gruyeresuisse

05/05/2018

L'Americana de Henri Dauman

Dauman.jpgPour sa première exposition solo le parisien de Montmartre - un des plus prolifiques photographes du XXème siècle et sous le titre de « Looking Up » au KP Project de Los Angeles - présente l’essentiel de ses photographies. Dans un espace relativement restreint il inclut des prises parmi les plus iconiques de l’histoire culturelle de l’Amérique et offre un document exceptionnel. Ayant perdu ses parents pendant la Seconde Guerre Mondiale, il sut transcender ce traumatisme grâce à la photographie qu’il apprit dans un studio de Courbevoie avant de devenir, très jeune, photographe pour Radio Luxembourg et de l’Agence Brenand avant d’immigrer à 17 ans aux USA.

 

Dauman 2.jpgA travers ses photographies il cherche toujours à raconter une histoire dans l’Histoire. Il crée d’abord des photos américaines pour les magazines européens (Paris-Match, Jours de France, Epoca, Der Stern) puis devient photographe pour les équivalents américains dont Life mais beaucoup d’autres. Il shoote les icônes de la musique, du cinéma, de la politique et crée sa propre histoire de l’Amérique à travers Marilyn Monroe, Elvis Presley, Andy Warhol, les Kennedy... Mais élargissant ce cadre il photographie aussi bien Brigitte Bardot, que Castro ou les Bouddhistes lors de la guerre du Vietnam,.

Dauman 3.jpgLe photographe est un véritable artiste capable de faire passer une émotion par la précision et la beauté de ses prises. Ses portraits de femmes sont particulièrement réussis. Il invente avec elle une proximité et une connivence. Mais il est capable de délivrer la même intensité lorsqu’il saisit Miles Davis ou Tennessee William. Le photographe reconnaît sa dette envers le cinéma et sa syntaxe : plans rapprochés, qualité du noirs et blanc, etc.. Si bien que de telles œuvres dépassent largement les reportages filmiques comme par exemple lors des funérailles de Kennedy. Chez Dauman la photographie reste toujours poignante. Et sa vision est une des plus originales de la vie américaine de la seconde moitié du XXème siècle.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/05/2018

Giacometti, Bacon : confrontation communicante

Bacon.jpgL’exposition de la fondation Beyeler et le livre qui l’accompagne montrent la confrontation communicante qui existe entre les œuvres de deux artiste icônes du XXème siècle : Bacon et Giacometti. Les deux créateurs semblent fascinés par des visions morbides, la destruction et la violence. Mais l'horreur si elle est bien là est d’un autre ordre que réaliste : elle est quasi métaphysique.

CBacon 2.pnghez Giacometti l’homme est réduit à un spectre, chez Bacon à des flaques de chair, des charognes Mais néanmoins les deux artistes ne jouent pas avec l'exhibitionnisme. Existe quasiment une sorte de paradoxale joie salvatrice.

Bacon 3.pngPlus que par la thématique foncièrement violente, la question d'être ou ne pas être torture les corps, jaillit des formes chez l’un et des couleurs chez l’autre. Chacun fait preuve d'une énergie afin de lutter contre l'atrophie mentale par la dégradation physique. C'est là sans doute le paradoxe et la force insubmersible et subversive de telles oeuvres.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Bacon Giacometti », Ed. Catherine Grenier, Ulf Küster, Michael Peppiatt, Berlin, 204 p., 55 E., 2018. Exposition Fondation Beyeler, Bâle du 25 mars au 2 septembre 2018

03/05/2018

Sara Elise Abramson : prises, reprises, déprises

Abramson.pngIntéressée par les puissances de l’inconscient comme des spectres de la lumière et du noir, du bien jusqu’au mal, Sara Elise Abramson s’introduit dans divers lieux vernaculaires. Par exemple les ventes d’objets d’occasion devant les maisons de particuliers comme c’est souvent le cas aux USA.

Ambramson 2.pngL’artiste crée dans ces situations des atmosphères de rêve au moyen de ses modèles nues afin de promouvoir un univers féminin qui se veut sans âge. D’autant que si les habits risquent de “dater” une prise, la nudité à l’inverse est sans âge. Elle crée ainsi un univers d’intimité en connection entre le regardeur et l’image.

Ambramson 3.pngA travers ses modèles la photographe s’empare du trident de Neptune pour le donner aux Vénus. Celles-ci fomentent de nouveaux cordages au possible. La folie rit derrière son masque, certains plombs sautent et laissent la place à l'insolence des songes. Au flamboiement de tels bûchers les oracles de la masculinité se taisent. Ce ne sont plus les loups qui hurlent dans la sensualité et la foudre d'arpèges sauvages mais les chaperons rouges  délivrés de leurs entraves.

Jean-Paul Gavard-Perret