gruyeresuisse

09/12/2019

Osa Scherdin : matérialité et métempsychose

Scherdin.pngAvec une merveilleuse souplesse Osa Scherdin exploite toutes les possibilités de la sphère. L’impondérable et l'invisible prennent des allures de symboles afin de provoquer moins des dépaysements que des méditations pour troubler le regard et la tête dont les sculptures sont - en partie - la métaphore.

 

Scherdin 2.pngL'ouvrant la sculptrice répond à sa quête incessante de l’invisible. Il existe en elle quelque chose de tibétain même si on ne l’imagine pas vêtue d’une robe rouge restant des heures immobiles en position de lotus avant de boire un thé salé au beurre de yack rance. Entre macrocosme et microcosme, les rondeurs remplacent le totem masculin et phallique. Aussi primitives que sophistiquées dans le travail des matières, de telles présences restent au plus près de l’émotion et de la fémininité. Le tout sans ancrage temporel précis pour une archéologie du vivant.

Scherdin 3.jpgLe globe n'est plus fermé. Il devient une coque ouverte par la compétence impérieuse de l’artiste. La densité du plein s’épanouit pour offrir une plénitude à l’invisible en une intransigeance qui n’outrepasse pas les droits de l’autorité terrestre suggérée par la matière elle-même.

Scherdin 4.jpgSurgit un monde dense et profond. Il remplace l’occulte par la vision de l’occulté. Mais en même temps, une visée quasi chamanique transforme la vision matérialiste qui, elle, n’explique rien et ne permet aucune ouverture de conscience. Quoique profondément terrestres et telluriques de telles rondeurs ouvrent à la métempsychose et à la puissance du féminin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.

 

 

 

 

Elinor Carucci et le passage du temps

Carucci bon.jpgLa "Fifty One Too Gallery" présente les photographies de la quatrième monographie d'Elinor Carucci : "Midlife". Ce travail est aussi brutal et fractal. Bien des fêlures s'y dessinent. L'artiste inscrit la vision de la femme de quarante ans qu'elle est devenue. Toutes les photos sont faites pour créer un malaise, un inconfort. Existe aucune joie et presque aucune espérance notoire dans une telle approche.

Caruccii bon bon.jpgEmerge un laps de vie difficile qui paradoxalement sublime l'approche de la photographe. Ses prises sont autant des sortes de dépositions que des contes où Elinor Carucci scénarise juste ce qu'il faut des scènes symboliques. Elles traduisent le passage du temps à travers diverses générations là où la beauté juvénile elle-même est révisée.

 

Carucci.jpgApparaissent un malaise, un mécontentement  subis par la créatrice mise à la rude épreuve du temps et de ses ravages. Ils deviennent l'objet d'une expérience là où Elinor Carucci voudrait retenir le nectar mais rien n'y fait. Les sourires demeurent absents. Les êtres - seuls ou frottés les uns aux autres - s'imbibent d'une substance obscure. La photographe voudrait insuffler  une certaine douceur. Mais son langage en reste démuni : pas question de se méprendre sur le passage du temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

Elinor Carucci, "Midlife", The Monacelli Press et Fifty One Too Gallery, Anvers du 7 décembre 2019 au 1er février 2020

 

07/12/2019

Des indifférences jamais notoires : Herb Ascherman

Ascherman.jpgHerb Ascherman définit son travail selon 5 lois : "Maîtrise des outils et de la technique, rapport entre le photographe et le sujet. visibilité de celui-là pour le spectateur, vision unique et fort Impact Émotionnel". Et il les respecte parfaitement là où les inconnu(e)s ont parfois un regard, un sourire indéfinissables.

Ascherman 2.jpgFaisant appel à des modèles le photographe crée avec eux des vision où, par transparence de la lumière, l'énigme s'épaissit avec un don incroyable de la composition. Ce qu'on a cru voir souvent prend une autre dimension. Dans l'atelier qui devient une chambre forte (ouverte à la lumière du jour) toute une vie disparate en ses approches se concentre. L'image de la nudité revient mais de manière décalée là où la compacité fait le jeu d'agitations que l'artiste momifie puisque toutes convulsions sont astucieusement maîtrisées.

Aschermann 3.jpgPlutôt que de se soumettre aux faux-semblants le photographe - observateur à distance - monte des scènes de plusieurs traditions (lesbianisme, naturisme, photo de mariage, bondage, scène de western, etc.). Il existe toujours une ironie discrète dans ce jeu de l'amour et du hasard (programmé). En une heure et vingt photos en noir et blanc par séance, et faisant advenir ce qui se passe, Herb Ascherman crée des narrations. Tout ce qu'elles offrent passe par une simplicité totale qui n'exclut en rien le goût de la mises en scène et un sens du rite et de l'apparat.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site du photographe.