gruyeresuisse

09/06/2018

Stephan Lupino : New York Delire et après

Lupino.pngStephan Lupino - personnage culte de la scène photographique new yorkaise des années 80 - est de retour. Celui qui était nommé le “down town Helmut Newton” avait installé un de ses studios dans les toilettes des femmes du club mythique de l’Area. Elles devinrent « the place to be » pour être shooté là où tout était permis.

Lupino 2.pngEn 1991 le colosse rejoint son pays (Le Croatie) pour se battre contre la Serbie. La paix revenue, il revient à la photographie mais l’abandonne pour la sculpture qui - quoique partiellement abstraite - reste marquée par l’érotisme.

Lupino 3.jpgL’artiste continue à explorer de manière particulière le corps afin de traduire  les obsessions du monde occidental et sa fascination pour le sexe. Il ne cesse d’opposer les vues idylliques et des horizons contaminés par le plaisir. Il a donc créé des profils étranges avant de s’éloigner d’un réel éphémère pour exprimer des « vérités » plus profondes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Galerija Fotografija, Ljubljana, juin 2018.

07/06/2018

Nadira Hussain de l’autre côté de la frontière

Hussain.jpgNadira Hussain, « Pourquoi je suis tout bleu », Villa du Parc, Annemasse, du 30 juin au 22 septembre 2018/

Artiste française d’origine indienne Nadira Hussain est installée à Berlin. Ses images mixent techniques et motifs des cultures traditionnelles indiennes et populaires occidentales. Se crée une suite d’errances et de déambulations. Par une telle hybridation la représentation féminine est mise en exergue de manière ludique mais non sans suggérer un potentiel social.

 

Hussaain 2.jpgLe bleu dont il est question est inspiré Schtroumpfs, divinités hindoues, avatars, cybers women, amazones de la culture cyberpunk et underground. Ce bleu efface les distinctions de peau et sont aussi un moyen de déchirer l’ordre masculin et les classifications politiques genrées. La « fantasy » rejoint un espace plus proche de nous par l’interaction entre l’intellectualisation et la sensation la plus profonde. En ce sens Nadira Hussain transcende l’herméneutique impuissante à saisir la matière du vivant. La contester pour elle revient à donner naissance à une humaine nouvelle.

Hussain 3.jpgDessins au mur, sur tissu ou carreaux de céramiques, oiseaux venus en volées de la poésie soufie persane et personnages mythologiques empruntant à la tradition musulmane et à l’histoire de la bande dessinée créent une effervescence. Toute misogynie est exclue. Les femme telles des « créatures thérianthropes enceintes de personnages de bande dessinée, et autres personnages aux membres démultipliés » créent un monde où les minorités ne sont plus réduites ou écartées.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/06/2018

Josef Ciesla : forger le vent

Ciesla 2.jpgCiesla à sa manière est un chamane. La mort elle-même échoue dans l’œuvre comme la structure d'une épave. Quant à l'existence elle se développe sous forme de mouvements sourds complexes ou premiers. L’artiste cherche une sorte de sublimation dans une époque où souvent ne se conjugue que le mou et le rien. Il a compris que pour faire surgir les ombres blotties dans l’homme, pour faire jaillir un sens noyé dans le silence il faut sans cesse faire oeuvre de re-déploiement.

Ciesla 4.jpgL’artiste utilise matières, techniques (parfois expérimentales) pour rendre encore plus riche le contenu « abstrait» qu'il rapproche ainsi du réel d'où il est sorti. Ciesla possède la technique, le regard et la sagesse pour souffler sur les braises du magma des formes afin de leur donner consistance et nous rafraîchir la mémoire. C’est par le feu de ses métamorphoses qu'il cherche à unir ce qui est séparé : le soleil à la terre comme le jour à la nuit, le sommeil à l’éveil, comme la mort à la vie, le concret et l'abstrait.

Ciesla 3.jpgCertes l'artiste ne connaît pas l’intention de ce qu'il nomme le "feu" : mais il se bat avec entre maîtrise et hasard puisque ce dernier fait parti du jeu. Il ose avancer dans l’inconnu. Toutefois il demeure ni somnambule ni amnésique et il n’oublie jamais ce qui lui manque. S’il est encore séparé de lui-même, son travail - parce que ce n’est pas un simple labeur - est une autre vie au coeur de sa propre existence : il tente de saisir le secret de son “ double ” (qui est aussi le nôtre). Il laisse toujours la part belle en ses approches aux accidents de parcours. Le tout est de savoir les sublimer.

Ciesla le fait.

Jean-Paul Gavard-Perret

Josef Ciesla, « Chemins du vent » ; chez Jacques Fabry, La Collection de La Praye - Fareins 01480, du 16 juin au 8 juillet 2018.

22:07 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (1)