gruyeresuisse

03/02/2019

Le La du Les : Anna Bambou

Ana 2.jpg"Les" Anna Bambou se mèlent à l'image de leur modèle. Elles ont eu envie de prendre sa place. De savoir ce que cela faisait d’être une autre femme, avec cette voix monotone et ces yeux d’une incomparable tristesse. Tout pourtant semble reprendre place.  Mais un étrange ménage à trois se met toujours en place : il y a les deux femmes qui se font face - l'une écrit l'autre pas - mais aussi l'ombre de celle qu'elles cherchent. Parfois - comme ce 3 février 2019 - l'écriture se fait lasse et les images sombres ;:"Le temps passe, je broie du noir, je touche presque le fond, je me relève, encore, toujours, d’espoir, d’envie, de désir. Je me promène sur la plage, je regarde la mer, j’implore un signe, je fais une prière… je fais quelques pas, la réponse est là : une énorme libellule vole lentement devant moi". Ce qui est rare à cette saison. Ana 3.jpgMais tout arrive alors comme si la beauté de certains oiseaux n'était visible que depuis une cage. Le temps qui a passé n'est même plus une excuse et les trois femmes vivent sans qu'elles le sachent sous un même ciel ou sous un même toit. Si bien que la vérité de l'amour devient dans ce roman photographique, en ce roman de gare une collection de choses incroyables. La persévérance est pour la photographe l'échelle atteignant le ciel même si une fois touché il semble fait de poussière et d'égarements.Anna.jpg Mais c'est alors un mal nécessaire, un pont de pierre. De ceux que les amantes franchissent fortes de ce qu'elles ont dans le coeur lorsque le désir les traverse. Preuve que parfois, pour le passer, il faut fermer les yeux.

http://www.annabambou.com/

02/02/2019

Jordan Sullivan : sidérations en épures

Jordan Sullivan.jpgJordan Sullivan donne sa propre réinterprétation du paysage entre le désert et la mer. Il rassemble après "After the Funeral" et dans ce second livre 41 images tirées des déserts de la Californie, de Trinidad et Tobago et de la côte danoise. Le photographe offre sa plénitude à de tels paysages qui a priori pouvaient s'en passer.

Jordan Sullivan 2.jpgMais le support géographique n'est qu'un prétexte à une entreprise plus ambitieuse. Et les oeuvres nous portent là où les jambes ne sauraient le faire. Preuve que la beauté de certains lieux est moins visible dans la cage du réel que dans de telles transpositions.

Jordan Sullivan 3.jpgLes lieux réels ou saisis sont sous un même ciel mais ils ont chacun le leur. Et la photographie devient un miroir particulier. Il creuse la structure du paysage au moment où le roc n'est plus porteur de cité mais de solitude. Elle devient ici la dame capricieuse qui permet au cadre de n'avoir de portrait que lui-même. Ce qui n'empêche pas d'y franchir ce que chacun a dans ou sur le coeur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jordan Sullivan, "Hallucinations", Jane & Jeremy publishing, Londres, 2019.

 

 

 

 

01/02/2019

Franz Gertsch : actuel et inactuel

Gertsch.jpgFranz Gertsch, "Bilder sind meine Biographie", Kunsthalle, Biel jusqu'au 24 fevrier 2019.

 

Sous les titre "Les images sont ma biographie" , le peintre né à Morenges présente à la Kunsthalle des portraits monumentaux, des tableaux de groupe et des paysages qui illustrent son parcours de 1961 à nos jours. L'hyperréalisme donne à sa saisie du monde en dehors de l'émotion pseudo évocatrice du souvenir mais par la force de l'instant, de l'instantané.

Gertsch 3.jpgDans ses mises en scne il recompose l'histoire. Ou des narrations d'hier et d'aujourd'hui. Celles dont les images sont le miroir même si Gertsch leur donne une dimension plus universelle.

 

Gertsch 2.jpgL'artiste se veut le maître par leurs captures de l'espace intérieur ou extérieur. Entre douleur et extase il montre un tout qui n'est rien. Demeure néanmoins un enchantement optique aussi actuel qu'inactuel. Il cherche encore - voyeur parmi les voyeurs - les clairs de lune de vie sexuelle ou non en ce qui tient de remises en scène. Chaque prise reste un parapluie contre le temps : s'en égoutte des songes dont la légende brûle.

Jean-Paul Gavard-Perret