets d’eau ou le brumisateur que propage un mât de cirque improbable.

Jean-Paul Gavard-Perret