gruyeresuisse

28/10/2017

La révolte des clones : Pol Kurucz

Kurucz.jpg« Uncovers » de Pol Kurucz est un détournement enjoué des couvertures de magazines féminins. Les modèles semblent s’affranchir de ce qui est attendu d’elles. Les lectrices - fashionnista ou simples victimes des publications sur papier glacé- y trouveront - pour peu qu’elles fassent preuve d’humour - un antipoison.

 

 

 

 

Kururcz 3.jpgExiste une farce et un suaire afin de renverser les mythes poussifs qui fouettent le regard afin de faire germer les fièvres acheteuses. Paul Kurucz met les corps en déséquilibre sous feinte de romantisme déliquescent mais néanmoins délicieux (la chair demeure insolente). Les modèles montent sur le pont d’un bateau ivre ou invitent à descendre vers l’Enfer dans l’ascenseur dont elles deviennent liftières. Elles sont fières des tours qu’elles jouent car si elles ne donnent rien elles promettent tout avec un air mutin.

Kurucz 2.jpgA travers leurs vêtements ou dans leur nudité se créent des chorégraphies dégingandées. Un univers de délices est là. Mais décalé Les seins semblent faits pour la bouche comme deux glaces aux framboises, une jupe laisse voir entre ses laps certaines intimités. Néanmoins l’image est parodique. Le photographe lui donne une interprétation faussement anecdotique et passablement primesautière. Preuve - peut-être - que l’avidité peut être absolue mais jamais idéale.

Jean-Paul Gavard-Perret
.

 

26/10/2017

Richard Gere photographe

Gere 4.jpgRichard Gere n’est pas seulement l’acteur sex symbole de « Pretty Woman » ou d’ « American Gigolo ». Ses succès lui ont permis de s’engager pour divers combats : la lutte contre le sida, des droits de l'homme au Tibet des femmes en Egypte par exemple. Collectionneur de photographies - Joel Peter Witkin et František Drtikol - il est devenu lui-même photographe.

Gere 3.jpgAu début Richard Gere considérait ces travaux comme de simples documents pour appuyer ses luttes. Armé d’un Canon ou d’un Contax T2 il cherche toujours à donner à ses travaux énergie et sensualité en jouant sur des prises qui font le jeu du réel et de l’irréel sans chercher à créer des photos « commerciales ».

Gere bon.jpgCertains amateurs critiquent le manque de netteté de ses photos. Mais c’est l’effet recherché afin d’effacer tout aspect « touristique ». Au Népal, en Egypte comme au Pole Sud Gere crée des prises aux angles souvent originaux Mais c’est uniquement pour soutenir ders organisations et projets qu’il a exposé et vendu certaines photographies. Il a réalisé deux portfolios : "Zanskar" et "Tibet".

Gere 2.jpgSes photographies se distinguent surtout par le fait qu’elles ne semblent ressembler qu’à elles-mêmes. Elles possèdent quelque chose de cérébral-sensitif, une distance inouïe, une proximité de compassion qui échappe à toute définition. Distance et proximité où se remarque le regard aussi attentif que bienveillant de celui qui ne se considère pas comme un véritable photographe. Ce qui est loin d’être juste.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/10/2017

Nicolas Senegas : anges et démons

Senegas 4.jpgIl existe chez Nicolas Senegas un art particulier de la “ prise ». Par ses photographies il peut à juste titre se considérer comme une artiste de tableaux et d’atelier. Il ne s’agit pas de traquer la réalité de manière journalistique et documentaire mais de transformer le réel par la présence de la nudité de l’homme ou de la femme. Il y à là des catcheurs ivres, des anges surpris par la nuit.

 

 

 

Senegas 3.jpgSurgit un jeu entre le réel et l’artifice, entre l’imaginaire et ce qu’il fait sourdre des apparences. Le photographe ne nie pas l’idée d’un conditionnement mais en concomitance se crée une imprégnation critique du regard porté sur les sujets en des cérémonies d’un certain chaos. Les nus servent à traquer par le jeu photographique une sorte d’inconscient.

 

 

 

Senegas 2.jpgL’artiste répond à la fameuse phrase de Deleuze dans « Psychanalyse morte analysez » (paraphrase de la phrase de Beckett « imagination morte imaginez ») : « l’inconscient ce n’est pas un « était » au lieu duquel « je dois advenir ». L’inconscient vous devez le produire ». Nicolas Senegas le fabrique à travers ses « intersexions ».

Senegas.jpg

 

 

 

 

Chaque portait devient un rébus. Il permet de comprendre l’importance des sous-jacences ou arrière-fonds archaïques. Le photographe transforme ses modèles en archétypes. Et c’est le sens d’une grande partie de son œuvre. Chaque individu possède sa part d’humanité qui le retient au sexe, à la mort, à la vie. La force des photographies fait jaillir une vérité d’incorporation sublimée.

Jean-Paul Gavard-Perret

L’artiste expose actuellement sur le site « Corridor Elephant ».